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Plus qu’une simple revue des événements de la semaine écoulée, cette chronique se veut critique, réflexive et anglée. Que s’est-il passé cette semaine que l’on puisse soumettre à l’oeil de la critique et du recul? Tel est l’objectif de la Revue de la semaine.

Justice saoudienne : un cas de force majeur contre les mineurs

Entre le 24 et le 26 avril, on croit tomber sur la tête. Le très conservateur royaume saoudien annonce coup sur coup deux ouvertures totales sur sa politique : la suppression des peines de flagellation et l’abolition de la peine de mort pour mineurs. Une mesure considérée par les experts de la région comme « un grand pas en avant pour l’Arabie Saoudite si elle est mise en oeuvre. » Et la fin de phrase est importante. Car moins d’une semaine plus tard, l’enthousiasme est déjà en partie retombé. Des zones d’ombres persistent. On ne sait pas si il sera possible d’annuler des peines déjà prononcées et la peine de mort reste applicable pour des crimes de « terrorisme », accusation portée contre diverses défenseurs des droits de l’homme saoudiens. En fait, la mesure ne s’applique même qu’aux délits dont les peines tombent sous le coup du « ta’zir » (selon l’interprétation et la discrétion du juge) tandis que les crimes relevant des « hudud » et « gissas » (explicitement prévus par la charia), prévoyant flagellations et peine de mort, restent en vigueur. Il s’agit bien évidemment de meurtres, mais aussi de « relations sexuelles hors mariage, consommation d’alcool ou apostasie. » Au pays, on s’attend à ce que de nombreux mineurs soient désormais condamnés sous ses chefs d’accusation majeurs pour passer autour des nouvelles mesures. Autant dire qu’en une semaine, le soufflet est retombé au pays. Si progrès il y a, il ne concernera qu’un nombre de cas très réduit.

La Mauritanie, championne de la lutte contre le Covid-19

© Cheyakhey Ali – AFP

Peu touchée par le Coronavirus, la Mauritanie a annoncé le 22 avril dernier qu’elle ne comptait plus aucun cas de Covid-19. Alors que la quasi-totalité de l’Afrique est fortement touchée, la Mauritanie est le premier état du continent à déclarer la maladie vaincue. Au total, 17 cas ont été recensés, pour un seul décès. Ce résultat relève presque du miracle pour ce pays sahélien aux infrastructures sanitaires peu développées. Comment a-t-elle fait pour y parvenir? D’abord, les autorités ont réagi extrêmement rapidement. Dès le 1er cas détecté, le 13 mars, le pays s’est mis en berne : frontières fermées, rassemblements interdits, portes des écoles, des restaurants et des marchés closes. Un couvre-feu nocturne a aussi été instauré et les déplacements entre les différentes régions du pays interdits. Autant de mesures qui ont permis de contenir la maladie. La moyenne d’âge très basse de la Mauritanie (19 ans en moyenne) pourrait également avoir joué un rôle prépondérant dans la résistance contre le virus. Comme quoi, il ne se passe pas que des mauvaises choses en Afrique malgré ce que l’on veut bien nous faire croire, au contraire. Espérons que la Mauritanie soit au moins citée dans les médias occidentaux pour son travail important contre le Covid-19, mais ce n’est pas gagné. Il est néanmoins important que le pays du président Mohamed Ould Gazhouani reste prudent : une bataille a peut-être été gagnée mais la guerre est encore loin d’être arrivée à son terme.

Le calme pendant la tempête

Si le Covid-19 pose pléthore de problèmes à l’espèce humaine, l’arrêt de nos activités est une bulle d’air pour la faune et la flore maritime. Avec la baisse du trafic maritime, vient celle de la pollution sonore sous-marine. David Barclay, professeur associé d’océanographie de l’université Dalhousie au Canada, a observé une diminution du bruit de 4 à 5 décibels depuis le 1er janvier. Une aubaine pour les baleines qui adaptent leur chant en fonction du niveau sonore de l’océan. En effet, lorsque leur environnement est plus bruyant, les baleines chantent moins. C’est donc une occasion particulière pour les chercheurs d’écouter la vie des profondeurs puisqu’elle ne se représentera sans doute plus. Grâce à cette accalmie, les baleines en profiteront peut-être pour avoir “plus de conversations et plus complexes”. Contrairement à ce que l’on aime nous ânonner, il n’y aura sans doute pas un avant et un après. Il est toutefois primordial de prendre conscience de l’impact que nous avons sur l’environnement. Sans prise de conscience collective, il est impossible de changer les choses.

Quand le grenier russe coûte plus cher que la voiture

Cela faisait dix ans que ce n’était plus arrivé : la Russie suspend toutes ses exportations céréalières jusqu’au 1er juillet. Premier exportateur mondial de blé, la Grande Ourse conservera donc ses productions de blé, seigle, méteil (mélange de céréales), orge et maïs pour lutter contre l’inflation du secteur agricole. Cette suspension ne s’applique toutefois pas pour les pays de l’Union économique eurasiatique (Biélorussie, Kazakhstan, Arménie, Kirghizistan et Russie). Touché de plein fouet par la crise sanitaire, le marché intérieur s’est emballé ces dernières semaines au point de voir les prix s’envoler : les marchés étrangers sont désormais plus attractifs que les producteurs russes, qui ne vendent plus. Résultat? Le blé est actuellement plus cher que le pétrole sur le territoire russe. L’embargo décidé par le gouvernement vise à stabiliser les prix et éviter toute pénurie nationale. D’autant que les récoltes manquent d’eau et que l’été s’annonce très chaud, faisant craindre une sécheresse qui décimerait plus encore la principale production du pays. Les ventes à l’étranger devraient reprendre à l’automne pour atteindre le plan d’exportation fixé à 23 milliards d’euros. D’ici là, le cours du blé devra être rentré dans le rang pour éviter que la population ne doive faire une croix sur une part importante de son alimentation. Ou Vladimir Poutine rencontrera avec le coronavirus l’un des adversaires les plus dangereux à l’égard de son bilan politique.

Un drive-in musical en Lituanie

Concert drive-in dans la banlieue de Vilnius © Simonas Lankutis

Le mythe d’Europe occidental veut que les pays de l’Est soient arriérés et peu en phase avec la modernité. Mais la récente décision du gouvernement lituanien démontre à quel point les pays baltes peuvent être un exemple. Pour éviter au secteur culturel de s’écrouler, faute de manifestations, le pays a décidé d’organiser des concerts en drive-in. Pour déjouer l’interdiction des rassemblements, la chanteuse française d’origine lituanienne Giedre a ainsi tenu un concert devant des fans confinés dans leur voiture, non loin de la capitale Vilnius. Klaxons, va-et-vient des essuies glaces et appels de phares ont fait figure d’applaudissements pour la chanteuse. Ce sont les artistes et leurs fans qui ont trouvé cette idée ingénieuse pour continuer à pratiquer la musique malgré les mesures de confinement. Une idée relayée ensuite par le gouvernement. Mais pour cela, il faut respecter des consignes de sécurité spécifiques : rester dans sa voiture, brancher son auto-radio sur une fréquence spéciale retransmettant directement le concert dans l’habitacle et ne pas être plus de 2 dans la même voiture (à moins que l’on fasse partie de la même famille). Ce concert assez feel good devrait être suivi par nombre d’autres au pays. Un exemple duquel s’inspirer pour permettre à la culture, un des secteurs les plus touchés par le Covid-19, de subsister.

La javel contre le virus, des USA jusqu’en Espagne

Plage de Zahara de los Atunes, Andalousie © BelgaImage

Visiblement, la javel a la cote en ce moment puisque certains pensent à tort qu’elle peut aider à combattre le coronavirus actuel. Après la prise de parole très controversée de Donald Trump au sujet “d’injecter du désinfectant” dans le corps d’infectés Covid-19, certains New-Yorkais se sont empressés d’en boire. Et l’idée se répand comme une trainée de poudre jusqu’en Espagne. La municipalité de Zahara de los Atunes en Andalousie a jugé bon de répandre ce produit chimique sur plus de deux kilomètres de côtes. La ville voulait permettre aux enfants de jouer sur la plage le lendemain en toute sécurité. La décision a été prise sans attendre l’aval de qui que ce soit, de la commune de Barbate dont elle dépend, de la région d’Andalousie ou de l’État. Cela a détruit toute biodiversité présente sur la côte. Agustín Conejo, élu local, essaie vainement de se défendre en admettant que c’était une erreur mais que “cela a été fait avec les meilleures intentions”. Aussi bonnes puissent-elles être, il s’agit là de bon sens et surtout d’attendre l’aval de la commune dont dépend la ville. María Dolores Iglesias, une écologiste locale, a décrété que cela avait tué toute vie au sol, même les insectes, et que la ville avait été à l’encontre de toutes les règles. Certains s’inquiètent pour les oeufs pondus par des oiseaux dans la zone et craignent qu’ils n’aient été touchés par le produit. La ville de Zahara de los Atunes n’en n’est pas restée là puisqu’elle a également répandu du désinfectant dans les rues malgré l’efficacité contestée. L’Andalousie a pris en compte la plainte qui a été déposée à ce sujet et une sanction devrait être rendue contre la ville andalouse. Non, la javel n’aide pas à désinfecter les plages, ni à purifier les cerveaux surchauffés.

Le repenti de l’Église catholique allemande

On sait le milieu ecclésiastique peu enclin aux déclarations grandioses et aux excuses publiques, la démarche est d’autant plus étonnante. Pour la première fois, les évêques catholiques allemands ont évoqué « une confession de culpabilité » sur le rôle tenu par l’Église au sein de l’Allemagne Nazie. À quelques jours du 75ème anniversaire de la capitulation du IIIe Reich, le 8 mai, la déclaration ne passe pas inaperçue outre-Rhin. En reconnaissant sa « complicité » avec le régime hitlérien, l’affaire semble sale, honteuse, violente. Et au final, ce n’est pas si terrible que cela. Il n’est pas question de collaboration, de soutien au régime ni d’aide à l’idéologie. Les évêques ont en fait condamné la position ambivalente de l’Église et non une possible funeste participation. Si ils s’excusent, c’est parce que leurs pairs de l’époque n’ont pas opposés un « Non » clair et précis vis-à-vis de l’entrée en guerre de l’Allemagne, qu’ils ont laissé la guerre se lancer. Si il est précisé qu’ils n’ont pas partagé les justifications idéologiques du régime, ils condamnent le rôle joué dans le maintien d’un esprit de corps à la nation allemande. Ce dont l’Église s’excuse, c’est donc de ne pas s’être opposée ouvertement à une entrée en guerre et d’avoir soutenu moralement les troupes et les soldats lors des affrontements. Il faut tout de même souligner que soutenir des personnes moralement atteintes reste l’un des fondements premiers d’une religion. Avec un peu de recul, que peut-on conclure de ce repenti étonnant? Que ce genre de positionnements représente parfaitement la mentalité d’un pays : là où la France s’efforce de garder sous silence son rôle collaborationniste, l’Allemagne s’excuse d’avoir soutenu des soldats démoralisés (et ce, en tant qu’hommes et en dehors de leurs convictions profondes). Là où certains se repentissent d’avoir soutenu un peuple en guerre, d’autres font table rase de participations à des massacres multiples. La mentalité allemande, ou la volonté de tout assumer et de s’en relever.

Les brèves

  • Le Tadjikistan indépendant dans ses patronymes : Depuis le 29 avril, il est désormais interdit de déclarer un nom de famille à consonance russe pour tout nouveau-né, une mesure jugée indispensable pour « la renaissance des noms nationaux ». L’interdiction des prénoms « étrangers à la culture tadjike » sont, pour leur part, déjà interdit depuis 2016. C’est le président Emomali Rahmon qui a lancé cette politique de dérussification massive du pays dont la culture a été bafouée par son ancienne maison-mère. Cependant, de nombreux Tadjiks rerussifient massivement leur nom lorsqu’ils migrent en Russie pour travailler en saison. Selon eux, un nom à consonance russe facilite l’interaction avec les employeurs, la police et l’administration russe. La bataille n’est pas gagnée pour le président de la petite nation d’Asie centrale.
  • Le fils Johnson aura un prénom de médecin : Au rayon des illuminés de la perruque, Boris Johnson n’a pas tardé à rejoindre Donald Trump dans les sommets du Panthéon de la bêtise. Après avoir ouvertement défié le Covid-19 en serrant volontairement des mains, le Premier ministre britannique s’est vu intégrer les soins intensifs en raison de son infection au virus. Revenu dans le feu de l’action, il s’apprête à devenir papa et sa compagne vient d’annoncer les prénoms du prochain arrivé. Si il détient ses deux premiers (Wilfred et Lawrie) de ses deux grands-pères, il hérite de son troisième prénom (Nicholas) des deux médecins qui se sont occupés de son père aux soins intensifs (Nick Price et Nick Hart). Il aura beau devenir amnésique, Boris Johnson ne pourra faire oublier qu’il s’est ouvertement moqué d’un virus qu’il l’a envoyé à l’hôpital quelques jours plus tard. Et c’est son fils qui lui servira de rappel de sa bêtise.
  • La justice va-t-elle Jair sur le président brésilien? Le 24 avril, Sérgio Moro démissionne de son poste de ministre de la Justice et jette un pavé dans la marre : il accuse le président Jair Bolsonaro d’interférer dans les enquêtes de la police fédérale. Évoquant une « ingérence politique » sévère, il soupçonne également le président d’avoir voulu remplacer le chef de la police fédérale pour « collecter des informations » auprès d’un gradé plus docile. Cette mise en marche viserait à faire capoter deux enquêtes visant ses deux fils. Accusation assez grave pour que la Cour suprême et le procureur général décident d’ouvrir une enquête sur le président. Ceci dit, doit-on réellement être surpris qu’un admirateur de la dictature militaire des années ’80 soit accusé d’avoir interféré dans des affaires fédérales? Le pouvoir du président pourrait être mis à rude épreuve si l’enquête va au bout, à moins que des enveloppes ne se perdent encore, comme à la grande époque.
  • De la fiente pour respecter les distances : Crise sanitaire oblige, la fête annuelle de Walpurgis du 30 avril a été annulée en Suède alors qu’elle accueille près de 30.000 personnes dans les parcs de la ville de Lund. Mais pour éviter de possibles rassemblements, la ville située dans le sud de la Suède a décidé de jouer la carte du dégoût. Non seulement les parcs ont été fermés, mais un engrais plutôt spécial a également été dispersé sur les bancs et la pelouse. Les autorités ont en effet confectionné une tonne de fertilisant à base de fiente de poule. Pour s’assurer encore plus du respect des consignes de confinement, des drones de la police ont survolé certaines zones de la ville. Si en Suède, on épand de l’engrais pour empêcher la maladie, en Belgique on préfère mettre du métal pour faire fuir sdf et migrants.

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