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Le jour où Berlin s’ouvre à nouveau change le monde. Mais ce n’est encore que la première pierre d’achoppement du Bloc de l’Est, qui vole en éclats. En moins de deux ans, la deuxième puissance mondiale implose. Qu’est-il advenu de ces pays (re)devenus libres? Analyse.

Le 9 novembre 1989, la frontière de Berlin est toujours debout mais elle n’existe plus. Le 8 décembre 1991, la Russie lâche l’Ukraine et la Biélorussie et enterre l’Union soviétique. C’est la fin d’un monde, celui de la Guerre froide, qui découpait la planète entre deux immenses puissances dominatrices. C’est aussi l’avènement d’un nouveau monde, celui de la liberté et de l’Union européenne. La Russie courbe l’échine. La Russie s’est relevée, elle s’en sort toujours. Mais qu’en est-il des différents pays dont elle avait la mainmise? Tous n’ont pas connu le même parcours, entre européanisme et influence russe.

La « Mitteleuropa » : bloc commun du renfermement sur soi

Hongrie : double jeu au pays des Magyars

Depuis 2010, le pays est dirigé par le même homme, l’intraitable Viktor Orbàn, qui avait déjà été Premier ministre de 1998 à 2002. De retour à la tête du pays sous le giron populiste du Fidesz, celui qui avait succédé au réformateur Gyula Horn après la chute du Mur de Berlin ne compte plus lâcher son trône. Après un premier mandat fait de nombreuses réformes basées sur la mise en cause de l’État de droit, de la séparation des pouvoirs, de la société civile et des libertés individuelles, le nationaliste a encore accru sa poigne de fer. À nouveau couronné en 2014, il durcit davantage le discours sur les questions de société et d’immigration. Il est plébiscité pour la troisième fois consécutive en 2018.

Après un choc frontal avec la crise de 2008, le pays a retrouvé la croissance en 2013 et sa situation économique actuelle est largement assainie (4% de croissance pour un chômage limité à 4,2%). Il a également réduit sa vulnérabilité structurelle mais son économie recèle encore des faiblesses, ce qui explique sans doute le tassement continu de sa croissance depuis 2014. L’insuffisance des investissements privés nationaux et étrangers, la force dépendance aux fonds européens et un manque structurel de main d’oeuvre n’aident pas à la relance. Comme son président Janos Ader est très impliqué dans la lutte contre les dérèglements climatiques, la Hongrie est le premier pays européen à avoir ratifié l’accord de Paris sur le climat, le 24 mai 2016.

La Hongrie est membre de l’Union européenne depuis le 1er mai 2004, de l’espace Schengen depuis 2007 mais n’est pas encore membre de la zone euro. Elle a présidé le Conseil de l’Union durant le premier semestre de 2011 et Tibor Navracsics est le Commissaire européen chargé de l’Éducation, de la Culture, de la Jeunesse et des Sports. La priorité de la Hongrie dans le dossier du Brexit est le maintien de liens les plus étroits possibles, une position logique au vu de la dépendance hongroise des fonds d’aide européens. Foncièrement opposé à l’accueil des migrants et au plan européen de relocalisation, Viktor Orbàn a fait dresser une clôture de barbelés à sa frontière pour « protéger le territoire. » Le pays a également bloqué l’adoption de plusieurs positions communes de l’Union européenne concernant les droits de l’homme.

La Hongrie affiche une certaine proximité avec la Russie de Vladimir Poutine. La coopération est particulièrement développée dans le secteur énergétique avec l’apport important d’hydrocarbures russes. L’électricité hongroise dépend également de l’entreprise russe Rosatom qui rend possible l’extension de sa centrale nucléaire de Paks2. Le pays est attaché à la stabilité et la perspective européenne de l’Ukraine où vit une importante communauté magyare. La Hongrie doit donc jouer sur deux tableaux avec la Russie.

Pologne : girouette sur fond de tensions

En 2015, le parti conservateur, social et souverainiste Droit et justice revient au pouvoir tandis que la gauche n’est plus représentée au Parlement, une première depuis la chute du communisme. Pourtant, le gouvernement a mis sur pied un programme social d’envergure : instauration d’allocations familiales mensuelles à partir du 2ème enfant, réduction de l’âge de départ à la retraite et augmentation du salaire minimum. Jaroslaw Kaczynski est président mais son statut ne lui accorde aucune fonction gouvernementale officielle.

Depuis son adhésion à l’Union européenne le 1er mai 2004, l’économie polonaise est l’une des plus dynamiques d’Europe centrale et orientale. Un dynamisme qui s’est maintenu malgré la crise économique de 2008, faisant de la Pologne la seule économie européenne à afficher une croissance positive en 2009. Le ralentissement du débat des années 2010 est maintenant oublié grâce à une croissance de 4,6%. Le taux de chômage s’est stabilisé à 5%.

L’ex-Premier ministre Donald Tusk est le président du Conseil européen depuis 2014 et Elzbieta Bienkowska est la Commissaire chargée du marché intérieur, de l’industrie, de l’entrepreneuriat et des PME. Comme la Hongrie, le pays veut maintenir le plus de liens possibles avec le Royaume-Uni. Mais les réformes judiciaires successives ont tendu les relations avec l’Union européenne qui a du entamer un « dialogue structuré » avec le pays sur la situation de l’État de droit. Et les recommandations européennes n’ont toujours pas été suivies par le gouvernement. Après une nouvelle réforme judiciaire en 2017, l’Union a ouvert une procédure pour « risque clair de violation grave » des valeurs européennes car l’indépendance de la justice pourrait ne plus être assurée.

Suite aux attentats du 13 novembre 2015 à Paris, la Pologne a annoncé qu’elle ne ferait pas partie des programmes pour la migration : elle n’a accueilli aucun réfugié alors qu’elle aurait du en héberger près de 7000. Le pays soutient les recours déposés par la Hongrie et la Slovaquie sur le sujet. Peu concernée par l’immigration, qui reste assez marginale (outre une forte présence ukrainienne depuis quelques années), la Pologne se concentre davantage sur les importantes vagues d’émigration massive qu’elle connaît depuis cinq ans. La Pologne n’a toujours pas ratifié l’accord climatique de Paris.

Le pays s’était rapproché de la Russie avec l’arrivée de Donald Tusk comme Premier ministre en 2007 et des progrès significatifs avaient été observés, mais l’intervention russe en Ukraine a stoppé net les relations. Les accords ont été suspendus et la Pologne appuie désormais lourdement les sanctions européennes qui visent la Russie. Le gouvernement actuel a réouvert l’enquête sur la catastrophe aérienne de Smolensk du 10 avril 2010 qui avait coûté la vie à 96 personnes, dont le président de l’époque. Pour la commémoration des 70 ans du massacre de Katyn, qui a longtemps envenimé les relations entre les deux pays, le Tupolev s’était écrasé sans réelle raison valable. Diverses théories sur l’implication de la Russie dans une tentative de décapiter le gouvernement polonais avaient été avancées mais le dossier s’était terminé sans condamnation.

République Tchèque : les défis à venir

En janvier 2018, Milos Zeman a été réélu pour un second mandat de cinq ans, il bénéficie de prérogatives constitutionnelles limitées mais joue un rôle influent dans le débat public. Assez concentré sur sa politique intérieure, le pays n’a toujours pas ratifié l’accord de Paris. La position du gouvernement est le maintien des sanctions européennes contre la Russie tant qu’un autre accord n’aura pas été signé, alors que le président tchèque s’est dit opposé à ce maintien lors d’une visite à Moscou.

Avec un taux de chômage à seulement 2,9% et une croissance de 4,4%, l’économie tchèque est dynamique et les finances publiques sont saines. Tout cela, grâce principalement à un secteur industriel compétitif (38% du PIB) et fortement intégré aux chaînes de sous-traitance du secteur automobile allemand. Mais le pays souffre d’une insuffisance des investissements publics et devra parvenir à maintenir sa compétitivité en dopant la gamme de son industrie, au risque de voir son château de cartes économique s’effondrer : la hausse des salaires et une situation de plein emploi sont à prévoir. La transition énergétique devra également être menée à bien tant le pays dépend encore du charbon.

Entrée dans l’Union européenne le 1er mai 2004 et dans l’espace Schengen en 2007, la République Tchèque a présidé le Conseil de l’Union au premier semestre de 2009. La Commissaire Vera Jourova est chargée de la Justice, des Consommateurs et de l’Égalité des genres. Le pays s’importe peu de la finalité du Brexit tant que les droits et les libertés de ses citoyens expatriés y sont préservés. Le Premier ministre Andrej Babos a déclaré que le pays songeait à adopter l’euro mais qu’il fallait que la monnaie unique soit encore consolidée pour cela, bien que le pays respecte déjà l’ensemble des critères requis. La République Tchèque s’oppose à la mise en place d’un mécanisme permanent de relocalisation des migrants et met l’accent sur le renforcement de la protection des frontières extérieures de l’UE. La Commission européenne a formé, devant la Cour de justice de l’Union, un recours contre le pays. La Hongrie et la Pologne sont également citées dans le dossier.

Slovaquie : une once de progrès

Cette année, Zuzana Caputova est devenue la première femme à atteindre la fonction présidentielle en Slovaquie, portée par un mouvement jeune et progressiste qui tend vers une fuite en avant du pays. Elle est connue pour son engagement en faveur de la lutte contre la corruption et a fait de l’écologie et de la protection de l’État de droit ses autres priorités.

Le pays bénéficie actuellement d’une croissance certaine de 3,3% mais le chômage reste encore élevé à 8,8% (et près de 25% chez les jeunes). Il revendique sa bonne gouvernance et se montre parmi les plus fermes en termes de respect budgétaire. La Slovaquie s’est montrée favorable à une entrée dans la zone euro. De fortes inégalités régionales existent encore : la région de Bratislava à l’Ouest est l’une des plus développées de toute l’Union mais le Centre et l’Est restent fort défavorisées.

Entré dans l’Union européenne le 1er mai 2004 et dans l’espace Schengen en 2007, le pays a présidé le Conseil de l’Union européenne au deuxième semestre de 2016. Maros Sefcovic est vice-président de la Commission européenne et Commissaire chargé de l’Union de l’énergie. La Slovaquie soutient le maintien optimal du lien entre l’UE et le Royaume-Uni et avance comme priorité le respect des engagements financiers britanniques (vu l’importance des fonds européens pour le pays).

La Slovaquie se retrouve un peu coincé entre deux chaises dans ses relations avec la Russie : elle condamne les interventions russes mais se montre plus mesurée en raison de sa forte dépendance énergétique (2/3 des matières premières énergétiques proviennent du pays de Poutine). Elle est également un pays de transit pour le gaz russe dans l’Union européenne et en tire des bénéfices importants. Le pays prône le maintien du dialogue avec la Russie et est favorable à la levée des sanctions dès que possible. Mais l’arrivée au pouvoir de la progressiste Caputova à la présidence pourrait changer les choses. Sa volonté farouche d’investir dans les énergies renouvelables doit permettre au pays de gagner en indépendance, et de ratifier rapidement l’accord de Paris sur le climat.

La Voie balte : un progressisme unique en Europe

Estonie : la technologie au service de l’économie

Devenue indépendante en 1918, l’Estonie est envahie par l’Union soviétique en 1940, puis par l’Allemagne nazie en juin de l’année suivante, et enfin par l’Union soviétique à nouveau en 1944. La République recouvre son indépendance en 1991. En 2016, Kersti Kaljulaid devient la première femme à accéder à la présidence du pays : conservatrice en économie et libérale en matière sociale (migrations, questions lgbt, allocations de chômage), elle réaffirme régulièrement les engagements européens du pays. Le Premier ministre Jüri Ratas, au profil plutôt éloigné du Kremlin, et son gouvernement ont procédé à plusieurs réformes sociales importantes : fiscalité, politique familiale, lutte contre l’alcoolisme, politique de grands travaux.

Fortement marquée par la crise de 2008, il faut deux ans au pays pour sortir d’une très forte récession et retrouver le chemin d’une croissance robuste et assainie. L’investissement a maintenant pris le relais de la consommation des ménages et est devenu le principal moteur de cette croissance. Les finances publiques sont exemplaires et le taux de chômage a diminué au cours des dernières années, à hauteur de 5,4% en 2018. La question de la migration anti-russe, les Estoniens fuyant leur pays, pourrait cependant constituer un problème à long terme.

L’Estonie tire une grande partie de sa production énergétique de son schiste bitumineux mais l’obsolescence progressive de ces installations et sa volonté farouche de s’inscrire durablement dans les énergies renouvelables lui font abandonner petit à petit sa consommation personnelle (il pourrait désormais en vendre à l’étranger). L’objectif du pays est d’atteindre 25% de production électrique verte, par biomasse et réseau éolien. Ce choix s’explique aussi par la volonté de se débarrasser des hydrocarbures russes. Depuis quelques années, le pays investit dans plusieurs projets de synchronisation des réseaux électriques baltes et polonais pour s’affranchir davantage encore des liens avec la Russie. Un projet de liaison ferroviaire reliant Tallinn à la frontière polonaise (passant par Riga, en Lettonie, et Kaunas, en Lituanie) est également sur la table des quatre pays concernés. Une connexion par tunnel sous-marin est enfin envisagée à terme entre Tallinn et Helsinki.

Le pays a fortement investi dans les nouvelles technologies (6,8% du PIB en 2016) et le numérique est un réel levier de croissance, facilitant les procédures administratives (dont 99% se font en ligne) et l’attractivité pour les investisseurs étrangers. En 2014, l’Estonie est devenue le premier pays à proposer une « e-résidence » permettant d’offrir aux ressortissants des services de l’État à ses citoyens (création d’entreprises, opérations bancaires, etc). On comptait près de 50.000 « e-Estoniens » en mai 2019.

L’Estonie est entrée dans l’Union européenne le 1er mai 2005, dans l’espace Schengen en décembre 2007 et dans la zone euro en janvier 2011. Elle a assuré la présidence du Conseil de l’Union au deuxième semestre de 2017 avec quatre priorités : l’ouverture et l’innovation économiques, la sûreté et la sécurité, le marché numérique et la circulation des données, et l’Europe inclusive et durable. L’ex-Premier ministre Andrus Ansip est vice-président de la Commission européenne et Commissaire chargé du marché unique numérique. L’Estonie regrette le Brexit mais respecte la décision britannique et souhaite le maintien le plus étroit possible des liens entre UK et UE. Pour l’avenir, le pays aimerait que l’Union européenne se mobilise davantage sur un « agenda positif » porteur de projets allant dans le sens d’une plus grande unité et cohésion, et une meilleur durabilité. Le pays a ratifié l’accord de Paris le 4 novembre 2016.

L’Estonie perçoit la Russie comme une menace permanente, notamment par la présence d’une forte minorité russophone au pays. L’influence russe dans les milieux d’affaires reste très forte et le pays voudrait ne plus avoir besoin de commercer avec la Russie. Sur la question ukrainienne, l’Estonie défend une ligne ferme et coercitive contre Moscou et soutient le maintien des sanctions. Le pays souhaite ouvrir une « perspective européenne » pour le soutien et le développement des pays du tiers-monde.

Lettonie : endurer pour s’en sortir

La Lettonie observe sensiblement la même histoire récente que l’Estonie et a proclamé sa seconde indépendance en 1991. Raimond Vëjonis a été élu président de la République en 2015 après avoir été plusieurs fois ministre de l’Environnement et ministre de la Défense. Il est issu de l’union des Verts et des Paysans. Le gouvernement rassemble différents partis progressistes du pays et a complètement laissé de côté le parti russophone, unifié mais rejeté par le reste de la population qui le craint. Les priorités gouvernementales sont la modernisation de l’économie (réforme bancaire, financière et fiscale, nationalisation des installations portuaires), l’amélioration du niveau de vie de la population et le renforcement de la sécurité de l’État (lutte contre la corruption et le blanchiment russe).

Trois ans de récession auront suivi la violente crise de 2008 mais une stricte politique d’austérité, voulue et votée par la population, a relancé l’économie lettone dès 2011. Malheureusement, la croissance repose encore en grande partie sur la consommation des ménages. La discipline budgétaire est notable mais le marché du travail est confronté à un manque de main d’oeuvre adéquate. Le vieillissement de la population n’aide pas un chômage qui reste tout juste sous les 9%, principalement en dehors de la capitale. Le pays peine encore à réduire les inégalités car la protection sociale et l’accès aux services de santé sont insuffisants. Une situation encore compliquée mais logique au vu de la stricte politique d’austérité mise en place après la crise, les aspects sociaux étant petit à petit retricotés : une ambitieuse réforme fiscale visant à améliorer le taux de recouvrement des impôts et à rationaliser les dépenses publiques vient d’être lancée et va être suivie par une refonte du système de santé et de protection sociale.

Le pays ne possède pas de ressources énergétiques et a toujours dépendu des hydrocarbures russes. Mais depuis la nouvelle indépendance, le pays fuit à tout prix son grand voisin et a largement développé les énergies renouvelables : l’hydroélectricité permet à la Lettonie d’afficher des résultats positifs en termes de durabilité et de diversification des énergies, mais 30 à 45% de sa consommation électrique doit encore être importée. Comme l’Estonie, elle soutient la synchronisation des réseaux électriques entre les trois pays baltes et la Pologne. Le pays a ratifié l’accord de Paris le 20 février 2017.

Le pays est membre de l’Union européenne depuis le 1er mai 2004, de l’espace Schengen depuis décembre 2007 et de la zone euro depuis janvier 2014. Il a assuré la présidence du Conseil de l’UE durant le premier semestre de 2015. Valdis Dombrovskis est vice-président de la Commission européenne pour l’euro et le dialogue social. Il est également Commissaire chargé de la stabilité financière, des services financiers et de l’union des marchés des capitaux. La Lettonie observe l’exacte même position que l’Estonie sur le Brexit et le futur de l’Union européenne.

La Lettonie perçoit la Russie comme une menace et sa forte minorité russophone n’est pas là pour la rassurer. L’influence russe dans les milieux d’affaires essaie d’être réglée le plus rapidement possible pour s’isoler de son grand voisin. Tout comme l’Estonie, le pays défend une ligne ferme contre Moscou suite à l’intervention en Ukraine et souhaite ouvrir une « perspective européenne ».

Lituanie : l’historique méfiance règne toujours

Au 15ème siècle, le Grand-Duché de Lituanie s’est étendu de la mer Baltique à la mer Noire avant de devenir une province russe en 1795. Ensuite, son histoire suit le même cours que ses deux voisins baltes du nord. Le 26 mai 2019, l’économiste indépendant Gitanas Nauseda a été élu président. Son gouvernement est dirigé par Saulius Skvernelis de l’union des Paysans et des Verts et a basé son programme sur cinq piliers : un développement humain durable et équilibré, une société harmonieuse, des systèmes éducatifs et culturels durables et équilibrés, une croissance économique durable, et une gestion des administrations publiques durable et efficace. De plus, le gouvernement met l’accent sur la politique familiale et sur les efforts pour lutter contre la consommation d’alcool, la plus importante du monde.

Après avoir connu un léger creux en 2015, la croissance lituanienne a repris vigueur dès l’année d’après et statue maintenant à 3,5%. Elle n’est plus stimulée par les exportations comme auparavant mais par les investissements et les bonnes performances du commerce de détail. Cette conjoncture a permis l’augmentation du salaire moyen et du salaire minimum, la Lituanie connaissant un véritable processus de convergence : le PIB/habitant s’élève désormais à 78% de la moyenne européenne. Malgré un embargo russe, les échanges extérieurs lituaniens ont bien repris depuis 2014 et connaissent une croissance soutenue. Le taux de chômage a reculé à 6,3% mais la main d’oeuvre qualifiée manque en raison du vieillissement de la population et de la forte émigration post-indépendance (25% de la population craignant une violente réponse russe). Pour la première fois depuis sa nouvelle indépendance, le budget a dégagé un excédent en 2016, confirmé les années suivantes (+0,7 du PIB) grâce à des réformes structurelles et un effort de réduction des dépenses publiques.

Entrée dans l’UE le 1er mai 2004, dans l’espace Schengen en décembre 2007 et dans la zone euro en janvier 2015, la Lituanie n’a pas encore présidé le Conseil de l’Union européenne. Vytenis Andriukaitis y est pourtant Commissaire chargé de la santé et de la sécurité alimentaire. Le pays a énoncé le même avis que ses voisins baltes sur le Brexit et l’avenir de l’UE. La centrale nucléaire d’Ignalina a fermé en 2009 et le pays s’est lié avec les câbles terrestres et sous-marins de la région (LitPol Link avec la Pologne, NordBalt avec la Suède) pour ne plus dépendre de la Russie. Elle s’inquiète de la construction d’une nouvelle centrale à Astravets en Biélorussie dont elle doute des garanties de sûreté. Le pays privilégie les énergies renouvelables et tente de les diversifier (biomasse, hydroélectricité, éoliennes) et tente de sortir définitivement de son besoin de gaz naturel russe. Comme ses voisins, elle soutient la liaison ferroviaire. La Lituanie a ratifié l’accord de Paris le 22 décembre 2016

La politique étrangère de la Lituanie est principalement déterminée par sa perception de la Russie. Le pays s’exprime ainsi contre les agissements de cette dernière dans la région, bien qu’elle reste encore son premier partenaire commercial. Elle condamne l’intervention russe en Ukraine et apporte une aide matérielle à Kiev. Comme ses voisins, elle soutient la « perspective européenne ».

La « frontière de l’Est » : le cordon ombilical résiste, pas toujours de la même manière

Ukraine : volte-face à Astana

Le pays retrouve son indépendance et, le 12 décembre 1991, Leonid Kravtchouk est élu président de la République d’Ukraine et s’oppose à la Russie sur la statut de la Crimée et du contrôle de la flotte en mer Noire. Il est remplacé en 1994 par Leonid Koutchma, réélu en 1999 mais balayé par la Révolution orange.

Fin 2013, la Russie essaie de faire pression sur Kiev pour qu’il ne signe pas un accord d’association avec l’UE, elle restreint certains produits, fait monter les prix du gaz et impose un passeport étranger aux Ukrainiens. La Russie craint un rapprochement avec l’Europe alors qu’elle veut elle-même se rapprocher des anciens soviétiques. En novembre, l’Ukraine renonce à l’accord européen et relance un dialogue actif avec Moscou. D’importantes manifestations pro-européennes se mettent en place sur la place Maïdan. Dans la semaine du 17 février 2014, la manifestation est durement réprimée, provoquant la mort de près de 80 personnes. Quelques semaines plus tard, des troupes pro-russes prennent le contrôle de la Crimée. Le gouvernement d’Oleksandr Tourtchynov accuse la Russie d’invasion et d’occupation armée alors que la Russie nie la présence de ses soldats. Le 11 mars, le Parlement de Crimée déclare l’indépendance de la République de Crimée. Le 18 mars, le gouvernement russe annonce que la République de Crimée et la ville de Sébastopol deviennent deux nouveaux sujets fédéraux de la Fédération de Russie. Le 27 juin 2014, le nouveau président Petro Porochenko signe un accord de libre échange avec l’Union européenne.

En avril 2014, un nouveau soulèvement pro-russe a lieu dans la région du Donbass et deux républiques sécessionnistes font leur apparition : la République populaire de Donetsk et la République populaire de Lougansk. Des affrontements armés ont lieu avec les forces loyalistes ukrainiennes et un avion de ligne malaysien est abattu alors qu’il survole la région en juillet 2014. L’Ukraine interdit le survol de l’est de son territoire. Le régime de Vladimir Poutine est accusé de déstabiliser la région par le gouvernement de Kiev et la communauté internationale. Le conflit russo-ukrainien a fait près de 13.000 morts et 25.000 blessés et entraîné le déplacement de près d’1,7 million internes en Ukraine, un million vers la Russie et 81.000 vers la Biélorussie.

Depuis, le pays a connu une période de transition sans précédent : après la Révolution de la dignité de Maïdan, Kiev a entrepris un processus ambitieux de démocratisation et de réformes économiques dans un contexte difficile de conflit avec la Russie, le but est de se détacher le plus possible de son voisin pour se rapprocher de l’UE. Au niveau des relations avec la Russie, les liaisons aériennes sont interrompues depuis 2015, le pays a stoppé son achat du gaz russe et a mis fin au décret d’amitié (septembre 2018) qui liait les deux pays depuis 1997. À l’inverse, le pays tente de diversifier ses contacts extérieurs : relations privilégiées avec le Canada, la Pologne et la Turquie, accord de libre-échange avec le Canada et Israël. L’UE est, depuis 2009, le premier partenaire commercial de l’Ukraine et les visas ont été supprimés pour les courts séjours en Ukraine. Le pays n’a toujours pas ratifié l’accord de Paris sur le climat.

Le pays bénéficie d’une situation géographique enviable (route de transit, terres fertiles, proximité de l’Europe) et d’une main d’oeuvre qualifiée. Après une forte récession post-Crimée et Donbass, l’indicateur économique est redevenu positif à partir de 2016. L’Ukraine devrait atteindre une croissance de 3,3% mais possède un taux de chômage relativement élevé de 8%. Le pays a signé un accord avec le FMI fin 2018 pour sécuriser ses progrès en matière de stabilisation macroéconomique et consolider ses récentes réformes. Mais tout n’est pas encore rose : les entités de lutte contre la corruption vivent de fortes rivalités et une réforme du système judiciaire sera nécessaire pour que les autres réformes soient suivies d’effets.

Roumanie : le socialisme anti-soviétique

Depuis le 4 novembre 2019, c’est Ludovic Orban qui dirige le gouvernement roumain. Il a été désigné par le président Klaus Iohannis suite à la motion de censure votée contre l’ex-Première ministre Viorica Dancila. La Roumanie a ratifié l’accord de Paris le 10 avril 2017.

L’économie roumaine fut durement touchée par la crise de 2008 après plusieurs années d’expansion rapide et le PIB a chuté de 5,5%. Il faut attendre 2013 pour retrouver une croissance dynamique (4,1%), ce qui a permis au pays de privilégier la stimulation de la consommation et la revalorisation substantielle des salaires qui ont doublé en trois ans. En décembre 2017, le Parlement a voté la suppression de la quasi-totalité des charges sociales patronales.

La Roumanie ne dépend pas que d’un seul facteur énergétique et exporte une partie de sa production d’électricité, issue en grande partie de l’hydroélectricité et du charbon mais aussi du nucléaire et du gaz naturel. Elle attache une grande priorité à la mise en valeur des ressources pétrolières de la mer Noir et insiste sur l’approvisionnement de l’Europe en gaz naturel.

Le pays entre dans l’UE le 1er janvier 2007 mais reste toujours en dehors de l’espace Schengen et de la zone euro. La Roumanie a présidé le Conseil de l’UE au premier semestre de cette année et Corina Certu est la Commissaire européenne pour la politique régionale. Le pays regrette le Brexit mais respecte la décision et milite pour le maintien de liens les plus étroits possibles. La Roumanie se donne pour objectif d’adopter l’euro à l’horizon 2024 mais n’a pas encore déterminé de date pour rejoindre le mécanisme de taux de change européen.

Le pays voit en Washington le principal garant de sa sécurité et est très attaché au maintien de liens forts avec les USA avec lesquels il a conclu un partenariat stratégique en 1997. À l’inverse, la Roumanie défend une ligne dure contre Moscou dont elle dénonce la politique de déstabilisation, elle soutient le maintien des sanctions.

Bulgarie : fuis moi je te suis

Boïko Borissov dirige le gouvernement depuis 2017. C’est le parti du Premier ministre, plutôt favorable à l’UE, qui s’est imposé lors des élections européennes alors que l’on retrouve le parti socialiste eurosceptique dans l’opposition. Le gouvernement a été saisi par la Commission européenne pour régler des problèmes d’indépendance des magistrats, de lutte contre la corruption de haut niveau et de liberté de la presse.

Durement frappé par la crise de 2008 (chute de 5,5% du PIB puis croissance nulle), le pays connait un renouveau économique depuis 2015 et une croissance de plus de 3% soutenue par les exportations et une meilleure consommation des fonds structurels. Les capitaux étrangers sont modestes mais en croissance, un retard étonnant au vu du faible taux d’imposition des entreprises et des revenus et d’une main d’oeuvre qualifiée parmi les moins chères d’Europe. Le principal objectif du pays est de mener à bien le processus de rattrapage entamé avec l’UE car son PIB/habitant est le plus faible d’Europe (mais concerne 50% de la moyenne européenne quand il est comparé à son pouvoir d’achat, et le taux de pauvreté a reculé de 12% en dix ans). Le chômage a fortement chuté de 12% à 5,2% en neuf ans mais le vieillissement de la population ne parvient pas à être empêché à cause d’une forte émigration des jeunes. La discipline budgétaire stricte permet au pays d’afficher l’une des dettes publiques les plus faibles de l’Union.

Le pays produit près de la moitié de son électricité par le charbon, suivi du nucléaire et de l’hydroélectricité. Le gouvernement actuel veut faire de la création d’un « hub gazier » pour l’approvisionnement en Europe un objectif clé alors que le pays exporte déjà énormément son électricité. Au vu de sa gourmandise en énergies fossiles, le pays n’a pas ratifié l’accord de Paris.

Entrée dans l’UE le 1er janvier 2007, la Bulgarie ne fait pas encore partie de l’espace Schengen ni de la zone euro. Elle demeure encore l’État membre le plus pauvre de l’Union. Elle a assurée la présidence du Conseil de l’Union au premier semestre de 2018 et Mariya Gabriel est Commissaire pour l’économie et la société numérique. La Bulgarie regrette le Brexit mais respecte la décision et espère le maintien de liens les plus étroits possibles. Le pays s’est fixé pour objectif d’adopter la monnaie unique à terme, il a déposé sa candidature au mécanisme de taux de change européen et à l’union bancaire en 2018. L’entrée dans l’espace Schengen est également un objectif central de la Bulgarie : le niveau de préparation du pays a été jugé suffisant sur le plan technique mais la décision n’a pas fait l’unanimité au sein des États membres, la question a donc été repoussée à une date ultérieure.

La Russie est perçue de manière positive par la majorité des Bulgares, sensibles à une certaine proximité religieuse et linguistique ainsi qu’au souvenir de son rôle au 19ème siècle dans sa libération de l’occupation ottomane. Moscou est également un partenaire économique de poids et ses investissements sont très importants dans le secteur énergétique. Une part significative des recettes touristiques proviennent enfin de touristes russes. Assez étonnement, la majorité des bâtiments de l’époque russe ont pourtant été rasés de la capitale Sofia.

Moldavie : l’agriculture contre l’industrie

Le pays est dirigé depuis 2009 par des coalitions dont l’objectif est de se rapprocher de l’UE en mettant en oeuvre de profondes réformes structurelles. Des crises politiques et divers scandales de corruption ont affecté la stabilité du gouvernement qui n’a cessé de changer depuis 2013. Le pays reste marqué par la persistance d’une conflit gelé dans la région de Transnistrie majoritairement peuplée de russophones. Cette région a tenté de faire sécession en 1990 et s’est même autoproclamée indépendante en 1992 mais il s’agit en réalité d’une zone de non-droit, non-reconnue par la communauté internationale : les combats ont cessé mais l’armée russe y a élu domicile, en violation du droit international.

La Moldavie tire principalement profit de son sol fertile et viticole mais dépourvu de ressources naturelles, une fragilité économique qui l’a frappé durement à la chute de l’Union soviétique à qui elle vendait ses productions. Le conflit gelé de la Transnistrie recouvre également un coût économique élevé pour le pays, et la concentration des industries sur le territoire de la région séparatiste n’arrange pas les choses. L’économie moldave dépend enfin fortement des transferts d’argent des travailleurs migrants (20,6% du PIB). Le pays a signé en 2014 un accord d’association avec l’Union européenne qui lui offre une meilleure stabilité et une promesse d’exportations (augmentation de 70% en 2018). Une situation rendue obligatoire depuis l’embargo russe de 2013 sur les vins et produits agricoles moldaves. La croissance est remontée à 3,8% mais il est difficile d’évaluer le taux de chômage.

Le pays observe des relations privilégiées avec la Roumanie de par la proximité géographique, historique, linguistique et culturelle entre les deux nations. L’arrivée au pouvoir d’une coalition pro-européenne en 2009 a renforcé davantage encore ces relations bilatérales et la Roumanie est devenue le principal défenseur de la Moldavie auprès de l’Union en soutenant sa volonté d’y adhérer. Le pays entretient également de bonnes relations avec l’Ukraine, avec qui elle partage une volonté de se rapprocher de l’Union européenne pour éviter que la Russie ne veuille à nouveau se les approprier. Mais la faiblesse des réseaux de transport entre les deux pays et la crise en Ukraine, qui occupent énormément le régime, ont ralenti les échanges.

L’Union européenne est devenue le premier partenaire commercial de la Moldavie et a négocié des accords de libre-échange avec le petit pays (des visas de trois mois peuvent être demandés par la population moldave pour circuler librement dans l’espace Schengen). Mais l’adhésion de la Moldavie ne pourra se faire tant que le régime n’aura pas amélioré plusieurs points précis : une réforme de la justice, l’amélioration du climat des affaires et des conditions sanitaires, la défense de la liberté d’expression et des droits de l’homme et la lutte contre les différents trafics.

Les relations avec la Russie sont complexes et tendues en raison du poids que le puissant empire a exercé sur la petite République depuis près de deux siècles. Mais le monde politique moldave est hétérogène : le président se tourne vers Moscou pour éviter une escalade entre les deux pays alors que le gouvernement veut suivre les réformes européennes. Bien qu’elle cherche à rejoindre l’Union, la Moldavie reste très attachée à son statut de neutralité, garanti par sa Constitution.

Biélorussie : un suffixe qui veut tout dire

Cinq ans après une vague de répressions sans précédent qui avait accompagné le scrutin de 2010, la Biélorussie a fait preuve d’un relatif assouplissement en libérant les derniers prisonniers politiques. En retour, l’Union européenne a levé l’année suivante la majorité des sanctions sur les entités biélorusses. La situation en matière de respect des droits de l’homme et des libertés publiques reste néanmoins fort préoccupante : le respect électoral n’est toujours pas assuré, les entraves administratives et financières à l’encontre de militants des droits de l’homme se sont multipliées et les médias ont été placés sous le contrôle du pouvoir.

2011 fut la pire année pour le régime depuis la chute de l’URSS et a entraîné une violente crise financière et économique au pays : dévaluation de 65% de la monnaie et inflation de 109%. Le fait que le pays soit resté à l’économie centralisée, seul cas en Europe depuis 1991, ne l’a évidemment pas aidé. Mais même si 70% de son PIB reste généré par des entreprises publiques, son économie s’est relativement ouverte et adaptée d’une point de vue commercial. C’est la structure qui reste archaïque. Depuis trois ans, le PIB a repris sa marche en avant (3%) mais son économie reste très fortement dépendante de la Russie, qui détient 50% de sa dette publique et représente plus de 50% du commerce extérieur du pays.

La Biélorussie ne fait pas partie de l’Union européenne mais cela n’empêche pas les relations entre les deux entités d’être régies par 29 mesures. Elles s’inscrivent dans une approche progressive et conditionné, et la plupart concerne les questions de droits de l’homme et de démocratie. La levée des sanctions en 2016 a ravivé les contacts entre les deux et un groupe de coordination a été mis sur pied. Les priorités du partenariat n’ont pas encore été décidées.

Russie et Biélorussie sont liées par un traité sur l’union des deux États conclu juste avant le troisième millénaire. Il concerne le respect de relations très étroites à tous les niveaux : stratégique, militaire, économique, commercial, douanier, financier, juridique et culturel. Le rapprochement du pays avec l’Union européenne ne plaît pas à l’empire de Vladimir Poutine qui tient à être tenu au courant de ces avancées.

Il y a 30 ans, le Mur de Berlin s’effondrait et entraînait dans sa chute l’ensemble du Bloc de l’Est. De nombreux pays ont recouvré leur indépendance, volonté matée par la puissance soviétique, mais le passage à un monde capitaliste ne s’annonçait pas simple. Frappés de plein fouet par une économie plus performante et en meilleure santé que la leur, quelle allait être la réaction des ex-vassaux de l’URSS? La réponse n’est, évidemment, pas unanime car les réalités sont toujours multiples. De grandes tendances ont cependant émergé.

Géographiquement écrasée entre l’Europe occidentale et la Russie, l’Europe centrale s’est protégée. Elle s’est ouverte au marché, en a tiré les bénéfices qu’elle en espérait mais ne s’y est pas engouffrée. La République Tchèque et la Slovaquie se sont séparées, car les seconds étaient « trop pauvres », mais ont fini par se regrouper pour faire front. Le renfermement sur soi est devenu la valeur ultime du Centre de l’Europe. Mais cette réalité commence à s’adoucir, et certains pays se tournent vers le progressisme.

Très accroché à sa liberté, le triptyque balte a depuis toujours exprimé ses envies d’indépendance. Le tournant du 20ème siècle a été dur pour la région, perpétuellement matée par les Soviétiques. Depuis la chute du Bloc de l’Est, les trois pays avancent (ou courent plutôt) main dans la main pour fuir la Russie à grandes enjambées. Trop rapidement d’ailleurs au vu de l’impact violent de la crise de 2008. Mais les trois peuples sont motivés : ils sont prêts à souffrir plus encore si cela leur offre une protection contre la Russie. Région progressiste, elle est devenue une pionnière de l’Union qu’elle essaie de réformer du mieux possible. Elle ferait partie des pointures européennes si son indépendance avait été garantie depuis plus longtemps.

À l’extrême-est, il n’est pas possible de faire fi de la grande Russie avec qui on partage obligatoirement ses frontières. Mais tout le monde ne le vit pas de la même manière. Quand certains joignent l’Union européenne, d’autres retournent se blottir dans le giron russe. Plus indécises, l’Ukraine et la Bulgarie jouent au yo-yo. Et on n’a même pas abordé l’exception yougoslave, complètement éclatée et aux revendications tellement spécifiques. La région se concentre d’ailleurs principalement sur ses conflits internes avant de se poser la question de son orientation européenne.

Le Mur de Berlin, c’est donc bien plus que la chute d’une frontière physique dans l’ex-capitale allemande. C’est un événement majeur de l’histoire contemporaine, au même titre sans doute que les deux Guerres mondiales du siècle passé. Entièrement imbriquée dans un contexte social et économique gigantesque, la fin de la séparation des deux Allemagne a trouvé ses racines dans un ras-le-bol sourd partagé par une grande partie de l’Europe. Minimisées à l’époque, les conséquences de cette réunification furent plus grandes encore que ses causes, elles aboutirent à la création d’un monde nouveau. Et pour rendre compte de la complexité de cette situation, il était obligatoire de mettre en avant la diversité de ses réalités.

Journa’Lîdje

2 Replies to “Dossier « 30 ans de la chute du Mur de Berlin » | Que sont devenus les ex-pays vassaux du Bloc de l’Est?”

  1. Une approche différente et très agréable à lire de la chute du Mur de Berlin tout au long de cette semaine 👏🏻👏🏻

  2. Pas facile de s’y retrouver dans ce meli-melo de pays/régions plus ou moins maltraités pendant des décennies. De nos yeux de petits Européens, avant 1989, les choses étaient plus simples sur la mappemonde: on voyait une énorme surface rouge ou on s’amusait tout juste à situer la Sibérie, Moscou et… Tchernobyl!

    Merci à toute l’équipe de Journa’Lidje pour ce joli dossier.

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