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L’Analyse est une chronique non périodique spécialisée dans le sport qui prendra pour sujet tout objet susceptible d’analyse. Nous tenterons d’y développer un point de vue indirect, extérieur et synthétisant pour dégager les tenants et aboutissants, les points forts et points faibles, les conclusions et enseignements à tirer du sujet observé. Elle recouvrera un sain mélange d’objectivité dans ses points d’enseignements et de pure analyse et de subjectivité lors de nos choix de mises en avant ou de gratifications. Elle ne souffre d’aucune obligation de parution et reviendra quand bon nous semble, nous ne voulons pas nous obliger à respecter une périodicité aux dépends de la qualité.

Top équipe :

Hyun-woo Cho : gardien titulaire d’une formation coréenne dont tout le monde craignait qu’elle ne prenne l’eau, le dernier rempart de Daegu a, à l’instar de toute sa sélection, montré de très belles dispositions et surpris les observateurs. Peu académique mais diablement efficace, il a multiplié les interventions lors des trois matchs de poules et fait partie intégrante de l’exploit coréen contre l’Allemagne avec une série impressionnante d’arrêts effectués. Plutôt frêle physiquement, il a prouvé que ce n’est pas la carrure qui compte chez un gardien en gagnant la presque totalité des ballons aériens qu’il a eu à jouer. Il aura certainement tapé dans l’oeil des recruteurs et pourrait décrocher un joli transfert en Europe. Très bonne surprise de cette Coupe du Monde.

Diego Godin : quand on pense à l’Uruguay, on pense toujours en premier au duo offensif Suarez-Cavani mais on oublie souvent que ce qui fait la principale force de cette équipe c’est avant tout sa solidité défensive. Et celle-ci prend forme sous les deux figures de l’Atletico Madrid, José Maria Giménez et Diego Godin. Le premier a marqué le seul but contre l’Égypte (avant de se blesser) mais c’est surtout son compère qui a impressionné dans le tournoi. Prenant le relais d’un milieu de terrain affable contre l’Égypte et l’Arabie Saoudite en montant en ligne en plus de son imperméabilité défensive, l’expérimenté défenseur central a rendu une copie parfaite. La Céleste est la seule équipe du Mondial à ne pas avoir encaissé de but et son capitaine n’y est certainement pas étranger.

Andreas Granqvist : la plupart des observateurs connaissaient le défenseur de Krasnodar mais peu de monde lui savaient ce niveau. Lors des trois matchs de la Suède, le capitaine des Blågult a démonté une solidité incroyable et un état d’esprit sans faille. Véritable patron de sa sélection, il a mené sa défense d’une main de maître et n’a jamais semblé une seule fois susceptible d’être débordé. Du haut de ses 33 ans, on a jamais vu son manque de vitesse à l’oeuvre grâce à un sens du placement au-dessus de la moyenne. Meneur d’hommes hors pair, il a été impressionnant dans ce début de tournoi et a même inscrit deux buts importants sur penalty.

Luis Advíncula : inconnu du grand public avant le début du tournoi, le back droit actif au Mexique et anciennement testé à Hoffenheim a réalisé trois solides prestations malgré l’élimination de son pays. Très rapide, il a énormément apporté offensivement sans jamais délaisser ses tâches défensives. Si le Pérou n’a pas passé les poules, ils auront fait mal à tous leurs adversaires et leur flanc droit composé du duo Luis Advíncula-André Carillo (un cran plus haut) a posé pas mal de problèmes. Les prestations de haut niveau du premier nommé pourraient lui offrir un beau transfert vers l’Europe ou un top club sud-américain. Explosif et très technique, il possède toutes les qualités du latéral moderne grâce à un bagage physique impressionnant et une réelle propension à créer du danger devant. Il aura conforté les espoirs placés en lui et tapé dans l’œil de ceux qui ne le connaissait pas, une autre très bonne (demi) surprise de ce Mondial.

Yuto Nagatomo : comme leurs voisins de Corée du Sud, les Japonais sont une des révélations de cette phase de poules dans le groupe considéré comme le plus serré et le plus sexy de cette Coupe du Monde. Si la Pologne a déçu, les trois autres sélections ont répondu présentes et nous ont offert un suspense digne d’un film d’Hitchcock avec cette qualifications japonaise au fair- play. L’un des hommes les plus en vue du côté des Samourai Blue est le back gauche Yuto Nagatomo. Après 7 saisons à l’Inter Milan, il a rejoint cet été le solide club du Galatasaray avec lequel il a disputé une saison rythmée par l’impact physique et la pression perpétuelle. En Italie, il a appris la rigueur défensive mais n’a jamais oublié ses racines offensives qu’il n’hésite pas à laisser éclore pour faire remonter le bloc équipe ou directement apporter le danger devant. Lors de ce Mondial, il s’est montré très solide derrière en laissant très peu d’espaces mais a surtout énormément amené offensivement, entre centres tendus et frappes puissantes. Son entente avec Takashi Inui qui joue devant lui s’est montrée très intéressante voire dévastatrice par moments et ce flanc gauche est clairement le point fort de cette sélection japonaise. Sevré de Coupes d’Europe avec l’Inter, il a enfin pu démontrer son talent au grand public.

Albin Ekdal : ancien grand espoir suédois, l’ex-joueurs de la Juventus a su faire évoluer son jeu pour gagner en solidité et en efficacité. D’abord positionné dans un rôle hybride entre un flanc droit et un milieu infiltreur, il a légèrement reculé dans le jeu pour occuper un poste de milieu central qui lui permet de sublimer ses qualités de récupération. Désormais actif à Hambourg, le technique suédois a su adapter son jeu à un football allemand très exigeant physiquement pour bonifier son impact dans les duels. Ni pure sentinelle ni réel créateur, il est capable d’alterner les deux rôles et c’est dans ce jeu de switch qu’il s’est montré très à son aise sur ses trois premières rencontres. Associé à Sebastian Larsson, ancien milieu droit et plus offensif qu’Ekdal, il a amplement participé à la solidité du bloc équipe des Blågult et si l’on a pas énormément entendu son nom lors de ce premier tour, c’est qu’il a fait ce que l’on attendait de lui. Un gros travail de l’ombre indispensable à son équipe, élément central des belles prestations suédoises.

Isco Alarcón : depuis l’intronisation de Zinédine Zidane à la tête du Real Madrid, Isco a su passer du statut de promesse à celui de confirmation et a, cette année, relégué Gareth Bale sur le banc au terme d’une saison qui l’aura vu exploser au plus haut niveau. Le milieu offensif espagnol, titularisé sur le flanc gauche en sélection, dispute actuellement un Mondial dans la lignée directe de sa saison tonitruante. Seul joueur, avec Diego Costa, à surnager dans l’effectif ibérique, il a inscrit un but et signé un assist, tous deux très importants pour la Roja. Auteur d’un nombre impressionnant de gestes techniques et de passes géniales, il illumine le jeu encore ronflant d’une Espagne qui se cherche. Outre ses ouvertures de jeu, il apporte également beaucoup via ses incursions dans l’axe ou le dos de la défense. Détonateur d’une mèche espagnole encore mouillée, il réalise un très bon début de tournoi mais ne peut pas porter tout seul sa sélection. Si il se retrouve mieux entouré, il s’annonce explosif.

Luka Modric : véritable chef d’orchestre tant en club qu’en équipe nationale, le Petit Mozart récite pour l’instant une partition de génie au pays de Tchaïkovski. Après s’être baladé face aux Nigérians, le petit maestro de l’Hrvatska a joué en messie face à l’Argentine sous les yeux méduses d’un Lionel Messi déchut de son trône. Car plus encore que son but splendide, le meneur de jeu du Real Madrid s’est régalé, a distribué le jeu et a joué avec ses adversaires. Contrairement à ses comparses madrilènes Casemiro et Toni Kroos qui soufflent le chaud et le froid dans ce Mondial loin de leur trio formidable, il brille également seul et s’érige définitivement comme le meilleur médian du monde. Seul titulaire habituel avec Ivan Perisic a être aligné contre l’Islande, il s’est à nouveau promené sans trop se fouler et son duo avec Ivan Rakitic a de quoi faire peut à toutes les équipes. Repositionné plus haut comme numéro 10 après le match inaugural contre le Nigeria, il est le maître à jouer d’une formation qui peut et doit viser très haut et son début de Coupe du Monde a permis de le démontrer plus encore qu’il ne le fallait. Une des vedettes qui répond le plus présent pour l’instant.

Cristiano Ronaldo : après un début de saison plus compliqué que d’habitude, certains le disaient fini ou sur le déclin mais un grand joueur ne meurt jamais et Ronaldo est un immense joueur. Après trois Coupes du Monde décevantes, on l’attendait au tournant de ce Mondial et il a directement répondu plus que présent. Dans le duel tant attendu entre Portugais et Espagnols, qui a accouché du meilleur match du premier tour, la star portugaise a réalisé une performance de classe mondiale en tenant à lui seul ou presque l’Espagne en échec. Avec un penalty, un coup-franc et un but de plein jeu, il ne lui a manqué qu’un but de la tête pour offrir la panoplie complète du buteur, mais il aura prouvé à ses détracteurs qu’il est toujours bien en forme à 33 ans. En marquant à nouveau contre le Maroc pour offrir le succès à son pays, il s’est hissé au sommet du classement des buteurs du Mondial (avant qu’Harry Kane ne le dépasse). Malgré son match plus mitigé face à l’Iran, il a montré qu’il était bien en jambes et qu’il serait plus consistant que lors de ses trois premières Coupes du Monde. Pour emmener son pays dans les plus hautes sphères, le buteur du Real devra être mieux épauler par ses coéquipiers dont les jeunes pépites tardent à rentrer dans leur tournoi. Si les promesses portugaises ne se réveillent pas, il faudra un très grand Ronaldo pour qualifier le Portugal en quarts.

Romelu Lukaku : très peu en forme (parce que jamais mis dans les bonnes situations) sous Marc Wilmots, l’arrivée de Roberto Martinez à la tête des Diables Rouges a complètement transformé l’attaquant de Manchester United. Fonctionnant à la confiance, l’ancien Anderlechtois s’est également beaucoup développé sous José Mourinho qui lui a permis de se libérer et de gagner en efficacité. Désormais serial buteur de sa sélection, il a honoré son statut en inscrivant deux doublés en autant de matchs avant qu’une blessure ne vienne briser son élan. Il trône à la deuxième place du classement des buteurs, un but derrière Harry Kane et à égalité avec Cristiano Ronaldo, malgré un troisième match non joué. Si la Belgique veut aller loin dans la compétition, elle doit prier pour récupérer son buteur à temps, lui qui est incertain pour les huitièmes de finale.

Harry Kane : figure de proue de son club de Tottenham dont il est un pur produit de formation, le nouveau capitaine des Three Lions semble avoir désormais passé ce cap au sein d’une sélection construite pour le mettre dans les meilleures dispositions possibles. Meilleur buteur de la phase de poules de la Coupe du Monde, il a déjà démontré qu’il était absolument indispensable aux Anglais puisqu’il il leur a offert, à lui seul, la victoire contre la Tunisie avant de tripler la mise face au Panama. Son troisième but de ce deuxième match, inscrit involontairement en déviant du talon la frappe d’un équipier, est un but typique d’un attaquant en confiance à qui tout réussit. Et avec un avant qui marque à peu près tout ce qu’il tente, une équipe veut viser haut. Après ses débuts tonitruants, il sera néanmoins attendu au tournant et devra prouver qu’il peut surpasser un marquage serré. En attendant, il est le meilleur homme de cette phase de poules avec ses 5 buts.

Sur le banc :
– les attendus : Philippe Coutinho (Brésil : si le Brésil patauge un peu autour des prestations inégales de Neymar et Casemiro, il survit grâce aux bonnes prestations de Coutinho, peu utilisé au Barça et frais lors de ce Mondial, qui représente un peu d’éclairs dans le brouillard brésilien), Ivan Rakitic (Croatie : on ne peut décidément pas séparer le Real du Barça car si Modric illumine les pelouses russes, son compère du milieu de terrain réalise également un très bon début de tournoi, un cran en dessous tout de même)
– les bonnes surprises : Valon Behrami (Suisse : certains le disaient vieillissant et sur le déclin, il a démontré tout le contraire en muselant Neymar lors du match inaugural avant de réaliser les prestations que l’on attendait de lui durant les deux rencontres suivantes), Dedryck Boyata (Belgique : il avait la lourde tâche de remplacer le duo blessé Kompany-Vermaelen et il a étonné par son calme et sa maîtrise, il devrait perdre sa place à leur retour mais cela n’est pas mérité au vu de ses performances), André Carillo (Pérou : nous avons évoqué plus haut son entente avec Luis Advíncula mais nous devions directement rendre hommage à l’un des hommes les plus en vue d’une sélection péruvienne qui aurait du passer ces poules si elle avait été plus efficace, sa vitesse et sa percussion ont posé beaucoup de problèmes défensifs à ses adversaires et ont obligé les ailiers adverses à revenir défendre), Robin Olsen (Suède : dernier rempart d’une solide Suède, il a utilisé intelligemment son grand gabarit pour prendre de la place dans les buts, empêchant plusieurs par sa science du placement, un des meilleurs gardiens de ce premier tour), Juan Quintero (Colombie : les Colombiens ont connu une phase de poules mouvementée mais ont pu compter sur l’ancien médian offensif de Porto qui a toujours répondu présent, sa technique et son sens du jeu l’ont rendu décisif dans tous les buts colombiens des deux premiers matchs), Yerry Mina (Colombie : très peu utilisé au Barça, qui souhaitait d’ailleurs le céder avant le Mondial, il s’est montré solide aux côtés de Davinson Sanchez et a su apporter offensivement avec deux buts dont celui de la qualification contre le Sénégal)
– les révélations : Mario Fernandes (Russie : très peu connu avant la compétition, ses deux matchs très sérieux ont suscité l’intérêt de plusieurs clubs européens, sa vitesse et sa technique associés à son grand gabarit le rendant assez complet), Takashi Inui (Japon : après avoir montré de belles promesses avec son club d’Eibar, le très vif ailier japonais a laissé sur place ses opposants à de nombreuses reprises sur les terrains russes et avec un but, un assist à la clé, il a été le grand artificier des bonnes prestations japonaises), Youssouf Sabaly (Sénégal : après une bonne saison à Bordeaux, le puissant latéral gauche a su élever son niveau lors de cette Coupe du Monde, laissant peu de répit à ses adversaires directs, le danger est rarement venu de son flanc)

Flop équipe :

Eiji Kawashima : si les Blue Samouraï ont réalisé un très bon début de Coupe du Monde, ils ne le doivent certainement pas à leur gardien. Le portier de Metz est bourré d’expérience mais sa saison avec le dernier de Ligue 1 fut loin d’être satisfaisante, réalisant peu d’arrêts et commettant plusieurs flingues. Mais le peu de concurrence auquel il fait face en sélection lui offre une place de titulaire au Mondial et son sélectionneur lui a toujours affirmé sa confiance. Malgré tout, il est le principal point faible de la sélection japonaise puisqu’il est directement fautif sur les buts, finalement sans conséquence, de Quintero contre la Colombie et de Mané face au Sénégal qui a, lui, directement influé sur le résultat final. De plus, ses interventions aériennes ont rarement assuré et il devra hausser drastiquement son niveau si il ne veut pas précipiter l’élimination du Japon en huitièmes de finale.

Lukasz Piszczek : le back droit de Dortmund a passé une année compliquée du côté de la Ruhr et son Mondial n’est que la suite logique d’une lente débâcle pour le puissant latéral, à l’image de sa sélection. Qu’elles semblent lointaines les longues chevauchées du Polonais sur son flanc avec centres tendus ou frappes sèches en prime. N’apportant pas une seule fois le danger devant (il a beaucoup tenté mais n’a pas su calibrer un seul de ses centres qui ont fini soit en touche de l’autre côté soit derrière le but), il a été très fébrile derrière en sus, laissant énormément d’espaces dans son dos et négociant mal la plupart de ses duels. Il était sensé être l’un des fers de lance de la Pologne, il en fut, comme beaucoup de ses équipiers, l’un des boulets. Passer à côté d’une saison complète, c’est inquiétant pour un joueur trentenaire qui devra assurément se reprendre pour ne pas vivre une fin de carrière compliquée.

Jérôme Boateng : considéré il y a encore quelques années comme le meilleur défenseur central du monde, la distinction semble avoir déstabilisé l’Allemand qui peine à garder un niveau décent depuis. Régulièrement l’auteur de flingues, il parvenait à les compenser les dernières années mais, cette saison, il semble avoir franchi ses limites : entre blessures, mal-être et prestations complètement loupées, le joueur du Bayern a perdu de son aura et paraît plus fébrile que jamais. Éliminée au premier tour, l’Allemagne a encaissé 4 buts en 3 matchs, une anomalie, et les prestations de l’ancien patron de la défense n’y est pas étranger. Dépassé lors de chaque action mexicaine au premier match, il sera exclu contre la Suède en fin de match pour une faute grossière et inutile (il aurait d’ailleurs déjà du être exclu après 10 minutes seulement pour une faute évidente dans le rectangle sur Marcus Berg, bizarrement non sifflée malgré l’arbitrage vidéo). Il va devoir sérieusement se remettre en question si il ne veut pas que le Bayern ne commence à chercher un nouveau défenseur axial.

Gerard Piqué : citée parmi les grandes favorites, au même titre que l’Allemagne, le Brésil et la France, la grande Espagne met du temps à démarrer son Mondial. Mis à part le match explosif face au Portugal, la Roja a éprouvé de grosses difficultés à construire le jeu, multipliant les passes et monopolisant la possession sans pour autant se créer de réelles opportunités. Mais plus encore que la qualité du jeu offensif, dont nous avons déjà parlé lorsque nous avons évoqué l’exception Isco plus haut, c’est la prestation défensive qui pose question. Un triplé de Ronaldo, deux autres buts encaissés contre le Maroc et de grosses frayeurs contre l’Iran (qui aurait mérité d’inscrire un petit but), le secteur défensif espagnol n’a jamais semblé sûr de lui et cela affecte même l’animation offensive puisque les médians restent plus en position et prennent moins de risques. On aurait pu citer ici le quatuor arrière complet mais nous avons décidé de pointer Gérard Piqué, le plus fébrile de tous (même si Sergio Ramos passe étonnement à côté de sa Coupe du Monde, il n’a surtout vraiment loupé que le match face au Maroc). Il est en perte de vitesse depuis plusieurs saisons déjà et commet de plus en plus de boulettes au Barça mais lors de ce Mondial, il est en-dessous de tout. Roulé dans la farine par Ronaldo sur son deuxième but puis fautif inutile sur le Portugais pour son coup-franc décisif, il a été battu dans tous ses duels aériens dans son rectangle face à l’Iran sans pour autant se reprendre contre le Maroc en évitant incompréhensiblement la rouge après un tacle les deux pieds en avant en première mi-temps. Il devra, comme ses compères défensifs, fameusement se reprendre si ils veulent concrétiser leur rêve de sacre mondial, sans quoi ils ne feront pas long feu lors de la phase à élimination directe.

Sami Khedira : aligné aux côtés d’un Toni Kroos qui a alterné le chaud et le froid, le médian infiltreur et travailleur de la Juventus a été transparent lors de ses trois matchs. Récupérant peu de ballons comparativement à ses habitudes, il n’a pas une seule fois apporté offensivement alors que l’Allemagne pataugeait devant et avait bien besoin d’infiltrations et d’apport axial. Traditionnel box-to-box au rôle très important, il n’a assuré que son statut défensif et a pêché à la relance. Incapable de changer de rythme, à l’image de toute sa sélection, il s’est montré totalement inutile, multipliant les passes latérales ralentissant un jeu allemand déjà très peu inspiré. La Mannschaft aurait pu jouer à 10 que cela n’aurait rien changé tant son rôle de faux relais ne servait à rien. Le jeune Leon Goretzka a été à chaque fois meilleur que lui lorsqu’il a joué.

Mesut Ozil : Mesut Ozil dépositaire de l’animation allemande, cela en faisait rire certains, et en a fait pleurer beaucoup. Lors de l’épisode de Road to Russia consacré au groupe de l’Allemagne (groupe E), nous parlions de l’inconstance du médian offensif d’Arsenal qui passe parfois complètement à côté de ses matchs et ne réalise en général qu’une bonne prestation sur deux voire sur trois, il n’en aura ici pas réussi une seule sur trois matchs. Mou, imprécis, incapable d’accélérer, battu dans tous les duels, le Gunner a additionné tous ses mauvais côtés pour nous proposer un rôle transparent qui rendrait jaloux Casper. Le titulariser face à trois adversaires qui se battent sur tous les ballons est une erreur de Löw mais cela ne peut excuser le manque d’implication du numéro 10 allemand. Il n’a jamais semblé concerné par l’enjeu des rencontres et ne s’est pas rebellé une seule fois, préférant se faire marcher dessus par tous ses opposants. Une prestation indigne de son talent mais malheureusement pas imprévisible, une honte tout de même pour un pays qui rêvait du doublé et pour les joueurs qui n’ont pas été sélectionnés à sa place.

Thomas Muller : amateurs de beau jeu et de joueurs qui mouillent le maillot, comment ne pas vous dire que nous ne portons pas le joueur du Bayern dans notre coeur (bien que son efficacité nous impressionne et nous rend admiratifs). Le cas Thomas Muller peut être rapproché du cas Mario Mandzukic, deux joueurs très peu esthétiques et académiques ne participant pas au jeu de leur équipe mais dont l’efficacité leur est indispensable. Il faut dès lors se rendre compte que ces deux joueurs ne sont titulaires uniquement parce qu’ils marquent, à partir du moment où ils ne marquent plus ils n’ont plus aucun intérêt pour l’équipe (Muller a d’ailleurs perdu sa place en club la saison passée car il ne marquait plus et qu’il ne participe pas au jeu, il ne servait donc plus à rien, avant de recouvrer son efficacité). Partant de ce fait, pourquoi l’attaquant du Bayern était-il titularisé sur le flanc droit et non pas en pointe de l’attaque? Avec ce choix de Löw, tout s’est vérifié : il ne sait pas faire le jeu, il n’a eu aucune occasion, il n’a servi à rien durant le tournoi. Un flop magistral mais principalement du à son entraîneur, il a pris la place d’un jeune plus explosif et n’a pas su tenir son rang.

Ángel Di María : véritable énigme du football, on ne sait jamais trop à quoi s’attendre avec l’ailier du PSG. Brillant sous les couleurs du Real Madrid, il n’a jamais su garder ni récupérer son niveau dans aucun de ses autres clubs. Après un flop magistral à Manchester United, il dépose ses valises au Parc des Princes mais ses prestations sont inégales. Capable du meilleur comme du pire, de sa prestation lors du 4-0 face au Barça la saison passée à un match contre Strasbourg où il rate des passes à 3m, le fantasque attaquant argentin a tout de même souvent su se sublimer lors de certains matchs importants. Ce ne fut malheureusement clairement pas le cas dans ce début de Coupe du Monde durant lequel il fut transparent, à l’image de son équipe et de son leader Lionel Messi. Il n’a jamais su élever son niveau ni accélérer le jeu d’une Albiceleste qui en avait grandement besoin. Tantôt isolé sur son flanc, tantôt maladroit dans l’axe, il n’a pas réussi une seule fois à créer du danger. Il devra se réveiller au deuxième tour si il veut éviter l’élimination plus que probable de sa sélection en huitièmes de finale.

Antoine Griezmann : on attendait beaucoup de celui qui avait réalisé un excellent Euro 2016 et avait déclaré après celui-ci mériter qu’on pense à lui pour le Ballon d’Or, son début de Mondial démontre à quel lieu il est encore des génies Ronaldo et Messi. Auteur d’une saison plus contrastée à l’Atletico après une ascension continue depuis 3-4 ans, son début de Coupe du Monde s’inscrit dans la lignée de cette saison moyenne. Élément principal de l’Équipe de France, il a du mal à s’exprimer et ne parvient pas à tirer vers le haut une sélection qui éprouve des difficultés à placer son jeu. Il réussit peu de dribbles et n’a inscrit qu’un seul but sur penalty, ses passes sont souvent imprécises et il ne pèse pas sur le jeu. Il ne cesse cependant de se battre et de se fondre dans le bloc équipe et récupère quelques ballons. Si il se réveille à temps, il serait d’une grande aide à des Bleus qui doivent montrer autre chose si ils veulent continuer leur aventure.

Timo Werner : révélation allemande la saison dernière avec Leipzig, le vif attaquant a confirmé cette année qu’on pouvait compter sur lui. Mais si il possède de réelles qualités, ses défauts sont encore trop profonds que pour en faire un numéro 9 capable de tenir une sélection. Principalement axé sur sa vitesse et ses accélérations, son jeu est d’une pauvreté sans nom dans le duel physique et il n’est pas capable de tenir un ballon dos au but de par son petit gabarit. La comparaison avec l’ancien buteur de la Mannschaft, Miroslav Klose, est d’une tristesse affligeante pour le rapide avant-centre qui a prouvé qu’il ne faisait pas (encore?) le poids pour tenir son rang. En plus de sa relative (devenue même absolue) inutilité dans cette sélection allemande face aux blocs bas, il y a ajouté une étonnante inefficacité puisqu’il a parfois raté de grosses opportunités (notamment contre la Suède puis la Corée du Sud). Cela fait beaucoup pour l’attaquant de pointe d’une équipe championne du monde en titre qui devra trouver une solution à ce poste tant important dont la fébrilité fait tâche.

Robert Lewandowski : après avoir annoncé qu’il voulait quitter le Bayern Munich, le Polonais voulait réussir une belle Coupe du Monde pour se mettre en valeur et faire miroiter les grands clubs mais cet espoir s’est vite transformé en cauchemar. Au sein d’une décevante sélection polonaise, l’ex-serial buteur de Dortmund a tout simplement été transparent. Bien muselé par ses adversaires directs, il n’a, il faut le dire, jamais été servi correctement non plus. Incapable d’influer sur le jeu de ses équipiers, il a passé de très longues minutes à courir dans le vide et a du s’ennuyer ferme sur les terrains russes. Il n’a pas eu une seule occasion lors des deux premiers matchs et n’a pas su profiter du dernier match pour inscrire un but. Impuissant, il n’a pas su se créer une seule occasion par lui-même ni en créer pour ses équipiers (ce que sait parfaitement faire un Karim Benzema par exemple) et cela n’a pas du échapper aux dirigeants du Real Madrid où est régulièrement cité le buteur polonais. Robert Lewandowski pourrait ainsi avoir tout perdu lors de ce Mondial : la qualification de son pays, son espoir de bien figurer, son compteur but et un possible transfert au Real.


Sur le banc :
– les attendus : Lionel Messi (Argentine : comme d’habitude, le génial argentin n’a pas tenu son rang en équipe nationale même si il faut dire qu’il était très très peu aidé), Haris Seferovic (Suisse : on disait le poste d’attaquant faiblesse de la Suisse, il aura démontré par sa transparence que l’on ne s’était pas trompé)
– les mauvaises surprises : David De Gea (Espagne : 5 buts encaissés sur 6 frappes cadrées, rien de plus à dire), Gonçalo Guedes (Portugal : auteur de bons matchs en préparation, il a tout raté lors du Mondial et aura pesé pour son équipe), Sadio Mané (Sénégal : attendu après une excellente saison à Liverpool, il a préféré se fondre dans le collectif que de jouer sa carte perso mais a du s’y perdre car il n’en est jamais sorti), Sergio Ramos (Espagne : on en parlait plus haut dans l’analyse consacrée à Piqué, il a été étonnement fébrile et peu sur de lui), Pione Sisto (Danemark : prometteur, le vif ailier danois s’érigeait comme l’exception d’un bloc défensif peu créatif mais il n’a jamais su faire don de sa pointe de vitesse et s’est noyé dans les défenses adverses)
– les (dé)révélations : Abdullah Al-Mayouf (Arabie Saoudite : on attendait peu des Saoudiens et on a été servi, le 15ème gardien utilisé sous l’ère Pizzi n’avait tout simplement pas le niveau d’une Coupe du Monde et fut même ridicule par moments), Farouk Ben Mustapha (Tunisie : la blessure de Mouez Hassen fut un double coup dur pour les Tunisiens tant leur gardien remplaçant s’est montré dépassé, il a multiplié les interventions ratées et a pris relativement peu de buts au vu de ses nombreuses boulettes), Khalid Boutaib (Maroc : les Marocains alignaient une équipe au visage très offensif et n’ont jamais déçu dans le jeu mais leur manque d’efficacité leur a coûté leur place, la pauvreté des prestations de Boutaib en est l’illustration parfaite), Ayoub El Kaabi (Maroc : titulaire lors du premier match face à l’Iran, il a réussi à faire pire que son coéquipier tant il fut invisible, il n’a quasi plus reçu sa chance, à juste titre)

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