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L’histoire romaine s’est gavée de mythes et de légendes au fil des ans mais nul n’est si puissant que la fondation de Rome. De l’eau a coulé sous le Pont des Anges mais Romulus, Rémus et la louve sont toujours là. La découverte du possible tombeau de ce premier pourra-t-elle enfin permettre de dénouer l’histoire de la légende?

Ce vendredi 21 février, l’impatience régnait au Parc archéologique du Colisée de Rome. Le potentiel tombeau de Romulus était présenté au public. Il s’agit d’un sarcophage en tuf (roche assez tendre) d’environ 1,40m de long associé à un élément circulaire, probablement un autel. Il a été découvert après des siècles de repos sous l’ancien Capitole romain. Les fouilles ont été réalisées sur base des travaux de Giacomo Boni, récemment retrouvés après être tombés dans l’oubli. L’archéologue italien avait émis l’hypothèse selon laquelle un heroon (monument érigé durant l’Antiquité à la mémoire d’un illustre ou héroïque personnage) pouvait se trouver autour du Comitium du Forum romain.

La fondation de Rome : entre mythe et légende

Tite Live est le premier historien à rédiger une histoire complète de la fondation de Rome dans son ouvrage Ab Urbe condita libri (« Les livres depuis la fondation de la ville [de Rome] »), écrit aux alentours de 30 av. J.-C. Pour sa rédaction, il se base principalement sur des légendes orales qu’il confronte à plusieurs travaux personnels. Le poète Ovide et le philosophe Plutarque rendront ensuite plus célèbres encore certains épisodes de la légende.

Selon le mythe, l’histoire de Rome commence avec l’arrivée du Troyen Énée qui fonde la cité d’Albe sur les bords du Tibre. À sa mort, son fils aîné Numitor devient roi mais son frère cadet Amulius, aveuglé par la jalousie, lui vole son trône. Il envoie ensuite sa nièce Rhéa Silva dans les ordres religieux des vestales (prêtresses dédiées à Vesta, déesse de la famille) pour qu’elle ne puisse fonder de descendance. Mais le dieu Mars tombe amoureux de la jeune femme et lui offre des jumeaux : Rémus et Romulus. Fou de rage, Amulius les jette dans les eaux du Tibre par lesquelles ils sont miraculeusement portés jusqu’au Mont Palatin. Recueillis par une louve qui les allaite, les deux frères grandissent dans la grotte de Lupercale et sont adoptés par un couple de bergers.

Après s’être vengés d’Amulius, ils retournent sur le Mont Palatin pour y fonder leur propre ville. Romulus est désigné par le ciel comme fondateur et roi de la future cité et le proclamé trace un sillon dans la terre (le pomoerium) pour marquer son enceinte. Rémus décide de le défier et franchit la ligne sacrée d’un saut. Romulus le tue sur le champ. Il devient la seule tête pensante de la nouvelle cité qu’il nomme Rome et qui va croître rapidement. La fondation de la capitale italienne est estimée au 21 avril de l’an 753 avant notre ère, date de la célébration de la Natale di Roma partout dans la ville.

Quand l’histoire rencontre la fiction, ou presque

Le Mont Palatin à Rome

Pour de nombreux historiens, Romulus, Rémus et la louve n’ont jamais existé. Mais plusieurs épisodes du récit jugés fantasques ont cependant été reconsidérés à la suite de fouilles archéologiques. À la fin des années ’80, des scientifiques découvrent en effet une profonde entaille balisée par des pierres près du Mont Palatin. Ils estiment alors que ces marques datant du 8ème siècle av. J.-C. pourraient être celles du tout premier mur d’enceinte de la cité. Le fameux pomoerium tracé par Romulus.

Et ce n’est pas la seule remise en question. En effet, si l’existence des héros mythologiques antiques n’a jamais été prouvée, diverses découvertes font régulièrement correspondre l’histoire romaine à certains pans de la légende. Des fragments de la civilisation préhellénique retrouvés sur les sites pourraient ainsi témoigner de la présence de navigateurs arrivés par la Méditerranée, comme Énée, avant la construction de Rome. Et la grotte de Lupercale, découverte en 2007, arbore les fresques et les dessins scrupuleusement semblables à la description qu’en avait faite l’historien grec Denys d’Halicarnasse.

Mais preuve du côté mythologique de l’histoire, Tite Live mettait lui-même déjà l’accent sur la dimension poétique et légendaire du récit. Il émettait par exemple des réserves quant à la figure de la louve, qui serait une mauvaise traduction de lupa (« prostituée » en latin). Il imaginait également davantage la relation entre Mars et Rhéa Silva comme un viol. Plus récemment, la représentation de la gémellité des deux héros a été théorisée par certains historiens comme une allégorie du double consulat romain, ou de l’opposition entre la plèbe et le patriarcat pour d’autres.

L’existence de Romulus reste, aux yeux des archéologues et des historiens, peu probable, d’autant que sa mort soulève énormément de questions. Mais la découverte de ce sarcophage semble corroborer le récit porté par plusieurs textes antiques, considérés comme des mythologies. À titre d’exemple, l’écrivain Varron décrivait avec exactitude la stèle présente dans le tombeau découvert. Il faudra sans doute encore du temps et du recul pour démêler le vrai du faux mais dans le monde de l’archéologie, on parle déjà de devoir ouvrir un « débat scientifique ».

ALVARRO

2 Replies to “L’histoire de Rom(e)ulus : mythe, légende ou vérité historique?”

  1. Un article qui se lit comme une histoire, sympa. Même si évidemment la fin est un peu moins glamour… Il faudra aller voir sur place pour se faire une idée.

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