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Après plusieurs années dans l’enseignement, Manon Lepomme est montée sur les planches pour devenir comédienne. Son passé scolaire, son nouveau métier, son amour pour la scène,… la pétillante Liégeoise a accepté de nous rencontrer. Interview.

Diplômée depuis 2011 en sciences politiques orientation relations internationales, Manon Lepomme s’est rapidement engagée en dehors de ses études. Après avoir travaillé au sein d’une ASBL pour le transport des personnes à mobilité réduite, elle devient professeure de langues dans sa région natale. Elle monte en parallèle sur les planches pour travailler sa répartie et son phrasé enfantin. Trois ans après s’être lancée dans l’enseignement, elle quitte le métier pour devenir comédienne à part entière. À 31 ans, elle s’est aujourd’hui faite une place exposée dans le monde de l’humour belge.

Professeure et comédienne, ce sont deux métiers très différents. Seraient-ils ce qu’on appelle le métier de raison et le métier de passion?

« L’enseignement était mon salaire et la scène mon plaisir. Quand j’ai commencé à jouer de plus en plus, j’ai compris qu’il fallait mettre de côté mon métier « classique » pour me consacrer pleinement à celui de comédienne. D’ailleurs, je n’ai jamais vraiment eu l’intention de faire carrière dans l’enseignement, même si j’adorais les élèves. Être en contact avec des jeunes a été très enrichissant. En fait, c’est tout le système qui me lourdait (sic) un peu. Mais maintenant, je gagne de l’argent en me faisant plaisir. Donc c’est encore mieux. »

« Tout est une question de réseau et pas forcément de talent ! »

 © comedieenile
Qu’avez-vous pu retirer de vos études au sein de votre nouvelle carrière artistique?

« Cela a forcément renforcé mon côté terre-à-terre et m’a probablement aidé à faire avancer ma carrière. Mes études universitaires m’ont également permis de prendre conscience du monde dans lequel on évolue. De plus, l’université m’a apporté un réseau professionnel qui m’a donné l’opportunité de me faire connaître un peu partout. Parce que tout est une question de réseau, et pas forcément de talent. Triste constat! »

Et c’est grâce à ce réseau que vous avez pu vous lancer pleinement en tant que comédienne. Est-ce le métier dont vous avez toujours rêvé?

« En effet, c’est le métier dont je rêve depuis toute petite. J’aimais déjà faire rire mes camarades de classe à l’âge de 6-7 ans. Mais même si j’ai toujours rêvé de pratiquer cette profession, on n’est pas conscient de tout ce qu’il faut faire comme sacrifices : horaire décalé, week-end consacrés au boulot, beaucoup de voyages, peu d’heures de sommeil, beaucoup de pression… C’est un métier de passion. »

« J’adore jouer, j’adore raconter des histoires »

© Laruelle
Vos trois années d’enseignement vous ont-elles inspiré pour créer votre nouveau spectacle Non, je n’irai pas chez le psy?

« Ces trois années d’enseignement m’ont vraiment permis d’être à l’écoute, à l’affût de tout ce qu’il se passe autour de moi. Néanmoins, il n’y a qu’un sketch de dix minutes (sur 1h40 de spectacle) qui en parle. L’enseignement était une étape dans ma carrière. Dans mon spectacle, j’évoque plein d’autres choses comme ma gourmandise maladive, mon coup de foudre dans un bus ou encore l’Alzheimer de mes grands-parents. Les spectateurs se seraient ennuyés si j’avais uniquement parlé d’enseignement. »

Beaucoup de comédiens expliquent que l’humour leur apporte une autre vision du monde. Le cliché de l’humour comme thérapie est-il aussi vrai pour vous?

« C’est souvent ce qu’on dit pour faire plaisir aux journalistes, oui (rires). En réalité, ce n’est pas vraiment le cas, il n’y a rien de bien thérapeutique là-dedans. Juste beaucoup de plaisir. Mes études et mon ancien métier m’ont cependant ouvert l’esprit et m’ont finalement pas mal servi, notamment au niveau de la culture générale. Pour ce qui est de l’humour, je me permets de rire de tout, et surtout de moi-même. J’ai tendance à y aller à fond avec un côté un peu rentre-dedans. »

« J’adorerais pratiquer le théâtre-action »

 © photo DR
Et si tout s’arrêtait que feriez-vous? Reviendriez-vous à votre première profession de prof d’anglais?

« Non, je ne pense pas. Avec mon métier actuel, j’ai développé un gros réseau professionnel et j’aurais d’autres opportunités pour évoluer professionnellement. J’aime beaucoup le théâtre qui vise à susciter la réflexion ou le changement, comme le théâtre-action. C’est un théâtre qui ne veut pas rester neutre et qui est à la croisée de l’art et du théâtre. Puis, c’est difficile de reprendre l’enseignement quand on a arrêté longtemps. En plus, je ne pratique plus beaucoup l’anglais et le néerlandais depuis 5 ans, ce serait malhonnête que de penser que je pourrais encore les enseigner. »

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