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Chronique hebdomadaire, la Revue de la semaine aura pour but de revenir sur certains sujets de la semaine écoulée, non pas en en listant la simple neutralité d’information mais en y apportant un point de vue, une critique ou une approche de réflexion. Plusieurs informations seront sélectionnées afin d’en livrer une courte analyse sans encombrer une chronique qui se veut directe. La volonté de la rédaction est d’amener chaque sujet à être traité et lu comme une brève.

Russie : quand Vladimir joue avec Internet !

© ALEXANDER NEMENOV – AFP

La Russie n’est décidément pas très en phase avec les droits de l’homme. Une loi controversée, permettant à l’Etat russe de débrancher Internet s’il le juge nécessaire, signée en mai par Vladimir Poutine vient d’entrer en vigueur en Russie. Moscou présente cette mesure comme primordiale pour protéger le pays des Tsars contre d’éventuelles attaques informatiques. Cette position pourrait paraître louable, si la décision de la Grande Ourse ne muselait pas de manière significative la liberté d’expression. Cette loi autorisant les sites russes à fonctionner de manière tout à fait indépendante pour se prémunir de cyber attaques dévastatrices risque d’augmenter drastiquement la censure du peuple russe. Les autorités russes auraient alors le pouvoir d’exercer un contrôle excessif sur le réseau, ce qui isolerait alors le pays du reste du monde sur le plan numérique. Concrètement, L’ex-URSS devra désormais organiser son trafic internet, en créant une infrastructure permettant d’assurer le fonctionnement des ressources internet russes en cas d’impossibilité pour les opérateurs russes de se connecter aux serveurs internet étrangers. Une mesure acquiesçant une main-mise accrue des services de sécurité sur le paysage numérique russe et très coûteuse pour certains opérateurs internet russes. Les autorités russes ont déjà bloqué de nombreux sites d’opposition mais aussi des services qui refusaient de coopérer avec elles comme la plate-forme vidéo Dailymotion ou le réseau social Linkedin. Alors la question se pose, cette loi est-elle un prétexte à la surveillance de masse ? A chacun d’en décider !

Une Cop25 goût Chili con carnage

Manifestations sociales au Chili © Jorge Silva – Reuters

Fracturé par une crise sociale profonde, le Chili a dû déclarer forfait pour l’organisation de la Cop25, la conférence des Nations Unies sur le climat qui était prévue pour décembre. Le pays des poètes n’accueillera pas non plus le sommet de l’Association des pays riverains du Pacifique (APEC) qui devait se dérouler les 16 et 17 novembre. C’est un climat délétère qui s’est abattu sur le Chili depuis près de deux semaines, entre manifestations hostiles, répliques agressives et débordements violents. Le président Sebastian Piñera est fortement remis en question à cause de son incapacité à répondre aux manquements sociaux pointés par la population. La frénésie commence à s’estomper mais le bilan d’une vingtaine de morts est lourd, très lourd. Dans ces circonstances, les autorités chiliennes ont annoncé être incapables d’assurer la tenue des deux sommets prévus, « une décision très difficile [qui] nous cause beaucoup de douleur. » Le Chili est l’un des pays sud-américains qui tend le plus aux objectifs écologiques et tenait fortement à l’organisation de la Cop25. Mais de graves secousses sociales en ont décidé autrement, et on comprend la décision. Il est, à ce jour, plus important de chercher à stabiliser le pays. Après une légère hésitation, la conférence sur le climat se déroulera finalement à Madrid.

Métro, bouquin, dodo

© RTBF

Un adolescent est difficilement décollable de la télévision, de la playstation ou de son smartphone les jours de pluie. Cependant, des cartes de métro littéraires pourraient en aider plus d’un à s’intéresser à la lecture. C’est l’idée ingénieuse d’une blogueuse canadienne pour permettre aux ados de trouver un livre susceptible de les intéresser. « Sophie lit » est le blog de Sophie Gagnon Roberge, une enseignante de français qui a voulu intéresser ses élèves à la littérature. Concrètement, la carte donne des indications sur le genre de lecture mais aussi le niveau de difficulté des bouquins. Une initiative innovante permettant aux adolescents de s’y retrouver dans tous les rayons d’une librairie mais aussi de trouver un livre qui plaît réellement à l’adolescent. En plus, les cartes de métro sont interactives, une autre façon intéressante d’attirer l’adolescent qui pourra cliquer sur un titre pour y découvrir sa couverture et son résumé. Enfin, l’enseignante canadienne donne plusieurs conseils sur son blog aux enseignants pour utiliser ses cartes avec les élèves. Ces cartes deviennent alors des outils intéressants pour tous les enseignants. Une initiative intéressante à partager dans la revue de la semaine.

Au Yémen, la mort frappe en silence (médiatique)

Maisons détruites au Yémen, un paysage devenu habituel © Véronique de Viguerie

Nice, Strasbourg, Paris plusieurs fois,… La France est la grande traumatisée des attentats en Europe et les médias l’ont largement couvert. Mais il est de ces pays bien plus à plaindre et dont personne ne semble vouloir parler ni s’émouvoir. Le Yémen est de ceux-là. C’est même la nation la plus frappée par le terrorisme, avec un peu plus d’un attentat par jour en moyenne sur son territoire. Les chiffres sont édifiants : plus de 12.000 civils décédés depuis 2015 et près de 20.000 morts depuis le début de l’année, la deuxième plus meurtrière après 2018. Et ce bilan n’inclut même pas les victimes de la crise humanitaire qui y sévit depuis de nombreuses années. La réalité est plus horrible encore puisque le pays subit « la pire catastrophe humanitaire au monde » selon l’ONU : 3,3 millions de déplacés, plus de 24 millions de personnes en besoin d’aide internationale (soit 80% de la population) et près de deux millions d’enfants de moins de cinq ans en « sévère malnutrition ».
En 2014, les rebelles houthis (minorité chiite soutenue par l’Iran) s’emparent de la capitale Sanaa et d’une partie du pays le plus pauvre de la péninsule arabique. Depuis, les yéménites s’endorment et se réveillent sous le bruit des bombardements, des rafles et des attentats. Mais pourquoi les médias traditionnels ne relaient-ils pas plus la situation du Yémen? La réponse est toute aussi simple que cynique : ça ne fait pas vendre. Car la réalité des « oublis » médiatiques c’est aussi dû au lectorat. Et le citoyen moyen n’en a, malheureusement, rien à faire de massacres au Proche-Orient, surtout si le froid hiver européen a eu raison des trois vaches de son voisin de fermier. C’est la terrible loi de proximité, qui induit celle de l’offre et de la demande. Et c’est parce que certains refusent de s’y plier que ces informations peuvent être relayées. Contre la majorité suiveuse, osons l’affirmation de la morale et l’intérêt pour l’essentiel.

Russie: pays où les droits humains s’étiolent

© AFP

Après la dépénalisation des violences domestiques en 2017 (pour éviter « la destruction de la famille »), la Russie opprime encore un peu plus les citoyens. Vendredi, la justice russe a ordonné la dissolution de l’association Mouvement pour les droits de l’homme. Créée en 1997, elle fait partie des associations les plus anciennes et renommées en Russie. À la tête de l’ONG, on retrouve Lev Ponomarev, un homme de 78 ans et fervent défenseur des droits humains. Il avait déjà été arrêté et emprisonné en décembre de l’année dernière pour avoir appelé à manifester contre la répression des jeunes (il a été condamné à 25 jours de prison pour avoir défendu des jeunes condamnés pour extrémisme lors de simples conversations politiques). Depuis février, l’organisation était classée par la justice en tant qu’ « agent de l’étranger », ce qui désigne une organisation bénéficiant du financement d’un autre pays et ayant une activité politique. Cette dénomination vague a permis de viser des organisations et groupes critiques ou opposants au pouvoir en place, comme l’ONG Memorial (pour les droits de l’homme) ou encore le Fonds de lutte contre la corruption, organisation de l’opposant Alexeï Navalny. Si la Russie prend de telles libertés pour réprimer des groupes critiquant un tant soit peu le pouvoir et notre cher Poutine, il ne serait pas étonnant de voir les citoyens se rebeller contre le pouvoir. Le symbole grandissant des Pussy Riot n’est pas anodin dans ce climat tendu: véritables militantes célèbres et soutenues, elles sont une menace pour Poutine (peut-être pas grande, mais une menace quand même). La réelle question est comment (ré)agir face à ces oppressions? Il est temps de s’inquiéter grandement pour les droits humains en Russie.

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