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Le meurtre en série a toujours été chose courante dans les films d’action, et une sorte de marque de fabrique pour leurs héros laissant derrière eux une pile de cadavres toujours plus épaisse. John Wick ne déroge pas à la règle et semble même aller plus loin en sacralisant cette pratique au sein d’une diégèse qui ne se prend pas toujours au sérieux. Et puisque la mort nous attend tous au tournant, autant la magnifier pour mieux en rire.

Les assassinats sont légions dans cette saga mettant en scène Keanu Reeves dans la peau d’un tueur retraité. Rien que dans le premier film, on en dénombre 77. Surnommé « Baba Yaga » en référence au folklore russe, Wick arrose ses assaillants de balles de façon décomplexée tout au long des trois longs-métrages dans lesquels il apparait à ce jour. Dans cette histoire, il n’est pas question de culpabilité ou de remise en question de ces homicides à la pelle, mais bien d’une mythification du meurtre à travers un univers efficacement rôdé autour de quelques règles et principes : dans John Wick, on assassine comme on va chercher son pain, et a priori, personne ne s’en plaindra tant qu’on respecte les principaux canons qui régissent cette société de tueurs, comme payer ses dettes morales (un service en supposant un autre de la partie adverse) et surtout, ne pas souiller par le sang l’enceinte du Continental, grande chaîne hôtelière où peuvent trouver refuge les assassins, sorte de lieu sacré incarnant la promesse d’une immunité temporaire. Ce contrat social, établi entre les criminels distingués et les dominants de ce qui se fait appeler la Grande Table, semble être au centre de ce grand chaos organisé.

Une fois ce postulat admis, on comprend que tout cela ne constitue qu’un énorme prétexte pour remplir la pellicule de sang et de bastons en tout genre. Car il faut bien le rappeler, John Wick reste un film d’action, mais quelle action! Avec ses chorégraphies aussi chiadées que le costume de son héros, la saga esthétise le meurtre jusqu’à le rendre plus beau et plus jouissif que jamais. Car à l’instar d’un peintre rigoureusement formé par le système des Beaux Arts, John Wick exerce un art précis et enchaîne les combats soignés, méticuleux, satisfaisants pour l’œil du spectateur. En outre, il est lui-même issu d’une Académie, mentionnée dans le 3ème opus, qui l’a entraîné selon des règles et une méthode scrupuleuses l’ayant fait passer maître dans l’exercice de sa discipline. Ainsi, ses affrontements apparaissent comme de grands tableaux mobiles où l’action représentée est sublimée, dans des décors eux-mêmes souvent exagérément lisses.

© John Wick: Chapter 3 – PARABELLUM (2019) de Chad Stahelski

Le soin particulier apporté à la mise en images de l’action sanglante de ces films démontre que le cinéma reste, analogiquement à la peinture, un art centré sur le visuel, doté du pouvoir de réveiller en nous des sensations et émotions insoupçonnées.

Par ailleurs, si Wick est un peintre, il est aussi une muse. Devenu une sorte d’icône dans l’univers au sein duquel il officie, son nom et son visage sont connus de tous, et ce détail est souligné de façon amusante à bien des endroits de la saga. Notamment lors d’un moment surréaliste de Parabellum où un adversaire coriace avoue à Wick être son plus grand fan au beau milieu d’un combat.

© John Wick (2014) de Chad Stahelski

Paradoxalement, si tuer demeure tout un art dans John Wick, la mort ne semble pas devoir être une issue possible pour son héros, qui ne succombe jamais et ne recule devant rien pour aller au bout de sa soif de vengeance. Surhomme mythique, Baba Yaga est un propagateur de mort condamné à ne jamais trépasser, une faucheuse maudite qui use de son unique talent dans un but bien précis : nous proposer de mourir avec classe.

One Reply to “L’Analyse | John Wick – L’art de tuer”

  1. Chronique cinéma qui donne envie d aller voir le film même si c est pas vraiment le style de film regardé habituellement

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