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Plus grand polluant au monde, le plastique est désormais présent sur l’entièreté de la planète. Une situation intenable qui décime petit à petit les différents écosystèmes et menace l’équilibre des populations. Si les initiatives mondiales tardent à se mettre en place, différents acteurs indépendants se sont déjà mis au travail. Découvertes.

Katmandou, Népal. Les clients des hôtels de renom de la ville ne le savent sans doute pas mais ils dégustent leurs somptueux repas dans des ordures. Du moins, d’anciennes ordures. Car depuis quelques mois, les complexes hôteliers cinq étoiles de la capitale ont fait le choix du recyclé. Verres, pots, lampes, couverts,… tous ces objets proviennent des hautes altitudes de l’Everest, où ils y étaient abandonnés. Mais cela, c’était avant.

Restes d’un camp d’alpinistes sur les pentes de l’Everest © David Liano

Après de vives critiques sur l’état de propreté du toit du monde, les autorités népalaises ont mis sur pied une opération de six semaines visant à en nettoyer le sommet. Une équipe de quatorze personnes est ainsi montée jusqu’à près de 8000m d’altitude pour y récupérer plus de dix tonnes d’ordures, amenées dans des centres de recyclage de la capitale. Mais ce nettoyage reste minime tant les déchets sont nombreux. Lors de chaque printemps, des centaines d’alpinistes se jettent à l’assaut de l’Everest et laissent derrière eux bonbonnes d’oxygène vides, bouteilles et matériel d’alpinisme en tout genre. À tel point que la plus haute montagne du monde est maintenant surnommée « la plus haute décharge du monde ».

Renvoyés en usine, les déchets népalais sont triés manuellement et chaque matériau suit sa propre voie : le fer est envoyé aux fabricants de barres de fer, les bouteilles en aluminium sont broyées et expédiées aux fabricants d’ustensiles, et les bouteilles jetées sont converties en produits de la maison. Si « tous les déchets ne sont pas nécessairement perdus […] ils sont tabous dans notre société où ils sont considérés comme sales » explique Moware Design, la société qui fournit désormais les hôtels haut de gamme, restaurants et maisons de la capitale en produits réaffectés. Une tendance croissante qui a poussé l’entreprise à ouvrir une nouvelle usine de traitement de déchets à Syangboche, à 3800m d’altitude, en passe d’être achevée.

Mais les objets ramassés ne restent qu’une fraction minime des empreintes laissées depuis plusieurs décennies (déchets plastiques, matériel usagé et même cadavres d’alpinistes). Face aux alpinistes peu scrupuleux de prêter attention à leurs ordures, le Népal a rendu obligatoire il y a six ans le dépôt d’une caution de 4000 dollars, remboursée si les grimpeurs ramènent au moins huit kilos de déchets. Mais moins de la moitié d’entre eux se plient à la règle. Le pays est conscient qu’il faut « minimiser les déchets à la source et rendre les pollueurs responsables du nettoyage » mais ne croit guère aux bonnes résolutions des pays pollueurs. En attendant un miracle, le Népal tente de nettoyer au mieux ses sommets.

Bergen, Norvège. À bout de souffle, les enfants d’une école primaire de la région reviennent de la mer, les bras chargés. Mais les sourires sont absents. Ce qu’ils rapportent si vigoureusement du littoral, ce ne sont pas des coquillages ni des galets mais des brassées entières de déchets plastiques. Et ils sont motivés, tout autant qu’ils sont inquiets.

Déchets plastiques sur les bords de la ville côtière de Bergen © Reporters

Première source de pollution sur Terre, le plastique a envahi les océans et plus aucune côte n’est maintenant épargnée. Et c’est pour que les nouvelles générations en prennent pleinement conscience que les gérants d’un club de plongée organisent, chaque année, cette « excursion à la mer ». Les petits Norvégiens ont beau être sensibilisés dès leur plus jeune âge, c’est toujours un choc lorsqu’ils posent le pied sur le sable des plages de Bergen. Mais la consternation fait vite place à la motivation, il faut nettoyer le plus possible.

À la fin de la journée, nos nettoyeurs d’un jour ont bien fait leur boulot, ils ont ramené plusieurs sacs gonflés de déchets. « Chaque fois que nous venons ici, nous en trouvons des tonnes, témoigne l’une des organisatrices de l’activité, en place depuis quinze ans. Je crois que 80% de ces plastiques proviennent de l’industrie de la pêche ou de l’aquaculture. » Mais ce n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan pollué puisque seuls 5% des déchets plastiques arrivent jusqu’aux plages. Le reste s’éteint dans les fonds marins, devenus tout autant dépotoirs que cimetières.

Le long de la côté norvégienne, une quantité de déchets plastiques aussi importante que dans le sud de l’Europe, pourtant plus densément peuplé, a été découvert. Au pays, on est conscient que la situation est urgente « parce que nous savons que nous jetons dans l’environnement quelque chose qui ne va pas disparaître. Et nous ne savons pas à partir de quand cela va poser des problèmes pour les organismes de notre écosystème. Et alors, cela pourrait déjà être trop tard. » Si la génération de demain baigne déjà dans cette prise de conscience et est prête à se salir les mains pour solutionner le problème, sera-ce suffisant ou est-il déjà trop tard? Impossible à dire pour l’instant, il faudra attendre, attendre en espérant.

Valence, Espagne. Ah le littoral de l’est de l’Espagne, quel plaisir. Surtout les plages valenciennes, animées mais pas bondées, bien loin du tumulte de sa grande voisine barcelonaise noyée sous les touristes. La côte à Valence, c’est le soleil, les vagues et le bronzage. Mais maintenant, la côte à Valence, c’est aussi la nuit, le ramassage et la pêche au plastique.

Déchets plastiques flottant dans la Méditérranée © Ary Fahmed

Depuis plusieurs mois, les chalutiers de la ville sillonnent les flots une fois la nuit tombée pour récolter le plus de polyester saturé possible avant le réveil des touristes. Le but de l’opération ne vise pas seulement le simple nettoyage de l’océan, car tout un business s’est créé autour de ces ordures : les vêtements à base de matériaux recyclés. En Espagne, le leader Ecoalf a ainsi promis « la première collection de mode réalisée avec du fil et des tissus issus des déchets du fond de la Méditerranée. » À ces fins, deux tonnes de plastiques et deux autres d’ordures ont été vidées des mers en deux mois seulement.

Les vêtements conçus à partir de déchets plastiques existent déjà depuis quelques années mais la collection d’Ecoalf est la première réalisée sur base d’ordures de mer. Depuis 2010, l’entreprise madrilène transforme bouteilles plastiques, vieux filets de pêche et pneus usagés en vêtements et accessoires pour leur offrir une « nouvelle génération ». Un commerce qui trouve preneur puisque doudounes, sweats et sacs à dos remplissent maintenant les magasins huppés de New-York. Pour ce faire, les déchets marins sont transformés en fil par la société espagnole Antex, basée dans la ville côtière de Gérone : la collection d’Ecoalf peut alors être mise sur pied avec 35% de déchets plastiques marins contre 65% d’origine terrestre.

L’objectif à long terme est d’atteindre les 100% d’origine marine, une façon de« faire prendre conscience aux gens de ce qui se passe au fond de la Méditerranée » (sixième plus grande région d’accumulation de déchets plastiques de la planète après les cinq océans). Plus récemment, l’entreprise a développé sa propre filiale en Thaïlande autour d’un projet de trois ans : un an d’éducation et de promotion du concept de tourisme responsable, puis la mise en place d’activités de collecte, de tri et de transformation de déchets plastiques. Tout un pan d’activité économique susceptible de se mettre en place de façon durable dans la région.

Depuis plusieurs mois, les plastiques à usage unique ont été interdits par l’Union européenne et les chaînes de fast-food suppriment petit à petit leur utilisation de pailles. C’est une première avancée mais ne soyons pas dupes, ce sont des mesures à bien trop petit impact au vu de l’empire mondial du plastique. Quitte à agir, il faut agir bien, en supprimant tout emballage plastique non-nécessaire (packs de boissons, multiples emballages d’un même produit, sachets pour tout achat non-encombrant,…) par exemple. En attendant de réelles mesures à grande échelle, de nombreuses entreprises indépendantes se sont déjà mises au travail. Et on ne peut que les en féliciter. Car attendre lâchement que les « gros » se bougent, c’est accepter et participer à la situation actuelle. Et c’est à petite échelle que l’on fait réagir les « grands ».

ALVARRO

One Reply to “Bergen, Katmandou, Valence : quand le recyclage devient l’affaire de tous”

  1. Il est grand temps de se bouger. Cet article apporte quand même un peu d espoir lorsque l on se rend compte que des initiatives existent.

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