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Plus qu’une simple revue des événements de la semaine écoulée, cette chronique se veut critique, réflective et anglée. Que s’est-il passé cette semaine que l’on puisse soumettre à l’oeil de la critique et du recul? Tel est l’objectif de la Revue de la semaine qui doit traiter chaque sujet comme une brève.

Et “Sion” licenciait?

© Belga

En pleine crise du coronavirus, le club suisse du FC Sion a licencié huit joueurs. Pourquoi? Car ces derniers ont refusé ou n’ont pas répondu, dans le délai imposé par le club, à une proposition de chômage partiel suite à la pandémie de coronavirus. La direction du club avait proposé aux joueurs des mesures de chômage technique prévoyant un plafonnement des salaires. Cette annonce est assez inattendue dans un milieu où l’argent ne manque pas! Néanmoins, cette décision est compréhensible dans le sens où, en refusant le chômage économique proposé par la direction du FC Sion, les joueurs mettent directement en danger la situation financière du club. Sans matchs et sans compétition, le FC Sion ne peut plus se permettre de payer les salaires habituels. Cette information prouve bien que le coronavirus touche toutes les sphères de la société, ne laissant personne sur le banc de touche même pas les joueurs de football. Il semblerait que le syndicat suisse des joueurs ait l’intention de contester cette décision. Cette affaire risque donc encore de faire des remous.

Plus question de “Chiner” les animaux sauvages

Marché à Hong Kong

Tout le monde le sait maintenant, le Covid-19 proviendrait du pangolin, petit mammifère dont l’espèce est en voie d’extinction, qui aurait joué le rôle d’intermédiaire entre un coronavirus et l’être humain. Adoré pour ses écailles et sa chair aux soi-disant vertus médicinales, il fait l’objet d’un braconnage intense à destination du sud-est de l’Asie et notamment de la Chine. À l’instar du pangolin, beaucoup d’autres animaux sauvages sont vendus sur des marchés et consommés par la population. Au vu de la situation actuelle, le gouvernement chinois a décidé d’interdire de façon permanente la vente et la consommation d’animaux sauvages à partir du 24 février. La transmission du virus a mis ces pratiques sur le devant de la scène. Des images de toutes sortes ont pullulé sur la toile : chauve-souris ébouillantées dans des soupes, rats vivants dans des boîtes sur un marché, etc. Mais contrairement à ce qu’on voit dans beaucoup de médias, de nombreux chinois ne pratiquent pas cette consommation et voient même cela comme une “aberration culturelle”. La réalité est à nuancer : à Pékin, la consommation d’animaux sauvages est assez rare au contraire de Guangzhou. Certains médias chinois, qu’ils soient censurés ou appuyés par l’État, ont protesté contre ces pratiques et ont appelé à une interdiction permanente. Il était temps. Cela permettra peut-être de laisser les animaux tranquilles et de faire baisser le braconnage, du moins on l’espère.

Le couple presse-politique toujours plus uni

Depuis plus d’une semaine, le confinement fait partie des Belges et bien d’autres populations européennes et mondiales. Comme en France, les bars et boîtes de nuit ont été fermés après la fameuse date fatidique. À la suite de cette soirée de clôture, les médias, qui rappelons le sont le cinquième pouvoir, ont vertement pointés du doigt les méchants jeunes qui ne respectent jamais rien et mettent toujours la santé des plus anciens en danger. À ce propos, rappelons tout de même que ce ne sont pas « les jeunes » qui ont inondé les supermarchés pour « faire des provisions ». Et il est hypocrite de prétendre qu’il n’y avait que des jeunes lors des « soirées lockdown » dans les heures précédant les fermetures officielles. Mais plus grave encore, si tant est que grave soit le mot adéquat, pourquoi avoir passé sous silence le fait qu’un proche de la classe politique se soit également prêté à une « lockdown party »? Car le mari de Gwendolyn Rutten, présidente de l’Open VLD, en a lui-même organisé une dans son café d’Aarschot. Et le pire, c’est qu’il ne s’en excuse pas puisqu’il a déclaré « Je ne me sens pas touché par les critiques. C’était agréable. » Pourquoi les jeunes sont-ils de méchants égoïstes irrespectueux alors cet homme se permet même de se foutre royalement des conséquences? Ah oui, c’est vrai, le cinquième pouvoir. Et le pouvoir n’attaque pas le pouvoir. Soi dit en passant, le principe d’indépendance de la presse est supplante normalement la notion de pouvoir. Mais ça, c’est en théorie.

Noir c’est noir, il y a encore un peu d’espoir

© anigaido.com

C’est une lueur d’espoir. Le rhinocéros noir d’Afrique dont il reste moins de 6.000 individus en liberté, a vu sa population se rétablir doucement entre 2012 et 2018. L’espèce reste toutefois en danger critique d’extinction. Le nombre de rhinocéros noir a donc augmenté très légèrement de 2,5% par an , pour passer de 4.845 individus à 5630. Cette légère évolution est en partie due à des lois plus strictes et à la gestion des populations, avec des déplacements de rhinocéros d’une population à l’autre pour favoriser leur reproduction. Cette nouvelle est quand même très positive en ces temps troublés mais il ne faut pas oublier que le plus dur reste encore à venir car ils sont encore bien loin d’être sauvés. Les efforts doivent donc continuer pour peut-être permettre un jour au rhinocéros noir d’Afrique de revivre dans son habitat naturel et plus dans des réserves ou des parcs naturels. Le braconnage doit encore plus être réprimandé pour permettre à ces animaux de retrouver une vie normale où ils pourraient se reproduire normalement pour favoriser la pérennité de l’espèce. Mais, on n’en est pas encore là !

Un “retour à la nature” parfois peu naturel

Depuis le début du confinement, nous avons pu voir des images de la nature reprenant ses droits : des dauphins au large de la Sardaigne, des bancs de poissons dans les canaux clairs et propres de Venise, des cygnes sur ces mêmes canaux ou bien des éléphants endormis et bien heureux au milieu des vignes dans un village en Asie. Mais gare à la désinformation : certaines images n’ont pas été prises pendant cette période ou dans des villes effectuant le confinement. Certains propos sont également à nuancer : l’eau des canaux de Venise est claire car la vase n’est plus remuée par les hélices des transports motorisés, pas parce qu’il y a moins de pollution. Cependant, ces belles images soulèvent bien quelque chose d’important : la sur-activité humaine et le sur-tourisme. En Italie, l’arrêt des activités humaines a permis aux dauphins de s’approcher des ports en Sardaigne, la vase dans les canaux de Venise s’est estompée pour laisser place à des bancs de poissons et les cormorans plongent à nouveau dans l’eau pour se nourrir. Autre fait moins joli cette fois : des singes affamés se sont battus en pleine rue dans la ville de Lopburi, en Thaïlande. Habituellement bien nourris par les touristes (majoritairement chinois), ils se sont retrouvés démunis face à l’absence du tourisme de masse et ont observé un comportement inédit et agressif. Tout cela devrait remettre en question notre mode de vie, nos habitudes et nos façons de faire. Nous devons prendre conscience que nos comportements altèrent la faune et la flore qui nous entoure.

Débaucher, même en temps de crise : le crédo américain

En ces temps troubles de propagation de virus, les laboratoires et entreprises biotechnologiques et pharmaceutiques mettent les bouchées doubles pour trouver le plus rapidement possible un vaccin. Et comme toujours avec les vaccins, on ne veut pas leur donner de vocation universelle. Si l’adage veut que l’on confectionne des vaccins que les 3/4 du globe ne sauront pas se payer, les Américains ont décidé qu’il n’y avait pas plus légitime comme receveur que les États-Unis eux-mêmes. C’est dans cette optique que l’administration de Donald Trump aurait proposé près d’un milliard de dollars à la société allemande CureVac pour s’assurer de l’exclusivité d’un vaccin contre le Covid-19. L’idée était de délocaliser l’entreprise aux Amériques, tout cela avec des avantages fiscaux évidents, pour obtenir la distribution exclusive du vaccin sur le territoire américain. Le milliardaire Dietmar Hopp, propriétaire à 80% de l’entreprise, a immédiatement refusé et le gouvernement allemand ainsi que la Commission européenne ont marqué leur indignation profonde. On sait que l’Oncle Sam a pris l’habitude de débaucher les meilleurs éléments des autres pays pour garnir ses rangs mais dans ce contexte, la pilule passe très mal. Espérons que cette nouvelle aura mis à l’esprit des supporters ultras allemands que c’est le même Dietmar Hopp qu’ils insultent à longueur de temps qui investi sa fortune personnelle pour trouver un vaccin. Mais bon, il est de notoriété publique que le supporter à la mémoire courte.

De la vodka au désinfectant, la nouvelle spécialité polonaise

Chaque année, près de 430.000 litres de vodka et d’alcool pur sont récupérés par les douanes et le fisc polonais lors des saisies. Une collecte que le parquet national veut utiliser à son avantage : tous les alcools purs produits illégalement et saisis pourront être utilisés comme désinfectant dans la lutte contre le coronavirus. Plusieurs milliers de litres ont déjà été remis à des services de pompiers et de police ainsi qu’à des hôpitaux du pays. Cette décision va permettre de trouver une réelle finalité à toutes ses saisies initialement détruites par manque d’intérêt. Ou comment profiter de l’illégal pour sauver des vies. Les distilleries officielles polonaises ont également annoncé qu’elles mettaient une partie de leurs stocks à disposition des secteurs en besoin pour soutenir la lutte contre la propagation du virus. L’ironique devient donc parfois réalité : tout le monde connaît cette personne qui, lorsqu’une bouteille de vodka est ouverte, vient sentir l’odeur de la boisson avant de s’exclamer « oh, c’est du désinfectant ça. » Eh bien maintenant, cette personne a raison.

Journa’Lîdje

3 Replies to “Revue de la semaine #25 : rhinocéros optimistes, désinfectant polonais et nature soulagée”

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