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Plus qu’une simple revue des événements de la semaine écoulée, cette chronique se veut critique, réflexive et anglée. Que s’est-il passé cette semaine que l’on puisse soumettre à l’oeil de la critique et du recul? Tel est l’objectif de la Revue de la semaine.

La révolution des vélos après la Révolution de Velours

En pleine période de confinement, ils ont été plus de 5500 à grimper sur leur vélo pour parcourir les rues de Ljubljana. La capitale slovène fut le théâtre vendredi d’une manifestation de près de 10.000 personnes (si l’on compte les piétons qui se sont joints au mouvement) malgré l’interdiction de rassemblement. Lancé par un collectif citoyen, l’appel vise à mobiliser la population contre la dérive autoritaire du gouvernement de Janez Jansa, investi le 13 mars au début de l’épidémie. Ils dénoncent « l’instrumentalisation politique de la lutte contre le Covid-19, les pressions sur les médias et la corruption des marchés » du Parti démocratique, proche de l’ultra-nationaliste hongrois Viktor Orbàn. Les contrats concernant les masques et équipement médicaux ont ainsi été facilement remportés par des hommes d’affaires proches du pouvoir. Une atteinte directe à la démocratie et à la transparence pour la population slovène. Malgré un bilan sanitaire officiel efficace pour la région (1449 contaminés et 100 morts pour 2 millions d’habitants), le peuple ne veut pas se laisser tromper par l’utilisation que fait le gouvernement de la crise du coronavirus. La légitimité de Janez Jansa est ainsi remise en cause moins de deux mois après son investiture. Une chose est sûre, ce n’est pas en Belgique que pareilles manifestations pourraient s’organiser. Outre le sentiment de révolte, il faut, au minimum, des pistes cyclables.

Quand Soudan, les mutilations féminines commencèrent à s’arrêter

© Getty Images

Depuis le 22 avril, le Soudan pénalise les mutilations génitales féminines. Les personnes les pratiquant risquent désormais une peine de trois ans de prison ainsi qu’une amende. Cette décision est un pas important pour les droits des femmes et contre l’excision. En effet, selon les chiffres de l’ONU, 87% des Soudanaises de 15 à 49 ans ont subi ces mutilations. Un des défis sera l’application de cette législation : certaines personnes pourraient ne pas signaler ces mutilations, cette pratique étant profondément ancrée dans les traditions culturelles du pays. Plus qu’une tradition, cette pratique est liée aux normes sociales. Dans certaines communautés, elle est vue comme nécessaire pour que les filles se marient. Les femmes qui ne se sont pas faites excisées sont appelées “qulfa”, qui induit la notion de déshonneur et d’exclues de la société. Pour contrebalancer ces notions, un autre terme a été introduit par UNICEF pour les désigner, “saleema”, qui signifie “parfait”, “intact”, “en bonne santé”. La loi seule ne suffit pas, il faut encore des campagnes de sensibilisation et d’autres lois pour protéger les femmes (le mariage des enfants et le viol conjugal ne sont pas encore puni ni même considérés comme des délits). C’est un long combat que le Soudan a décidé de mener, mais il était temps.

La boisson feel-good qui aide les Roms

Janos Hosszu, président du conseil de la minorité rom de Dunaujvaros, a imaginé le breuvage Gypsy Feeling. Avec cette boisson, il espère briser les clichés sur les Roms et financer des projets sociaux dans cette ville au sud de Budapest. Un bon moyen pour aider les plus démunis au niveau local et porter les valeurs des 800.000 Roms de Hongrie. Le slogan de cette nouvelle décoction est “liberté, amitié et solidarité”. Une phrase remplie de sens dans un pays aussi xénophobe et autoritaire que la Hongrie. Avoir osé lancer cette boisson est une véritable prouesse, un véritable pied de nez au gouvernement hongrois très absolutiste de Viktor Orbàn. 5000 des 30.000 canettes noir et or de ce breuvage produites pour une première distribution ont déjà trouvé preneurs. A tel point que Janos Hosszu et son équipe réfléchissent déjà à une nouvelle version sans sucre de la boisson, saveur “griotte tsigane”. Une initiative d’autant plus belle puisque les bénéfices seront investis dans la création d’une cuisine populaire et d’une école pour les enfants les moins favorisés de Dunaujvaros. Il est également important de noter que l’on voit ce genre d’initiatives pour les minorités éclorent dans bon nombre de pays “arriérés” des Balkans ou d’Europe de l’Est mais pas en Belgique. A quand une réelle prise de conscience des minorités dans notre pays? Cela ne semble pas être à l’ordre du jour, c’est bien dommage quand on voit que même en Hongrie, on met des choses en place.

Nouveau scandale autour de masques chinois pas fiables

Tout part d’une polémique. Dans l’hôpital privé Acibadem-Sistina de Skopje, plusieurs patients macédoniens sont diagnostiqués négatifs par des tests immunitaires rapides achetés aux Pays-Bas. Mais quelques jours plus tard, ils sont contrôlés positifs à l’hôpital public de la capitale de Macédoine du Nord. Certains sont décédés depuis. Le groupement de journalistes OCCRP entame alors une enquête et découvre qu’ils sont en réalité bien moins fiables que ce que leur emballage prétend. Mais le scandale ne s’arrête pas là : en remontant la source d’approvisionnement, ils se rendent compte que ces tests présentés comme « européens » n’ont pas été fabriqués aux Pays-Bas, mais uniquement reconditionnés. En fait, ils sont produits par la société chinoise Hangzhou Alltest qui s’est servie de sa filiale hollandaise Biozek pour tromper les autorités. Résultat : 50.000 tests ont été introduits en Macédoine du Nord et plusieurs millions ont été distribués en Espagne, en Italie, en Grande-Bretagne, en France et en Russie. Dès les premiers doutes sur leur efficacité, les autorités macédoniennes en ont interdit l’utilisation, évitant une catastrophe sanitaire plus grave encore. Mais on n’est pas vraiment mieux loti en Belgique à ce niveau-là. Il suffit de voir le nombre astronomique de commandes de masques réalisées par l’État à la Chine, des millions de masques tous moins efficaces les uns que les autres. Notre plat pays a ainsi perpétré le même genre d’erreurs que ces « arriérés » pays de l’Est.

Appeler un artiste est désormais possible

En cette période de turbulences suite au Covid-19, le téléphone peut-être un véritable allié. D’autant plus quand il sonne et qu’un artiste vous attend au bout du fil. C’est le nouveau concept à la mode qui permet aux artistes de continuer à travailler. Ce nouveau projet culturel se nomme “Artist Calling”. Il est né en pleine crise du coronavirus et consiste à prendre un rendez-vous téléphonique avec un artiste. Le principe est simple : vous téléphonez à l’une des bibliothèques d’Ixelles, vous convenez d’un jour et d’une heure, vous laissez votre numéro de téléphone et le tour est joué, vous avez votre rendez-vous téléphonique. Cette initiative est un bon moyen pour permettre aux artistes de continuer à proposer du contenu sans bouger de chez eux et en respectant les règles de distanciation sociale. Le jour convenu, vous recevrez l’appel d’un artiste (musicien ou poète) qui vous contera une pièce littéraire ou musicale durant 30 minutes. Un moment privilégié qui ne vous demande qu’une seule chose : profiter de ce tête-à-tête en étant confortablement installé chez vous. Les appels peuvent aussi se faire via WhatsApp, la qualité sonore y est meilleure et en plus vous pouvez profiter de la vidéo. Un coup de fil artistique, c’est également une façon d’apporter un peu de gaieté et de joie à ceux pour qui l’isolement est difficile. En plus, c’est une initiative totalement gratuite qui se déroulera du 13 mai au 13 juin. Enfin, une mesure concrète pour aider le secteur culturel à survivre à cette crise qui le touche de plein fouet.

La rue toujours aussi menaçante

Les témoignages de harcèlements de rue et d’agressions sexuelles dans les espaces publics étaient déjà fréquents. À nouveau, les langues se délient : il y en aurait encore plus depuis le confinement. Fatima, jeune française, a expliqué son vécu à l’AFP. Un groupe de jeunes l’a suivi, ils lui ont fait des avances en se collant à elle avant de l’insulter car elle ne répondait pas. Elle explique avoir eu peur car, en cette période de confinement, tous les magasins et restaurants sont fermés. Aucun moyen donc de se réfugier. Une situation complexe vécue par bien d’autres femmes qui se sont fait suivre, insultées ou accostées. C’est le cas d’une jeune Belge, Sarah, qui témoignait pour la RTBF la semaine dernière. Elle s’est faite suivre par un homme à vélo alors qu’elle allait faire ses courses. En France, en Seine-Saint-Denis, deux femmes se sont faites violées dans un espace public en l’espace de 24h. “La journée devient la nuit, il n’y a plus de différences pour les femmes.” En effet, pendant cette période qui laisse les rues désertes, les femmes se sentent encore moins en sécurité. Certains hommes se ré-approprient l’espace public et en font un terrain de chasse. Ce n’est pas juste le fait de regarder, c’est une attitude, des mots, des regards insistants, une façon d’être, se positionner en “chasseur” et non en simple passant. Il est grand temps de changer les choses, et les institutions doivent plus que jamais prendre le problème à bras-le-corps.

Chine : fini la crise, place à la pollution!

Au moment où la Chine se confinait, bon nombre s’enthousiasmait déjà de voir l’un des principaux pays pollueurs mettre son industrie à l’arrêt forcé. Les mêmes s’émerveillait trop naïvement du « retour des animaux et du chant des oiseaux » alors même que l’Empire du Milieu relançait déjà massivement son industrie lourde. Résultat des courses : les niveaux de pollution en Chine explosent et risquent, plus que probablement, d’encore empirer dans les mois à venir. Le pays doit s’attendre à dépasser les pics de pollution qu’il a pu connaître avant la crise sanitaire et son confinement. Sur place, les experts s’inquiètent de « la vitesse avec laquelle le niveau de pollution est remonté » et du fait que les niveaux de polluants dans l’air soient déjà plus élevés qu’il y a un an à la même période (alors même que l’industrie s’est arrêtée deux mois et demi). Au nom de la sacro-sainte relance économique, le contrôle sur la limitation d’émissions des grosses industries polluantes est laissé de côté. Et le vaste programme de relance de projets d’infrastructures très énergivores n’a même pas encore commencé. Si certains doutaient encore de la catastrophe climatique que représente le confinement… La branche chinoise de Greenpeace déclare ainsi : « ceux qui croient pouvoir saluer une pause bienvenue dans l’urgence climatique devraient retenir leur optimisme. »

Les brèves

  • La démocratie plus forte que l’autorité : Quelques semaines après avoir été maté et emprisonné par les forces de l’ordre chinoises, les manifestants se sont à nouveau rassemblés à Hong-Kong. Ils ont entamé l’hymne du mouvement anti-gouvernemental avant d’être dispersé par la police nationale pour “rassemblement de plus de huit personnes”. Les insurgés exposent que la bataille pour la démocratie est plus importante que les dernières mesures sanitaires dont profite la Chine pour mater la révolte.
  • Le terrorisme se rajoute à la fête au Niger : Le coronavirus ne semble pas suffisant pour certains groupes jihadistes du pays qui ont frappé trois villages proches de la frontière malienne. 20 civils ont perdus la vie, moins de 24h après la proclamation de l’état d’urgence dans la région. Une tuerie qui prend place au plein mois de ramadan au pays. Une preuve de plus que terroristes et musulmans n’ont rien en commun.
  • Jeter coûte moins cher que donner : Pommes de terre, fromages, bières sont désormais logés à la même enseigne, le surplus alimentaire guette le secteur. Les féculents ne sont plus exportés, les fromages sont délaissés et les bières ne sont plus écoulées par l’horeca. Et pourtant, aucun de ces produits ne devrait être distribué aux personnes dans le besoin. Pourquoi? Parce qu’avec les différentes primes, amendes et accords commerciaux, cela coûtera plus cher aux entreprises de les donner que de les jeter simplement. Et comme la période n’est pas propice aux pertes d’argent, le choix est vite fait. Même si il est moralement scandaleux.
  • Le confinement ne vaut pas pour l’Amazonie : Un peu comme la Chine, le gouvernement brésilien de Jair Bolsonaro entend profiter de la crise sanitaire pour passer sous silence ses décisions controversées. Alors que le monde se concentre uniquement sur l’épidémie, la déforestation en Amazonie brésilienne a atteint un nouveau pic lors des quatre premiers mois de l’année. Un indicateur d’autant plus inquiétant qu’il ne s’agit même pas de la période traditionnelle de la coupe. Depuis le début de l’année, 1200km2 de forêt (la moitié du territoire luxembourgeois) ont disparu. Dans le silence médiatique le plus profond.

3 Replies to “Revue de la semaine #32 : les vélos de la révolution, la fin des mutilations et un nouveau pic de pollution”

  1. Rappels très intéressants, de plusieurs sujets, qu’on oublie un peu, mais qui sont toujours bien réels, hélas !!!
    Y a pas que le Covid comme fléau !!!
    Merci de nous l’avoir rappelé !

  2. Votre journal continue à nous rappeler qu il n y a pas que le COVID 19 et que nous devons être vigilants à ce qui continue à se dérouler dans le monde.

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