Temps de lecture : 5 minutes

Avant l’arrivée de la technologie, l’être humain puisait dans la nature les solutions à bon nombre de ses problèmes. À l’heure où la technologie a pris le pas sur la santé de notre planète, il est plus que temps de se tourner à nouveau vers les richesses naturelles, avant qu’il ne soit trop tard. Et le cactus en fait partie.

Emblème national du Mexique, le cactus a toujours trouvé preneur auprès de populations avides de ressources naturelles. Il est ainsi cultivé et décliné depuis la nuit des temps en de nombreux produits aux usages et vertus toujours plus nombreux. Originaire d’Amérique centrale, le nopal (ou figuier de Barbarie, l’espèce la plus répandue de cactus) fut ramené en Méditerranée par les Espagnols et a rapidement prospéré sur le Vieux Continent grâce à ses capacités d’adaptation aux climats les plus variés. On en retrouve aujourd’hui sur toute la pointe sud de l’Europe, en Afrique du Nord et en Afrique du Sud, en plus de sa région d’origine. Et si les Aztèques et autres populations pré-colombiennes en connaissaient parfaitement les bienfaits thérapeutiques, la médecine moderne ne découvre encore que les fondements.

Une plante multi-fonctions et multi-usages

Longtemps perdues dans les limbes des civilisations anciennes, les différentes connaissances sur le cactus sont aujourd’hui exploitées dans l’agro-alimentaire, la médecine alternative et la cosmétologie. Habitué à vivre en climats arides, il possède un organisme très particulier et propice au développement de la vie animale comme végétale. Autant de spécificités redécouvertes après plusieurs siècles d’oubli.

Particulièrement riches en nutriments, en fibres et en protéines, les cactus sont déshydratés après leur récolte pour servir de complément au fourrage. Outre leur rôle nourrissant, ils augmentent drastiquement la qualité des produits laitiers issus du lait des vaches qui les ingèrent. Les fleurs du figuier de Barbarie servent à la fabrication de miel et à l’élaboration de tisanes consommées pour le plaisir ou lors de traitements contre les douleurs rénales. Les tiges du cactus, également appelées « raquettes », peuvent être transformées en farine ou consommées comme un légume. Réduites en poudre, elles aident à la régulation du taux de sucre dans le sang et à la réduction du taux de cholestérol. En médecine alternative, elles sont prescrites contre le diabète. Les fruits représentent d’excellents antidiarrhéiques et son jus reste encore très employé dans la cuisine traditionnelle d’Amérique centrale.

Les propriétés cicatrisantes et réparatrices de l’huile de cactus étaient connues des Aztèques et ses vertus antioxydantes et hydratantes ont été scientifiquement démontrées depuis. Ses composants hypoglycémiantes, lipophiles et satiogènes sont utilisées dans le cadre de traitements des troubles de l’estomac et des intestins et contre l’obésité et l’artériosclérose. Elle est également employée pour soulager et purifier le corps en cas d’abus d’alcool. Extraite à partir de la fleur du nopal, elle est produite par une pression à froid des graines, très dures et relativement pauvres en huile (5% seulement). Il faut environ 30kg de graines (soit une tonne de fruits) pour produire un litre d’huile, ce qui explique son prix très élevé (900€/litre).

Le remplaçant naturel du plastique

Depuis début 2020, les sacs plastique à usage unique, les pailles et les articles jetables non-recyclables sont interdits dans la majorité des états mexicains. La capitale et mégalopole Mexico a rajouté les ballons à gonfler et tout objet contenant du plastique sur la liste des prohibés. Une dynamique liée au contexte climatique et à la dégradation progressive des espaces naturels du pays, mais aussi à une découverte révolutionnaire.

Après plusieurs années d’expérimentations et de tests, la chercheuse mexicaine Sandra Pascoe est parvenue à créer, à partir de jus du nopal, un matériau capable de remplacer le plastique. Mélangé à des additifs non-toxiques, il est coloré à l’aide de pigments naturels et permet de fabriquer des emballages jetables non-polluants. Pour ce faire, la petite ville de San Esteban, en banlieue de Guadalajara, a mis à sa disposition l’entièreté de sa récolte de nopals qui poussent en longues lignes droites de centaines de cactus chacune.

Le processus est prometteur mais la chercheuse ne s’emballe pas, l’objectif à court terme est de se concentrer sur des objets qui n’ont pas une longue durée de vie, et donc sur des emballages à usage unique. Il faudra encore trouver des partenaires puissants pour pérenniser et intensifier le projet. À partir de là, une fabrication à plus grande échelle et une diversification des produits sera envisagée. En attendant, Sandra Pascoe modère l’impact de son invention, elle ne sera « qu’une goutte d’eau » dans la lutte pour l’environnement : au vu de la lenteur du processus de transformation et de la petite échelle de l’entreprise, « il doit y avoir d’autres stratégies de recyclage » pour espérer des résultats probants. Actuellement, l’Amérique latine et les Caraïbes génèrent près de 10% des déchets produits dans le monde alors que 8.000.0000 de tonnes de plastique se retrouvent chaque année dans les océans.

L’espoir d’une eau potable mondiale

Le nopal produit des fruits comestibles, ses piquants en font une clôture naturelle efficace pour le bétails et il supporte sans grande difficulté les climats les plus arides. Et surtout, ses raquettes renferment une substance capable d’éliminer les impuretés et la quasi entièreté des bactéries présentes dans l’eau (98% d’élimination). Outre la déclinaison de produits qui en découlent, la culture du cactus constitue une solution écologique durable pour les régions où elle se développe : en plus d’aider à l’élimination de polluants en sa fonction de floculant naturel, il permet aux sols de gagner en maintien et de diminuer le désensablement des rivages. Très riches en eau, les cactus constituent enfin une réserve pour les sols asséchés.

Une aubaine pour les pays en voie de développement et leurs problèmes récurrents d’accès à l’eau potable. L’accès à l’eau potable est un enjeu sanitaire majeur puisque près d’un milliard de personnes n’y ont pas accès dans ces pays et que huit millions de personnes meurent chaque année des maladies propagées par l’eau (soit autant que les tonnes de plastique rejetées dans les océans). Des populations fragiles qui pourraient profiter des raquettes du cactus pour en extraire le jus, très efficace pour soulager et renforcer le système immunitaire. Grâce à ses nombreuses propriétés, le nopal s’érige comme le meilleur accès rapport qualité-prix à l’eau potable et au renforcement de l’immunité pour les pays en voie de développement.

Médecine, agriculture, écologie, potabilisation de l’eau,… les bienfaits de la culture et de la récolte du cactus ne manquent pas et commencent enfin à (re)faire parler d’eux. Essentiels et chéris par les populations pré-colombiennes, les nopals ne sont longtemps restés que de vulgaires objets de décoration ou d’exotisme pour le monde occidental moderne. Mais à mesure que leurs propriétés sont (re)découvertes, ils s’imposent comme une réponse efficace à bon nombre de problèmes actuels tels que les changements climatiques, la sur-pollution plastique, et le manque d’eau potable. Plante d’avenir, le cactus parviendra-t-il à faire changer la face de la planète?

2 Replies to “Les cactus peuvent-ils sauver le monde?”

  1. Une lueur d espoir à associer avec une diminution drastique des emballages (je dirais même sursuremballages).

Laisser un commentaire