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Plus qu’une simple revue des événements de la semaine écoulée, cette chronique se veut critique, réflexive et anglée. Que s’est-il passé cette semaine que l’on puisse soumettre à l’oeil de la critique et du recul? Tel est l’objectif de la Revue de la semaine.

Chine et USA, même combat sous couvert de corona

Après la Chine la semaine passée, c’est l’Oncle Sam qui a cette fois décidé de profiter du chaos engendré par la crise sanitaire du Covid-19 pour faire passer discrètement certaines actions controversées. Depuis plusieurs semaines, Donald Trump cherchait l’excuse pour s’occuper « comme il se doit » de l’immigration en Amérique. Il l’a enfin trouvée. Jusqu’à présent, le Congrès et les tribunaux s’étaient opposés à la mise en oeuvre d’un décret sur l’immigration mais le président à la mèche folle a trouvé la parade : rien d’un tel qu’une épidémie comme prétexte pour faire plier ses opposants. Le 20 avril, les États-Unis ont ainsi introduit un décret suspendant « temporairement toute immigration » sur le territoire, invoquant « l’attaque de l’ennemi invisible, ainsi que la nécessité de protéger les emplois de nos GRANDS citoyens américains. » Pour cela, Donald Trump a profité des « pouvoirs spéciaux » qui lui sont octroyés pour vaincre la crise nationale pour supplanter le refus du Congrès et des tribunaux. Et on connaît la chanson : quand la crise sanitaire sera terminée, le président américain se fera un plaisir de déclarer que c’est grâce à la fin de l’immigration.

Vers un parc de la distance à Vienne?

© Studio Precht DR

Pendant ce confinement, beaucoup de citadins rêvent d’étendues vertes, d’un jardin, de se mettre au vert. Et pourtant, toutes les villes ferment progressivement leurs parcs et jardins jugés incompatibles avec les mesures de distanciation sociale. Mais à Vienne, des architectes ont réfléchi à un parc de la distanciation sociale. Dans ce projet, pas de pelouses bondées, de pique-nique ni de risque de contamination : les visiteurs seraient séparés les uns des autres par des haies. Ils pourraient ainsi se perdre dans la nature sans craindre de se rencontrer. Ce nouveau concept imaginé sur un terrain vague de la capitale autrichienne prouve que parcs et distance de sécurité peuvent aller de pair. Et il faut dire que ce parc de la distance fait rêver : il entraîne les visiteurs, comme dans un labyrinthe, le long de chemins parallèles séparés par des haies. Un seul promeneur par couloir et un portail d’entrée annonçant fermé quand l’allée est déjà occupée par un autre visiteur occupé à flâner tranquillement jusqu’au bout du chemin. Même après la pandémie, ce parc restera une oasis urbaine dont les Viennois pourront amplement profiter. Un espace pour s’échapper, se retrouver seul avec soi-même, plongé dans la nature, des moments que les habitants des villes regrettent très souvent. Ce n’est encore qu’un projet-concept qui doit encore être abondamment débattu pour se mettre en place. Mais au moins, Vienne réfléchit à des alternatives. On ne peut pas en dire autant de la Belgique où rien n’est pensé pour préparer l’avenir.

Quand la 5G s’invite… sans invitation

© Economie et société

Les projets pour le développement et l’installation de la 5G font débat. Pour cause, de nombreux effets secondaires et conséquences sont à prendre en compte. Installé sur 30 communes pour commencer, Proximus a lancé le réseau le 1er avril en Belgique. Voulant certainement gagner la course au progrès technologique, le fournisseur n’a visiblement pas consulté ni prévenu les autorités communales. C’est le cas notamment pour la commune de Jalhay et d’Ottignies-Louvain-La-Neuve qui se sont plaintes du manque de consultation et de la période choisie pour le lancement. En effet, lancer un nouveau réseau en plein Covid-19 dans le secret des autorités… Proximus n’est pas parti du bon pied. Le signal a du être coupé à plusieurs endroits en Wallonie. Pendant qu’au Sud du pays, les protestations prennent de l’ampleur et se font entendre, la Flandre ne semble pas montrer de résistance au duo Proximus-5G. En ce qui concerne l’installation de la technologie, celle-ci n’est pas vue d’un très bon oeil — encore moins depuis la tentative ratée de Proximus — mais cela ne veut malheureusement rien dire puisque certaines communes étaient en pleines discussions avant cette installation. On peut penser qu’à terme, la 5G s’installera définitivement sur le territoire. Pour l’instant du moins, la gronde des habitants et des autorités s’est faite entendre par le fournisseur. Mais pour combien de temps?

Israël : même quand il perd, Benyamin Nétan (y) a tout

© Abir Sultan – EPA

Après plusieurs semaines de flottement, et trois élections toutes plus serrées les unes que les autres, Israël semble sortir de l’impasse politique. Mais pas forcément en bien. Depuis plusieurs mois, le Premier ministre sortant Benyamin Nétanyahou et son adversaire Benny Gantz se tirent dans les pattes pour savoir qui pourra diriger le pays. Mais en début de semaine, les deux hommes sont parvenus à un accord : le candidat du Likoud gardera son poste pour les 18 prochains mois avec Gantz comme vice-Premier ministre, avant l’inversion des rôles pour la même durée. Une décision qui révolte les partisans du Kahol Lavan, le parti d’opposition : ce rapprochement de Gantz avec Nétanyahou y est vécu comme une trahison de sa principale promesse de campagne, et donc une trahison de la population. D’autant plus que ce dernier se retrouve en position de force pour l’ouverture de son procès pour corruption le 24 mai : en tant que Premier ministre, il pourra mettre son véto sur la nomination des prochains procureur général et procureur d’État. Autant dire que la menace, la corruption et le chantage ne font déjà plus l’ombre d’un doute. Comme Poutine en Russie et Orbàn en Hongrie : même quand il perd, Benyamin Nétanyahou continue de régner.

A São Paulo, les favelas ont faim, très faim !

“Papa, je veux du yoghourt. Papa, je veux une pomme.” Qu’est-ce qu’il a commencé à me demander hier matin ? Des fraises ! Je lui ai dit : ‘Ah, mon fils, tu n’es pas à la garderie, là, tu es à la maison. C’est à la garderie qu’il y a ces choses-là.” Ce sont les propos d’un père à son fils. Ils vivent tous les deux dans les favelas de São Paulo dont les bidonvilles souffrent cruellement du manque de nourriture. Les enfants privés de leurs repas à l’école sont guettés par la malnutrition. Là-bas, la faim progresse plus rapidement que le virus. Dans la périphérie de cette ville du sud du Brésil où les écoles sont fermées, les enfants souffrent énormément du manque de nourriture. A l’école, ils pouvaient bénéficier de repas (ou de collations) jusqu’à cinq fois par jour alors que chez eux, leur alimentation se résume à du riz… Dans le même temps, les parents ont perdu leurs revenus et ne peuvent plus nourrir toutes les bouches du ménage. Tout ça à cause des mesures de confinement, qui ont été plus rapides que les actions pour venir en aide aux plus pauvres. Cette situation doit impérativement nous faire réfléchir sur notre statut de confinés européens : Oui c’est difficile et non on ne peut plus jouir des libertés auxquelles nous étions habitués, mais nous, au moins, on a de quoi manger ! Et on arrive à se plaindre de ne pas pouvoir se promener ou aller boire un verre en terrasse. Cela fait froid dans le dos. Durant cette période difficile, il serait temps de se rendre compte qu’on a de la chance d’être confinés dans cette partie du monde. Parce que dans d’autres, la faim pourrait tuer plus que le Covid-19.

L’esclandre de l’Escaut

Le canal de l’Escaut © DR

Dans la nuit du 9 avril, une digue du bassin de décantation s’est rompue dans le cours de l’Escaut à Cambrai, en France. Le bassin contenait les eaux de lavage de betteraves, ce qui a projeté près de 100.000 m3 d’eau dans les environs. Malgré les efforts des services de l’administration wallonne, les eaux à l’apport massif de matières organiques ont étouffé les poissons. Certains parlent de “catastrophe écologique majeure” puisque la mortalité des poissons atteint presque 100% sur les 36km de la partie wallonne de l’Escaut. Quelques 400 à 500 kg ont pu êtres sauvés sur l’estimation de biomasse totale de 50-70 tonnes, et certaines espèces protégées ont été touchées par l’incident. L’événement paraît plus grave encore quand on y regarde de plus près : l’Office français de la biodiversité a pris connaissance de cette information avant le 15 avril alors qu’il a fallu attendre le mardi 21 avril pour que les dégâts soient constatés en Belgique par un riverain. Soit presque une semaine après l’accident écologique. Une convention internationale prévoit cependant ce genre de cas, la France aurait donc du en informer la Wallonie. Un procès verbal serait dressé à l’encontre du pollueur, la sucrerie Tereos. La société française risque une amende pouvant atteindre 1 million d’euros rien qu’en Wallonie. La pollution se dirige vers la Flandre qui a été avertie de la situation. Une enquête judiciaire à été ouverte pour ces faits de pollution. Un rappel à l’ordre nécessaire sur les dangers de pollution des rivières à l’heure des “wouah la nature reprend ses droits grâce au confinement.”

Les applaudissements de la révolte

Comme dans la plupart des pays d’Europe, les Serbes se rendent à leur fenêtre pour applaudir le personnel soignant sur le coup de 20h. Mais depuis dimanche, un nouveau rendez-vous s’est mis en place : les applaudissements d’opposition. À 20h05, le peuple serbe s’est rendu sur son balcon pour « faire le plus de bruit contre la dictature » du président Aleksandar Vučić alors que les élections législatives devaient se dérouler ce 26 avril. Casseroles, sifflets, instruments de musique et râles ont ainsi pris place sur les balcons de toutes les grandes villes du pays pour « élever la voix » et appeler à une Serbie « libre, démocratique et solidaire ». La forme et le fond vise à rappeler les protestations contre le régime meurtrier de Slobodan Milošević qui se déroulaient lors du journal télévisé de 19h30. Depuis quelques semaines, le président serbe Aleksandar Vučić a renforcé davantage encore son pouvoir sur le pays, se présentant à la fois comme « dirigeant politique, médecin, présentateur télé, policier et juge, selon les jours et les circonstances. » Confinés chez eux, les Serbes n’en oublient pas pour autant les dérives autoritaristes de leur président et comptent faire de ces « bruits contre la dictature » un rendez-vous quotidien.

Les brèves

  • Trump et son gourou de la javel : dans la semaine, le président américain déclarait en télévision qu’il faudrait “tester l’eau de javel pour soigner le Covid-19” devant un panel de médecins médusés. Quelques jours avant son discours, le premier des Amériques avait reçu une lettre de Mark Grenon, l’archevêque de Genesis II, plus grand producteur et distributeur d’eau de javel comme “remède miracle” des États-Unis. On voit qu’il sait s’entourer l’homme de la Maison Blanche.
  • Disney préfère les gros bonnets : comme tous ses parcs sont à l’arrêt, l’enseigne de la souris a décidé de placer la moitié de ses salariés au chômage technique pour ne plus avoir à les payer. Soit une économie de 500 millions de dollars par mois. Sauf que Disney a, dans le même temps, garanti les primes et dividendes de juillet de ses dirigeants (1,5 milliard de dollars). Une opération rendue possible par l’économie des salaires. Ah bon, la magie de Disney ne sert donc qu’à cacher l’utra-capitalisme de Mickey & Co?
  • Une capitale vaut mieux qu’une population : pour faire face à l’enfoncement de Jakarta dans les eaux, l’Indonésie a lancé la construction d’une nouvelle capitale. Et ça fait jaser. Le projet continue en effet d’être soutenu économiquement, malgré la pandémie qui frappe durement le pays. Le budget alloué représente près de 28 milliards d’euros tandis que le gouvernement n’en a accordé qu’un seul pour lutter contre le coronavirus. En Indonésie, une belle capitale vaut mieux qu’une population en vie.
  • La fin du bol d’air en Roumanie : après plus de 100 ans d’existence, le seul fabricant de respirateurs médicaux de Roumanie vient de fermer ses portes, faute d’argent. Une catastrophe en pleine crise sanitaire. Privatisée en 2000 pour faire face aux coupes budgétaires du secteur de la santé, l’usine ITM laisse derrière elle un pays au bord de l’asphyxie. Le pays ne peut désormais plus compter que sur les importations de matériel.

2 Replies to “Revue de la semaine #30 : favelas affamées, rogne de la 5G et Serbie révoltée”

  1. Bien l’info et les articles. N’est-ce pas Durbuy qui a commencé avec le labyrinthe ? Ne dit-on pas que la province du Luxembourg a une ardeur d’avance ? Et imposer la 5G en période de crise, c’est effectivement un véritable scandale. Comme ci d’ailleurs on avait besoin d’encore plus d’efficacité en terme de transmission des ondes ? On voudrait encore aller plus vite pour abreuver d’infos débiles tous les idiots patentés ? Des fois qu’ils ne sauraient pas que Evenpoel a gagné l’étape de l’Alpe d’Huez en virtuel ou qu’une file de 150 mètres s’est formée devant le Brico de Boncelles. Quel drame ! Et c’est vrai qu’on a quelques vedettes en fonction pour le moment dans des pays phares : Trump, Johnson, Poutine, Erdogan. Plus encore que la pandémie, ne sont-ce pas eux qu’il faut craindre avant tout… En ce qui concerne la Roumanie, c’est ce qu’on appelle un mauvais timing… Bonne continuation.

  2. Toujours de l info diversifiée abordant différents thèmes et qui nous amènent à nous poser des questions et à rester vigilants. A la semaine

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