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Il était une fois l’histoire de la rencontre entre le sport et l’argent, entre le jeu et le business. Dans ce royaume idyllique qu’était alors le football, c’est l’imprévisibilité et l’innocence qui avaient été faites reines. Couronnées à l’époque où le cuir se reliait encore à la main, elles faisaient l’unanimité auprès de fidèles qui ne cessaient de rejoindre ses antres divines. Fontaine le Français, Pelé le Brésilien, Puskas le Hongrois, Eusébio le Portugais, Best le Gallois. On accourait de partout pour se balader dans ses jardins célestes. En ces temps anciens et reculés, on vantait le mérite des terres de football.

Mais rapidement, le royaume attira les convoitises. Deux voisins, qui n’hésitent d’ailleurs que rarement à faire chambre commune, vinrent frapper aux portes du sanctuaire. Voici venir Dame Politique et Sieur Business, plus intéressés qu’intéressants. Plus armés et déterminés que notre chère Innocence, ils s’emparèrent du football et en changèrent le régime. Fini l’imprévisibilité et la surprise, les puissants ne peuvent plus prendre de risques. Désormais, ce sont les riches qui doivent gagner. Au grand dam des fidèles du football des premières heures. Mais ils n’y pouvaient rien. On ne boxait pas dans la même Cour voyez-vous. Heureusement, de valeureux héros nostalgiques de l’époque libre parviennent encore à créer, de temps à autre, l’exploit qui soulève les foules. Non, les fidèles n’ont pas oublié.

Aujourd’hui, Dame Politique et Sieur Business ont pris leur retraite. C’est leur progéniture qui se partage le royaume. Si ils avancent souvent masqués, deux dynasties ont décidés ces dernières années de sortir du bois. Elles ne veulent plus se partager le gâteau, elles veulent manger le pâtissier. Princes d’Arabie, les représentants de Mancheikhster City sont les aînés. De l’autre côté de la Manche, on assiste à la même tendance. Le Pasriche Saint-Germain s’est transformé en Paris Saint-Chèquesmain pour imiter ses cousins. Objectif avoué : conquérir le monde du football. Et comme l’argent n’a pas d’odeur, ils ont espéré que les vieux protecteurs de l’ancien royaume aient perdu leur flair. Mais non, les chiens de garde ont senti le roussi. Même derrière plusieurs (sociétés) écrans.

Si l’UEFA n’a toujours pas officiellement décidé si elle soutenait le camp de l’ancien ou du nouveau royaume, elle a enfin décidé de quelque chose. La semaine dernière, l’annonce tombe. Manchester City est suspendu de toute compétition européenne pour deux saisons et écope d’une amende de 30 millions d’euros. La raison? Détournement du fair-play financier, organe de préservation sommaire de l’ancien régime footballistique. Plus encore que de payer plus qu’il ne peut et qu’il ne gagne, le club a surtout trafiqué ses recettes de merchandising et de sponsoring. Tout cela, pour faire croire à l’équilibre financier. L’affaire n’est évidemment pas close puisque le club va faire appel devant les tribunaux. Les fidèles du football pur savent que la sanction sera revue à la baisse mais elle est suffisamment conséquente que pour ne pas s’annuler. Quoi que. On sait à quel point Dame Justice peut avoir l’habitude d’aller se réfugier dans les bras de Sieur Business.

2 Replies to “Édito | Mancheikhster City – Et chèques et matchs”

  1. Bon article et vraiment drôle! Mais honnêteté intellectuelle oblige, il faudrait en rédiger un également sur les pratiques peu conventionnelles du voisin de City 🙂 ou sur la maison blanche de Castille 🙂 Bisous.

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