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Plus qu’une simple revue des événements de la semaine écoulée, cette chronique se veut critique, réflexive et anglée. Que s’est-il passé cette semaine que l’on puisse soumettre à l’oeil de la critique et du recul? Tel est l’objectif de la Revue de la semaine qui doit traiter chaque sujet comme une brève.

La Hongrie (Or)bàn-nit la démocratie

© Le journal international

Ces dernières semaines, certains pays européens ont décidé d’accorder des pouvoirs spéciaux à leurs têtes politiques pour gagner en efficacité contre la pandémie actuelle. La Belgique en fait partie. Désormais, c’est également le cas en Hongrie mais la situation est bien plus grave. Depuis son retour à la tête du pays en 2010, Viktor Orbàn a multiplié les atteintes à l’État de droit (justice, société civile, liberté de presse) sans jamais être inquiété. Et ce 30 mars, il s’est vu remettre les plein pouvoirs sans limitation de temps. Il a désormais carte blanche, quelques mois seulement après avoir perdu les élections municipales. Grâce à ces nouvelles prérogatives, il pourra prolonger indéfiniment l’état d’urgence, passer outre le vote des députés, suspendre des lois et emprisonner ceux qui s’opposeraient à ses décisions. Des peines de cinq ans de prison ferme sont ainsi prévues pour toute « propagation de mensonges » allant à l’encontre de l’action du gouvernement. Des pouvoirs dignes du diktat romain (forme politique offrant les plein pouvoirs à un empereur durant six mois pour éviter l’implosion d’un État), mais ininterrompus. Plus les années passent et plus la Hongrie ne garde de la démocratie que le nom. Comme quoi, la victoire électorale avait bel et bien tout d’une tragédie.

Le calme absolu pour des naissances magiques

Alors que les humains sont confinés chez eux, d’autres espèces profitent de ce calme ambiant. Cent tortues à écailles (Tartarugas-de-pente) ont ainsi pu gagner la mer sans encombre après leur éclosion sur la plage de Paulista, près de Recife au nord-est du Brésil. Un calme importantissime pour cette espèce en danger critique d’extinction. Depuis les mesures de confinement imposées par le gouverneur du Pernambouc, les plages brésiliennes sont vides ou presque. Habituellement, ces fascinantes éclosions attirent les foules mais cette fois, les nouveaux-nés ont été épargnés des curieux et en mesure de rejoindre la mer en toute sérénité. Un moment d’une rare beauté pour ces bébés qui profitent de ces instants de respiration avant le retour de l’effervescence humaine et de la pollution lourde à la sortie des différents confinements. Et dire que ce spectacle aurait pu passer inaperçu, si les techniciens de l’équipe environnement de la ville n’avait pas filmé ce moment. Un peu de douceur en ces temps difficiles, ça ne fait pas de mal.

Le navire-hôpital à New York est “inutile”

© Spencer Platt – AFP

Fin mars, un navire-hôpital de l’armée américaine arrivait au port de New York. Avec une capacité de 1.000 lits et un personnel (soignant et non-soignant) au nombre de 1.200, l’engin était censé prendre en charge les patients atteints d’autres pathologies que celles liées au Covid-19 pour désengorger les hôpitaux de Big Apple. Les politiciens avaient promis que le navire aiderait les hôpitaux avec l’afflux important des patients. Mais seuls vingt lits sont occupés pour le moment. En cause, les protocoles militaires stricts et des obstacles bureaucratiques. Rien de pire quand on voit avec quelle rapidité les choses doivent être prises en main. Le directeur du réseau hospitalier Northwell Health (le plus grand fournisseur de soins de santé à New York), Michael Dowling, considère cette situation comme une “vaste blague”. Autre problème causant ce ralentissement : pour éviter tout patient atteint du coronavirus actuel, le navire refusait “tout malade souffrant de 49 autres pathologies” listées dans un document. Règle absurde qui va carrément à l’encontre du but premier. Le problème est similaire à Los Angeles où un bateau du même genre ne voit que quinze de ses lits occupés. La seule solution serait d’accepter des patients Covid-19 pour réellement désengorger les hôpitaux. Les navires prévus et attendus atteindraient peut-être leurs objectifs dans ce cas. Quoi qu’il en soit, les promesses sont loin d’êtres tenues et l’épidémie n’attend pas.

Le Portugal, terre de solidarité

© Patricia de Melo Moreira – AFP

Si on parle beaucoup de l’Espagne et de l’Italie de nos médias (ou plutôt que l’on parle uniquement du nombre de morts dans ces deux pays, et pas de leurs mesures), le Portugal fait partie de ces bons élèves européens qui ne sont pas mis en avant. Et ceux dont on parle encore moins, ce sont les réfugiés et les migrants, totalement oubliés de la crise sanitaire actuelle. Sauf en Lusitanie puisque le pays a annoncé cette semaine la mise en place de nouvelles mesures pour venir en aide aux personnes les plus exposées. Et la plus importante d’entre elles : la régularisation de tous les immigrés ayant introduit une demande pour toute la durée de la crise. Ceux-ci obtiennent ainsi « les mêmes droits que tous les citoyens portugais » et bénéficient de l’accès gratuit aux soins de santé et d’aides financières. Les permis de séjour qui arrivaient à échéance ont également été renouvelés automatiquement par l’administration du pays. Seul bastion socialiste dominant de toute l’Union, le Portugal démontre depuis le début de la pandémie en Europe que la solidarité est une pièce-maîtresse de la mentalité nationale. Pays de sacrifices ayant connu la pauvreté, il n’a pas oublié que pour s’en sortir, il faut se serrer les coudes et s’entraider. Le Portugal est d’ailleurs à ce jour le pays d’Europe occidentale qui comporte le moins de contaminés suite au respect strict des mesures de confinement dictées par le gouvernement. Comme quoi, la réelle solidarité ça existe encore dans nos sociétés modernes individualistes.

L’Afrique comme cobaye du monde ?

© Philippe Magakoe

Tester des vaccins du coronavirus sur les Africains, c’est l’idée prônée par deux spécialistes de la santé sur la chaîne de télévision LCI. L’échange a suscité une cascade de critiques notamment de personnalités importantes en Afrique comme les deux joueurs de football Didier Drogba et Samuel Eto’o. En plein débat, le professeur Jean-Paul Mira déclare : “Si je peux être provocateur, est-ce qu’on ne devrait pas faire cette étude en Afrique, où il n’y a pas de masques, pas de traitements, pas de réanimation ?” Des propos profondément scandaleux! Pourquoi encore l’Afrique comme cobaye de l’Occident? Longtemps considérée comme la poubelle du monde, il est facile de vouloir se servir des Africains pour aider la planète à se sortir d’une pandémie dévastatrice. Laissons une fois pour toutes ce continent se développer sans lui prendre toutes ses richesses et sans lui dire comment il doit se gouverner. Entendre de tels propos fait froid dans le dos, encore une fois le racisme est à son comble. Et on pensait avoir tout vu.

Lumière et fantômes à l’opéra de Sydney

En ces temps d’épidémie, les lieux publics et magasins non essentiels sont fermés, ce qui inclut également les scènes de théâtre et d’opéra. On pourrait ainsi croire que les lieux sont vides ou plongés dans le noir… ce qui n’est pas forcément le cas. L’opéra de Sydney a décidé de perpétuer une tradition du monde du théâtre : le dernier à partir doit laisser une veilleuse, appelée “servante”, pour éloigner ou apaiser les esprits qui hanteraient les lieux laissés vides. L’origine de cette tradition n’est pas très claire car il s’agirait également d’éviter aux techniciens de tomber dans la fosse de l’orchestre. Mais pour la première fois depuis trente ans, l’opéra allume la lumière dans ses différents espaces, et ce pendant toute la durée du confinement. Plus que de reprendre une tradition, c’est là tout un symbole, un hommage aux arts et artistes en Australie qui entend leur donner de l’espoir. Si Melbourne ne s’est pas joint à la fête, d’autres théâtres imitent le geste de Sydney. Le lieu emblématique de la ville utilise par ailleurs des lampes LED basse consommation pour avoir l’impact le plus faible possible sur l’environnement. Cette lumière aux airs de superstition est un geste qui peut faire sourire, ça n’en n’est pas moins un très beau geste de soutien et d’espoir envers la communauté artistique. Les actes de solidarité se multiplient et il est toujours bon de les souligner, aussi petits soient-ils.

Modèle, économie, santé : l’occasion de se retrouver

Directement touché par les mauvaises passes chinoise et américaine, l’Europe commence tout doucement à se rendre compte qu’elle dépend beaucoup trop de l’influence de ses deux « grands frères ». Outre les connexions bien trop importantes et les liens de nécessité qui l’unit aux deux puissances mondiales, l’économie du Vieux Continent ne cesse de suivre les aléas de ses collaboratrices. Sans avoir son mot à dire. Pareil pour la santé quand on se penche sur l’origine des médicaments. Si leur phase finale d’assemblage a toujours bel et bien lieu sur le sol européen, la majorité des molécules nécessaires à leur fabrication viennent d’Asie. Près de 80% des principes actifs des médicaments sont produits en Chine et en Inde principalement, contre 20% seulement il y a à peine trente ans. Et tout cela pour des raisons économiques : le facteur essentiel pris en compte dans l’industrie chimique et pharmaceutique, c’est le coût de production. Au début des années 90, c’est alors une déferlante de délocalisations en Asie, pays où la main-d’œuvre est moins chère. Mais la crise actuelle démontre les abîmes que cela engendre dans le système de santé européen qui ne peut vivre seul. Une fois cette crise sanitaire passée, il n’y aura plus d’excuses pour re-planifier la stratégie politique de l’Europe. Auto-suffisance, vision à long terme, compétences communes, projet d’entraide : tels doivent être les maîtres mots de la nouvelle dynamique européenne. Ou l’Union n’aura plus aucune raison de s’appeler ainsi.

Journa’Lîdje

2 Replies to “Revue de la semaine #27 : l’Afrique des cobayes, les immigrés portugais et les fantômes de Sydney”

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