Temps de lecture : 6 minutes

Plus qu’une simple revue des événements de la semaine écoulée, cette chronique se veut critique, réflexive et anglée. Que s’est-il passé cette semaine que l’on puisse soumettre à l’oeil de la critique et du recul? Tel est l’objectif de la Revue de la semaine qui doit traiter chaque sujet comme une brève.

Quand la détresse devient la colère

© AFP

Ces derniers jours, le ras-le-bol du confinement a atteint tout le monde : “puis-je sortir faire du vélo?”, “dois-je planter d’abord mes tomates ou des fraisiers?”, “quel livre vais-je bien pouvoir lire maintenant?” ou le tout aussi terrible “quand les McDo vont-ils réouvrir?” Devant tant de souffrances et de malheurs, il est évident que le monde entier est à plaindre nos pauvres âmes d’Occidentaux confinés. Surtout en Colombie, où la situation est tellement plus simple à vivre : plus personne ne peut travailler et donc, plus personne ne peut manger. Une situation tellement angélique que les plus démunis ont pu recevoir l’aide de leurs voisins : ils accrochaient un chiffon rouge à leur fenêtre quand ils entraient en situation critique. Mais ce système d’appel à l’aide s’est rapidement généralisé. En quelques semaines, les chiffons se sont multipliés, à tel point qu’aujourd’hui ils sont accrochés à la majorité des fenêtres des quartiers pauvres. Et ils ont changé de signification. Ils n’appellent plus à l’aide, ils crient leur colère. Et nous, on arrive à se plaindre du beau temps.

Le criquet, ce tueur invisible

Avec le coronavirus, on en viendrait presque à oublier tous les autres problèmes gravissimes qui touchent le monde. C’est notamment le cas en Afrique de l’Est, où on craint plus les criquets que la maladie. Dans la région, la saison des pluies a entraîné la poussée des cultures. Ce développement important des cultures a, par conséquent, entraîné une vague importante de criquets pèlerins voraces qui n’hésitent pas à tout manger sur le passage. Une catastrophe pour de nombreux pays. Partis de Somalie, les nuages de milliards d’insectes se dirigent vers le Soudan du Sud, l’Ethiopie ou encore le Kenya. Djibouti, l’Érythrée et la République Démocratique du Congo pourraient également être touchés. Une première vague de criquets pèlerins avait déjà fait des ravages l’année passée, ravageant plusieurs centaines de milliers d’hectares de champ. Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), un million de personnes se retrouvent en situation d’insécurité alimentaire. De ce fait, il est clair que le coronavirus n’est que le cadet de leur souci : les oeufs de criquets de la première vague sont en train d’éclore donnant naissance à une génération plus affamée encore. Un véritable cataclysme pour les cultures, d’autant que la crise sanitaire affecte directement la livraison des insecticides, qui viennent de Chine. Cette situation désastreuse en Afrique de l’Est prouve encore une fois que d’autres problèmes, souvent plus dévastateurs, sont toujours présents dans le monde. Cette catastrophe est, elle, annuelle et ne touche pas le pays plusieurs fois chaque année. Une fois le confinement terminé, ces populations resteront, elles, sujettes à de graves pénuries alimentaires. Tâchons de nous en souvenir !

L’exemple salarial néo-zélandais

Jacinda Ardern, Première ministre néo-zélandaise

À l’heure des “nous sommes tous égaux face à l’épidémie”, certains joignent également le geste à la parole. C’est le cas de la Première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern qui a renoncé à 20% de son salaire pour soutenir les habitants du pays. Lors des six prochains mois, 25.000€ seront prélevés de son salaire et reversés dans le pot commun mis en place pour l’indemnisation de la population. Cette mesure exceptionnelle concerne également les ministres et les hauts fonctionnaires de l’État. L’objectif est de légitimer l’action gouvernementale et de montrer que personne n’échappe à la règle dans un pays très impacté par la crise économique consécutive au coronavirus. Jacinda Ardern a, en outre, précisé que cette décision n’inaugurait en aucun cas une campagne de baisses des salaires pour le reste de la population. Adulé il y a deux semaines mais vomi désormais (preuve encore que le peuple belge est volatil), notre gouvernement belge choisira-t-il le courage ou la technique de l’autruche? Verrons-nous, dans les semaines qui arrivent une mesure pareille en Belgique? Poser les questions, c’est déjà y répondre. Se définir du côté du peuple c’est facile, le prouver c’est autre chose.

Les commerces liégeois en difficultés

Depuis le confinement, tous les commerces en prennent un coup. Liège et son centre ville ne sont pas épargnés. La Ferme des Enfants de Liège, ferme d’animation, ne vit pas une période très joyeuse. Les activités intra et extra-scolaires, les stages d’été et autres animations réalisées au printemps et en été permettent à la ferme de survivre en hiver quand il y a moins de monde. Elle doit continuer à nourrir ses animaux, les soigner et entretenir les terrains. Sans ces activités, l’avenir de la ferme est remis en question. Malgré quelques aides financières, ce type de ferme n’est pas reconnu par l’État et souffre particulièrement du confinement. L’établissement organise alors un appel aux dons pour essayer de garder le cap. Malheureusement, elle n’est pas la seule organisation à vivre un pic vers le bas : restaurants, magasins et petits commerces sont également concernés. Certains restaurants comme Le Saga Café, Paparazzi ou le glacier Franchi G ont organisé des commandes à emporter, soit à venir chercher au restaurant soit livrés par leurs soins. Des boutiques comme Le Petit Grand Bazar ont opté pour l’e-shop. Ces initiatives respectent le confinement et permettent aux petites entreprises liégeoises de continuer à vivre. Alors n’hésitons pas : que ce soit pendant le confinement et même après, faisons vivre les petits commerces, soutenons-les, car ils définissent le paysage local.

La démocratie façon Chine

© Isaac Lawrence – AFP

Quoi de mieux qu’une bonne pandémie pour filer en douce des coups de pieds dans la foule? C’est en tout cas la stratégie politique chinoise qui, vis-à-vis de Hong-Kong, revisite à “merveille” le fameux mantra guerrier national “faire du bruit à l’est et frapper à l’ouest.” Samedi, le régime impérial a ainsi fait arrêter quatorze leaders du mouvement pro-démocratie qui s’était développé quelques semaines avant la crise sanitaire. Et comme la Chine aime à réinventer les classiques, rappelons qu’elle vient de ce fait de cyniquement revoir la définition du concept “un pays, deux systèmes” censé garantir l’autonomie d’Hong-Kong. Sur place, on parle du retour du “régime de terreur” et de la volonté chinoise “d’étrangler Hong-Kong” après l’avoir infecté. Ces nouvelles frondes autoritaristes visent à museler le camp démocrate, quelques mois avant les élections législatives de septembre. Élections lors desquelles le camp pro-Pékin part perdant du scrutin. Alors, comme elle sait très bien le faire depuis l’instauration du régime communiste, la Chine a relancé son classique : écraser, à tout prix, et mater toute contestation. Et pendant ce temps, les organes de paix sont concentrés sur la crise sanitaire.

Venise veut réguler ses touristes

Du trop plein de bateaux et touristes en masse aux rues vides et silencieuses, Venise a côtoyé les deux extrêmes. Le paysage de la ville a radicalement changé, ce qui n’est pas pour déplaire au maire et aux habitants. Les élus locaux ont ainsi décidé de réduire cet afflux à l’avenir : un quota de visiteurs maximum quotidien pourrait être mis en place pour la tranquillité des habitants et repenser le système économique. Ce quota pourrait être difficile à imaginer mais sans doute très utile puisque Venise accueille annuellement 30 millions de visiteurs. Ce raisonnement est également en cours pour certaines villes espagnoles comme Barcelone (même si ce n’est, ici, pas pour des raisons d’environnement). Ces villes n’ont pas attendu le confinement pour y réfléchir, le sujet est simplement remis au goût du jour. Et elles en profitent pour prendre des décisions concernant leur fonctionnement et leur avenir. Et on ne peut que féliciter cette remise en question.

La culture pour personne

On le sait, à chaque problématique d’ampleur, c’est toujours la culture que l’on met de côté. Et comme le Covid-19 est une problématique, on ne déroge pas à la règle. Quoi de plus représentatif dès lors que d’observer une promesse merveilleuse se transformer en marasme social? Rijeka, petite ville croate connue de? De pas grand monde justement. Malgré ses divers atouts. Et c’est exactement pour cela qu’elle avait décroché le titre de Capitale européenne de la culture de 2020. Mais voilà, le coronavirus a fondu sur la terre plus vite que l’aigle des Balkans et a tout emporté : événement annulés, tourisme au plus bas, factures impayées et report impossible. Les petits plats avaient été mis dans les grands mais la crise a tout bouffé. De l’espoir d’essor d’une ville bouillonnante d’idées résulte des craintes pour l’avenir d’un secteur durement touché par le confinement. Mais nous, on le promet, on se rendra à Rijeka quand même!

4 Replies to “Revue de la semaine #29 : nuées de criquets, salaire néo-zélandais et tourisme atténué”

  1. Un petit tour du monde avec un autre regard toujours intéressant et instructif. J aime vraiment beaucoup cette revue

  2. Oui, articles intéressant. Merci pour l’info. Et c’est vrai, qu’en fonction de la localisation, la perception de l’importance du Covit-19 n’est pas la même forcément…

Laisser un commentaire