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En ces temps troublés par le coronavirus, l’Unesco estime que plus d’un milliard d’élèves dans le monde ne peuvent plus suivre leurs cours. Mais en Uruguay, l’éducation n’est aucunement impactée par la crise sanitaire. Analyse d’une politique moderniste unique au monde.

À la sortie des écoles de Montevideo, il n’est pas rare de croiser des milliers d’écoliers portant fièrement de bien curieuses malettes d’un vert éclatant. En réalité, ce ne sont pas des cartables mais des ordinateurs portables en plastique guère plus encombrants qu’un manuel scolaire. Et la capitale n’est pas une exception : la même scène cocasse se répète dans toutes les métropoles, ainsi que dans les villages les plus isolés du pays.

Une initiative unique au monde

© Codigo del Sur

Petit pays de 3,5 millions d’habitants en Amérique du Sud, l’Uruguay est le premier pays du monde à fournir gratuitement un ordinateur aux élèves des écoles primaires publiques et aux enseignants. Une véritable aubaine pour un pays dont près de la moitié des enfants vit sous le seuil de pauvreté.

Équipé d’un système Linux avec connexion sans fil et webcam intégrée, le laptop XO est un outil peu gourmand en énergie et résistant à l’eau. Il fonctionne à l’énergie solaire et peut également être rechargé à l’aide d’une manivelle. Inventé en 2005, ce projet bénéficie du soutien de géants de l’informatique et arbore une ambition importante : distribuer des millions de ces ordinateurs portables, robustes et peu coûteux, aux enfants les plus pauvres de la terre.

Le plan Ceibal pour favoriser l’éducation

Le gouvernement uruguayen fut précurseur, en commandant la technologie dès 2006. Cette mise en place s’insère dans le plan Ceibal, qui vise à favoriser l’équité sociale et l’éducation pour tous. Depuis sa mise en place en 2007, cette initiative politique a permis de distribuer gratuitement près d’un million d’ordinateurs portables sur le territoire. Plus que de la simple distribution, le gouvernement a lancé un véritable programme de formation des enseignants.

Aujourd’hui, 99% du système scolaire uruguayen est inter-connecté et le réseau s’étend aux espaces publics, aux complexes d’habitations et aux hôpitaux. Une expansion qui a également gagné les bidonvilles, qui n’auraient jamais espérés être connectés à Internet. Initialement réservé au secteur primaire, le système se répand désormais au secondaire. L’objectif, à terme, est d’unifier l’ensemble de la population et de l’éducation.

Le nom Ceibal a été choisi en référence à l’arbre, très répandu en Uruguay. Les initiales signifient « Conectividad Educativa de Informática Básica para el Aprendizaje en Línea » (soit « Connectivité éducative/informatique de base pour l’apprentissage en ligne »). Le développement de la technologie fut tel que les milliers de XO verts qui se sont retrouvés entre les mains des élèves du primaire et du secondaire sont maintenant connus sous le nom de ceibalitas.

Un projet qui favorise l’intégration à tout niveau

Tous les élèves du primaire et du secondaire utilisent donc leur ordinateur pendant les cours, mais ils peuvent également l’emporter chez eux pour le partager avec leur famille. Des dizaines de parents, trop pauvres pour s’offrir un portable, peuvent ainsi profiter indirectement du projet. Le XO s’est révélé comme ressource très précieuse pour bon nombre de familles en Uruguay. Désormais, tout le monde peut chercher des informations sur le Net, regarder des photos et communiquer avec le monde entier. L’ordinateur compte également un service de messagerie et une bibliothèque en ligne comportant près de 7000 ouvrages. De par sa fonction de partage, il permet l’accès à l’éducation et l’alphabétisation à une large frange de la société. Il n’est d’ailleurs pas rare de voir des ribambelles d’enfants assis sur le trottoir devant l’école, leur XO entre les mains.

Au début, le corps professoral s’est montré réticent, la plupart n’ayant jamais eu un ordinateur entre les mains. Mais les réserves se sont très vites dissipées quand ils se sont rendus compte de l’efficacité de cette technologie. Le programme a fait l’objet de critiques concernant le fait qu’il n’y ait que très peu d’amélioration mesurable de l’apprentissage. Mais les ceibalitas ont, avant tout, été mis en place pour réduire le fossé numérique entre les pauvres et les riches, pas pour augmenter le niveau général de l’enseignement (cela ne doit venir qu’en second plan). L’idée est de démocratiser l’éducation avant de la rendre plus poussée : mieux vaut que tout le monde ait une base minimale plutôt que de n’avoir que quelques élites. Parmi les améliorations qu’il faut encore approfondir, la priorité est mise à la personnalisation de l’enseignement pour mettre en place des bases de données. Leur objectif sera d’offrir un suivi plus efficace des progrès des élèves et d’identifier instantanément des problèmes tels que les abandons précoces ou la non-compréhension d’une matière.

Grâce à ce plan politique clair et le développement de cette nouvelle technologie, le système d’éducation en Uruguay est bien plus avancé que dans pléthore de pays occidentaux. Non seulement le pays offre un accès à la technologie pour tous, mais le système éducatif est parfaitement formé pour fonctionner en auto-suffisance. Et pendant que les enfants du monde entier sont bloqués dans leurs matières suite au confinement, les jeunes Uruguayens continuent leur apprentissage, comme si de rien n’était. Et si la crise du coronavirus pouvait permettre de se remettre en question et de voir ce qui se fait mieux autre part? Dans ce cas, l’Uruguay figurerait tout en haut de la liste en terme d’éducation.

One Reply to “Uruguay : l’éducation malgré le coronavirus”

  1. Il est intéressant d apprendre que des pays essaient des méthodes différentes et avancent. Notre pays devrait peut être se dire que l immobilisme n est pas ce qu il y a de mieux. Avec ce que l on vit actuellement il n y a pas l air d avoir de remise en question, ni même de question sur notre système d enseignement. Alors que beaucoup de ménages disposent d ordinateurs

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