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Déjà proposée deux fois par le passé, la BeNeLeague a refait son apparition dans le débat de notre football belge. Une proposition rapidement balayée par les Pays-Bas, pour le moment ont-ils précisé. Mais un tel projet peut-il être possible?

Avant de répondre à cette question dans les détails, il est important de poser le cadre de cette collaboration belgo-hollandaise. Car nos deux nations ont déjà essayé, et même réussi, à s’associer par le passé. Celle qui nous reste le plus en tête c’est bien sûr l’organisation de l’Euro 2000 en co-organisation. Outre le parcours catastrophique de nos Diables Rouges, cette édition a surtout pesé sur le pays : endettement certain de l’Union belge et stades remis à neufs mais déjà dépassés, entre autres. On peut donc remarquer que, même lorsque l’on arrive à s’entendre, nos associations avec nos voisins bataves ne nous sont pas bénéfiques. Plus récemment, notre candidature a échoué lamentablement à la course à l’organisation d’une Coupe du Monde et d’un nouvel Euro, et notre stade national a carrément été recalé par l’UEFA pour l’Euro 2020.

Une association « bénéfique » pour nos clubs

Vincent Kompany, sous le maillot d’Anderlecht, contre l’Ajax © Photonews

Nos dirigeants l’assurent : ce sont tous nos clubs belges qui vont en profiter. Grâce à cette nouvelle compétition, les grands clubs deviendront plus riches au détriment des plus petits, relégués dans une compétition qui n’intéressera personne. Et même sur le bénéfice tiré par nos grands clubs, on est en droit de s’interroger. Peut-on réellement imaginer un de nos clubs lutter, sur la durée, avec l’Ajax pour décrocher le titre national? Quel intérêt donc d’entrer dans une compétition dont on ne peut être champion qu’une fois tous les 5 ans? On nage en pleine hypocrisie quand on nous parle de « purs bienfaits pour nos clubs ».

D’hypocrisie, il en est encore question dans le choix des équipes envoyées dans cette BeNeLeague. Notre cher et tout puissant Bart Verhaeghe le martèle : ce sont les résultats des cinq dernières années qui détermineront nos 8 clubs sélectionnés. Mais dans les faits, on sait que cela ne se passera pas comme cela. Car avec cette logique, l’Antwerp, qui a végété en D2 pendant près de 20 ans, n’y serait pas, au contraire d’une équipe de Saint-Trond qui peine actuellement à prendre ses distances avec la zone de relégation. Non, au final ce seront les plus riches qui seraient en BeNeLeague.

Un vrai plus pour les clubs… hollandais

L’AZ Alkmaar en duel avec l’Antwerp © Photonews

L’intérêt principal de cette compétition se tourne d’ailleurs plutôt vers les clubs hollandais. Jadis grande soeur de la petite Belgique, la Hollande du football ne nous est plus supérieure, au contraire même. Il suffit de regarder les parcours des clubs belges et hollandais en Coupe d’Europe pour s’en rendre compte. À part l’Ajax, et le PSV dans une moindre mesure, aucun club batave ne rivalise. Ce sont donc bien plus nos voisins qui vont pouvoir hausser leur niveau en se confrontant chaque semaine à nos clubs du subtop.

Un simple coup d’oeil au classement permet en effet de s’en assurer. À l’heure actuelle, on retrouve dans le top 10 hollandais des équipes comme Willem II, Heracles Almelo ou Groningen. Personne n’est dupe, aucune de ces équipes ne vaut notre top 8. Affronter ces équipes, aux défenses poreuses, ne renforcera pas nos clubs belges qui doivent, au contraire, se faire les dents sur des équipes plus organisées au plat pays.

C’est d’ailleurs un point étonnant dans cette proposition de BeNeLeague : pourquoi n’y aurait-il que 8 clubs belges pour 10 hollandais? D’autant plus quand le niveau de nos clubs est supérieur et que notre ranking UEFA l’est tout autant. En fait, cette disproportion c’est un aveu de faiblesse de nos dirigeants. Les Pays-Bas ont toujours refusé une collaboration, leur offrir un avantage dans la compétition c’est essayer de les persuader. Et puis on vient nous dire que cette BeNeLeague est faite dans l’intérêt de nos clubs…

À chaque système son ou ses problème(s)

Bart Verhaeghe, président du Club Bruges et homme fort du football belge © News

Le système qui a été proposé est celui d’une ligue fermée. Il n’y a pas de descendants et donc pas de promus. L’élite reste parmi l’élite. Pourquoi un club du subtop comme Charleroi voudrait-il en effet rejoindre cette compétition si il a plus à y perdre qu’à y gagner (risque de retomber un échelon largement plus bas)? Mais faire une ligue fermée c’est également et surtout creuser un fossé encore plus profond entre les riches et les pauvres, et surtout empêcher qu’ils se mélangent. Disons le clairement, cette formule c’est la mort de la majorité de nos clubs. Elle n’a ainsi aucune chance d’être acceptée par les équipes qui n’y figureraient pas. Puis quel serait l’intérêt d’une compétition où l’on ne peut rien perdre? Le seul suspense représenterait le titre, qui serait de toute façon glané par l’Ajax trois fois sur quatre. Par conséquent, quel intérêt également pour les D2 puisque, même en étant champion, on accède pas à la ligue supérieure? Pas besoin d’aller beaucoup plus loin pour démontrer que c’est n’importe quoi!

Pour solutionner ce problème de promotion/relégation, certains ont trouvé la parade et d’autres formules ont été avancées, mais elles n’en sont pas plus viables pour autant. On peut en fait ressortir deux formats possibles. Le premier, c’est le classique : deux descendants et deux promus (le champion de chaque « D2 »). Un format qui redonne un peu d’intérêt aux championnats inférieurs. Mais on peut rapidement se retrouver avec un problème de hiérarchie dans le classement. Si ce sont deux clubs hollandais qui terminent dernier et avant-dernier, on déséquilibre l’ordre premier de la compétition puisqu’on aurait un club belge en plus l’année suivante. Ce problème peut même s’avérer un naufrage. Si chaque année, ce sont deux clubs belges qui terminent aux deux dernières places, en quatre ans on ne retrouve plus qu’un seul de nos clubs dans cette division d’élite.

La deuxième formule est la solution que l’on apporterait logiquement à ce problème : les descendants sont le dernier club belge et le dernier hollandais. Alors oui, comme cela en théorie, cela fonctionne. Mais comme en Belgique on ne pense jamais à long terme ni aux spécificités, on va essayer de le faire de notre côté. Pour le peu que deux clubs hollandais terminent derniers, l’avant-dernier ne descendrait pas. Pire encore, et dans un scénario extrême : imaginons que tous les Hollandais terminent devant tous les Belges. On aurait donc comme descendants : le 18ème (dernier club belge) et le 10ème (dernier club hollandais). On nage dans le délire et le ridicule.

Un rayon de soleil parmi la grisaille?

Mais n’existe-t-il pas un format pour sauver ce projet de BeNeLeague? Pour sauver la compétition dans son format actuel, non. Mais un compromis existe, lui. On abandonne nos Play-Off actuels pour ne garder qu’une phase classique, comme aux Pays-Bas. Les deux compétitions se déroulent tout à fait normalement, puis la nouveauté opère : des Play-Off à l’américaine. Les quatre premiers de chaque pays se retrouvent ainsi en quarts de finale, en confrontations directes en un tour. Pourquoi en un tour? Parce que tout est possible sur un seul match tandis qu’en aller-retour, cela devient déjà plus compliqué de réussir à éliminer l’Ajax.

On peut ressortir plusieurs arguments pour cette formule. Premièrement, une réelle obligation de performer lors de la phase classique : avec quatre places qualificatives au lieu de six, il faudra batailler pour décrocher les Play-Off. Cette bataille permanente entraînera ensuite inévitablement une hausse du niveau des clubs et de la compétitivité sans créer un bordel d’organisation pour autant. Et enfin une réelle possibilité de surprise car la mise en place des confrontations directes en un tour permettrait à n’importe quel club de battre tout le monde. Le titre final serait ainsi accessible à tous les qualifiés pour les Play-off. Car avouons le, aucun club belge ne terminera devant l’Ajax dans un format de championnat : les Ajacides perdront beaucoup moins de points chez les « petits » et seront champions au cumulé.

Au sujet des tickets européens imputés à une telle compétition, il est déjà important de rappeler que le fantasme que l’on entend souvent circuler est faux : les tickets européens d’une BeNeLeague ne seraient pas l’addition des tickets actuels de la Belgique et des Pays-Bas. Selon les projections les plus réalistes, on devrait en réalité hériter d’un ticket direct pour les poules de la Ligue des Champions, un ticket pour le dernier tour de qualification de cette même compétition et trois tickets directs pour les poules de l’Europa League. La répartition de ces tickets dans le format « à l’américaine » pourrait être celle-ci : le champion de phase classique de chaque pays se voit accorder un ticket direct pour l’Europa League, l’assurant de Coupe d’Europe même si il ne va pas au bout des Play-Off. Les derniers tickets européens se partageraient entre les trois premiers des Play-Off : ticket direct pour la Ligue des Champions pour le champion, dernier tour de qualification pour la Ligue des Champions pour le finaliste et ticket direct pour l’Europa League pour le troisième.

Si l’idée d’un championnat commun entre les Pays-Bas et la Belgique en émoustille plus d’un, il faut rester réalistes quant à sa mise en place. Nos dirigeants clament haut et fort qu’ils en veulent la création mais n’ont absolument aucune idée de son organisation. Et pour cause, aucune formule ne tient la route. Seul un format « à l’américaine » pourrait être envisageable mais on sait que ce système ne sera pas mis en place. Pour une raison totalement inconnue, l’Europe refuse ce type de compétitions comme la peste. Peut-être parce qu’elles réservent souvent des surprises et offrent ainsi moins d’assurance aux grands et riches clubs de bien figurer (et donc de bien encaisser)? Quand l’imprévisibilité menace le business, elle ne fait pas souvent long feu.

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