Temps de lecture : 3 minutes
Les trois âges de Franck Sheeran (Robert De Niro) © SeeMag

Ce mois-ci, The Irishman, le dernier film de Martin Scorsese, arrive sur les écrans belges. Outre son cultissime réalisateur, c’est pour ses fameuses techniques de rajeunissement numérique que le film est particulièrement attendu. Analyse d’une technologie qui défie les lois du temps.

Notre plat pays aura la chance de pouvoir visionner la dernière fresque de Scorsese sur grand écran, alors que nos voisins de l’Hexagone devront se contenter de sa diffusion sur Netflix. Une disparité qui s’explique par des raisons légales : le délai requis entre l’exploitation en streaming et celle en salles est de 3 ans en France. Ces conditions de visionnement optimales dont nous pourrons bénéficier permettront d’examiner au mieux les effets des fameuses techniques de rajeunissement numérique, procédé amené à prospérer dans les blockbusters des années à venir et déjà à l’œuvre dans Gemini Man, sorti en octobre dernier.

La sortie nationale de The Irishman semble être fixée au 13 novembre, mais si vous êtes de valeureux cinéphiles liégeois comme nous, il faudra attendre le 20 novembre pour l’arrivée d’une copie dans les salles des Grignoux. Une chose est sûre : il nous tarde de pouvoir admirer ces monstres sacrés d’un autre temps que sont De Niro, Pacino et Pesci, après leur cure de jouvence numérique. Car il est certain que le procédé sert ici réellement le récit du film et ne se veut pas être un simple coup (coût) marketing. Il offre effectivement des possibilités réjouissantes pour ce type de fresque narrative étendue sur plusieurs décennies. Il constitue également un challenge inédit pour les acteurs qui se voient offrir l’opportunité d’incarner des personnages sensiblement plus jeunes sans les contraintes d’un maquillage écrasant.

La technologie semble ainsi vouloir aider le cinéma à repousser les limites de la mort, une visée déjà effleurée par l’image photographique, qui ambitionnait d’immortaliser la fugacité des êtres. Loin d’être aveuglé par son insolente vanité, le 7ème art prolongea cette immortalité dans le temps et l’espace. Aujourd’hui, le rajeunissement par ordinateur apparaît comme le dernier péché d’orgueil de l’industrie audiovisuelle dans sa conquête de la vie éternelle.

Où se situe exactement le revers de la médaille numérique ? En 2015, la franchise Fast & Furious avait déjà prouvé sa témérité face à la Faucheuse lors du tournage de son 7ème opus, lorsqu’elle avait comblé les scènes manquantes du défunt Paul Walker par des images de synthèse de son visage placées sur des doublures. Un exemple parmi d’autres sur une liste toujours plus longue (Peter Cushing dans Rogue One : A Star Wars Story notamment).

Paul Walker dans « Fast and Furious » © Paramount

Un pas a encore été franchi il y a quelques jours, avec l’annonce de la résurrection de James Dean le temps d’un film (voire deux ou trois, tant que la machine est lancée…), grâce à un soupçon d’images d’archives et une bonne dose de CGI. La nouvelle est actuellement en train d’enflammer le net, avec toutes les questions éthiques qu’une telle décision pose. Il semble que celle-ci ait cependant été validée par les successeurs des droits à l’image de l’acteur et qu’elle ouvre la porte à un nouveau phénomène clivant dans l’industrie cinématographique.

Le cinéma est ainsi parvenu à ses fins en défiant la mort elle-même grâce à la maîtrise de la technologie, dépossédant au passage les acteurs de leur corps et de leur volonté, pour aboutir à la création d’un pantin. L’immortalité a été payée au prix de l’âme humaine, et la machine remplace finalement l’être, comme l’avait prédit toute la science-fiction moderne.

Esteban

Laisser un commentaire