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Plus qu’une simple revue des événements de la semaine écoulée, cette chronique se veut critique, réflexive et anglée. Que s’est-il passé cette semaine que l’on puisse soumettre à l’oeil de la critique et du recul? Tel est l’objectif de la Revue de la semaine qui doit traiter chaque sujet comme une brève.

Pas de pitié pour le pétrole

Vendredi 10 avril, on nous annonçait la signature imminente d’un accord historique sur l’or noir, prévoyant une forte diminution de production. À peine quelques heures plus tard, le château de cartes de promesses s’effondre déjà. Russes et Saoudiens avaient pourtant réussi à s’harmoniser pour réduire de 10 millions de barils par jour, soit 10% de leur rythme de production. Une entente qui devait inaugurer un mouvement mondial : Donald Trump et Andrés Manuel Lopez Obrador s’étaient également accordés pour réduire les productions américaines et mexicaines. La chute des cours devaient aider ces pays largement producteurs à revoir leur mode de fonctionnement à la baisse et trouver des alternatives. Mais comme toujours, ça a coincé. Dans la nuit de vendredi à samedi, les ministres de l’énergie du G20 se sont quittés dos à dos, faisant capoter le projet. S’évertuer à maintenir de hautes productions alors même que la demande est en chute libre démontre avec quel acharnement catastrophique la relance économico-pétrolière sera menée tambour battant à la sortie des confinements.

Poussettes basses, un danger pour les bébés ?

Des chercheurs britanniques viennent de démontrer que les parents qui utilisaient des poussettes basses, dans lesquelles l’enfant est proche du sol, les exposaient à des taux très élevés de pollution atmosphérique. Une étude très importante pour permettre aux nourrissons d’être le moins exposé possible à la pollution dès leur plus jeune âge. Ces recherches ont analysé trois types de poussettes pour quantifier les niveaux de pollution auxquels les bébés étaient exposés dans chaque type. Les chercheurs ont analysé 89 déposes à l’école le matin et le même nombre de ramassage le soir sur une distance de 2,1 km entre 8h et 10h, et 15h et 17h. Les résultats ont conclu que les enfants placés proches du sol étaient exposés à 44% plus de substances polluantes, aussi bien le matin que l’après-midi. Malgré leur popularité auprès de nombreux parents, les poussettes basses se révèlent être le pire choix à faire pour les bambins au niveau de la pollution de l’air. Cette étude so-british, pourrait passer à la trappe avec l’actualité bouillante liée au coronavirus, mais elle est essentielle pour la santé des générations futures qui pourraient être moins exposées à la pollution dès leur plus jeune âge. L’étude apporte cependant un point positif, peu importe le type de poussettes : les protections anti-pluie et les rehaussements sont de bons moyens pour protéger les enfants contre la pollution de l’air.

Chine : la consommation d’animaux bat de l’aile

Après les animaux sauvages, la Chine change une nouvelle loi concernant la consommation et l’alimentation. Depuis mercredi, les chats et les chiens ne font plus partie de la liste des animaux qui peuvent être élevés pour leur viande, leur fourrure ou pour les utiliser à des fins médicinales. La liste officielle doit encore être réglementée par Pékin et le texte, publié par le ministère de l’Agriculture et des Affaires rurales, est soumis aux commentaires jusqu’au 8 mai. Contrairement aux idées reçues, leur viande n’est consommée que par une minorité de Chinois et l’opposition à cette pratique reste croissante au pays. Cependant, leur consommation n’est pas encore illégale et l’association américaine Human Society International estime que 10 millions de chiens sont tués chaque année en Chine pour leur viande. En attendant l’aval de Pékin sur la question, il semblerait que la l’Empire du Milieu tente d’améliorer ce qui se trame sur son territoire. Des changements pour le mieux et qui tiendront sur le long terme, on ne peut que l’espérer.

Belgique : de Sainte Sophie aux saints sophistes

Depuis le début de la crise belge du Covid-19, on nous répète à longueur de temps que la Première ministre Sophie Wilmès est une bénédiction, une bouée de sauvetage, un miracle inattendu venue pour sauver la patrie. Un lyrisme tel que la cheffe du gouvernement a rapidement été surnommée « Sainte Sophie » par les humoristes du pays. Seulement voilà : malgré la présence de notre grande sauveuse, le plat pays dépassait vendredi la barre des 3000 morts, poussant la presse internationale et l’Union européenne à réagir. La raison? La Belgique est l’un des pays les plus touchés par million d’habitants (261, contre 303 en Italie et 182 en France par exemple) et sa stratégie de lutte contre l’épidémie est pointée du doigt. Mais comme en Belgique, on n’accepte pas de se regarder dans une glace et de se remettre en question, on fait comme d’habitude, on dit n’importe quoi. Le porte-parole inter-fédéral de la lutte contre le Covid-19 avance ainsi l’argument du moment d’entrée du virus dans le pays. Certains pays n’ont en effet pas été « touchés au même moment » et il est dès lors normal que l’épidémie ait pris plus rapidement en Italie qu’en Espagne par exemple. Sauf que le virus est entré en Belgique plus ou moins une semaine après son arrivée en France et qu’il y a pourtant plus de cas par million d’habitants au plat pays (il s’est donc développé plus vite). L’argument ne tient pas, l’excuse non plus. Acculés, nos responsables politiques sortent alors le coup de grâce, l’hypocrisie la plus folle, le sophisme le plus primaire : la fuite par lâcheté. Emmanuel André nous annonce ainsi qu’il y aurait, en fait, « un sous-rapportage des cas dans les autres pays » et que la Belgique est le seul pays qui sait compter correctement. Pour résumer, nos pouvoirs politiques nous expliquent donc que si il y a autant de cas en Belgique, c’est parce que tous (!) les autres pays ne savent pas compter. C’est l’argument de l’incompétence, du mensonge éhonté ou de la théorie du complot à ce stade là? Ou comment clore le débat en répondant totalement à côté. Effectivement, il n’y a rien à répondre de pertinent à cela, on ne peut pas faire plus con.

Corona s’en va (presque), Ebola revient ?

En ces temps troublés et alors que l’Occident se nombrilise, on en viendrait presque à oublier les autres maladies qui ne cessent, elle, pas de sévir. Et notamment Ebola. Il semble en effet que l’épidémie de fièvre hémorragique n’ait pas dit son dernier mot en République Démocratique du Congo. Elle était pressentie disparu mais le feuilleton mortuaire n’est finalement pas terminé. La mort d’un homme de 26 ans dans le Nord-Kivu, proche de la frontière avec l’Ouganda est en effet là pour le confirmer. Ce décès remet en cause la proclamation de l’éradication de la maladie qui était prévue pour ce lundi 13 avril, 42 jours après la guérison du dernier malade. C’est une catastrophe pour les autorités congolaises qui espéraient, enfin, en avoir fini avec le fléau. Rappelons que ‘épidémie d’Ebola a tué près de 2275 personnes depuis l’été 2018, dans l’est du pays. Etonnamment, on en a moins parlé dans les médias, bizarre… Il faut aussi bien avouer que ce nouveau cas pose beaucoup de questions, notamment sur le mode de contamination, la durée des symptômes et les contacts avec les personnes touchées par la maladie. Le coronavirus est ainsi une crise qui s’ajoute à la crise déjà en place et n’arrange rien pour la population congolaise. Il est plus que l’heure de se souvenir que d’autres régions du monde sont bien plus à plaindre que nos petites vies confortables.

Premier procès en Belgique pour non-confinement

Alors que la plupart des citoyens respecte le confinement, certaines personnes récalcitrantes ne comprennent visiblement pas l’enjeu de la situation. À Bruxelles, un homme de 23 ans s’est ainsi fait remarquer à maintes reprises par la police. Après quatre verbalisations fin mars, il a de nouveau été aperçu au volant de sa voiture et ne respectait pas les règles de confinement. Il a été interpellé par la police et a reçu une citation directe à comparaitre devant le tribunal de Bruxelles dont le jugement aura lieu le 24 avril. C’est le premier procès en Belgique pour infraction aux mesures fédérales visant à ralentir l’épidémie. Pour sa défense, il dit qu’il “ne pensait pas que c’était si grave.” Les beaux jours et la chaleur appellent à sortir mais tapent également sur la tête de certains. De plus en plus d’excuses pleuvent (ironique?) : “C’est juste une balade”, “On ne peut pas ne rien faire”, “Personne ne va en mourir.”… et bien si, des personnes en meurent bel et bien. Que ce soit des personnes sans complications, des personnes plus âgées ou immunodéprimées, il faut protéger les autres. Et rien de plus facile : il suffit de rester chez soi. Ce n’est pas un droit, c’est un devoir de citoyen.

Déclencher un virus puis le racisme

À Guangzhou, troisième ville la plus peuplée de Chine, le spectre du coronavirus semble avoir laissé sa place à celui, tout aussi meurtrier car plus pernicieux, du racisme. Plusieurs médiaux locaux rapportent en effet que de nombreuses mesures discriminatoires ont été mises en place envers la communauté africaine de la métropole. Accusés d’être « porteurs du virus », les Africains sont ainsi exclus de la société. Tests surprises et généralisés, quarantaines forcées, bars et restaurants fermés aux personnes à la peau foncée, le ciblage n’est même pas dissimulé. Car la situation actuelle, globalisée à l’ensemble de la communauté africaine de Guangzhou, est due au test positif de… cinq Nigérians. Évoquant la « possibilité de cluster de contaminations », la ville a décidé de tenir la totalité de la communauté à l’écart. Ironique et dégueulasse d’accuser une communauté de porter un virus que l’on a soi-même transférer à l’humanité entière. Hypocrite aussi d’avoir crié au racisme quand les achats en Chine baissaient en Occident quand on stigmatise et parque une communauté entière quelques semaines plus tard. Si l’Empire du Milieu s’inquiète autant du risque de contamination des communautés noires, on imagine que le pays va fermer ses innombrables entreprises qu’il a construit sur le continent africain et où il y exploite les populations les plus faibles. Ah non c’est vrai, on ne touche pas à l’économie et au business.

2 Replies to “Revue de la semaine #28 : Ségrégation africaine, Ebola fait des siennes et Chine en berne”

  1. Le pire de tout avec cette surproduction de pétrole alors même que la demande est quasi inexistante, c’est le fait que les barils sont stockés sur des bateaux qui ne savent pas livrer et que ceux-ci sont présents un peu partout dans nos océans. A quand la future marée noire en période de coronavirus ? Il ne manquerait plus que ça…

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