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En football, c’est bien connu : la vérité d’un jour n’est pas forcément celle du lendemain. Un adage particulièrement connu à Paderborn, promu en Bundesliga la saison dernière, qui a connu sept promotions/relégations en huit saisons. Découverte d’un club hors-du-commun, entre élite allemande et sauvetage administratif.

Dès le départ, l’histoire du SC Paderborn 07 était faite pour être contée. Parce qu’elle fut loin d’être un long fleuve tranquille. Bien avant son inconstance actuelle, le club est intimement liée à la notion des fusions. En 1907, le SV 07 Neuhaus voit le jour en Rhénanie-du-Nord-Westphalie et devient le TuS Schloß Neuhaus en 1973 suite à sa fusion avec l’autre club local du TuS 1910 Sennelager. De son côté, le FC Preußen Paderborn est mis sur pied en 1908 avant d’être renommé VFJ 08 Paderborn douze ans plus tard. En 1968, il fusionne avec le club local du SV 13 Paderborn pour former le FC Paderborn. Le TuS Paderborn-Neuhaus est ensuite formé suite à la fusion du FC Paderborn et du TuS Schloß Neuhaus en 1985 avant d’adopter son nom actuel, plus court, en 1997.

Près de cent ans après sa création, le SC Paderborn 07 décroche enfin le statut professionnel en 2005. C’est une véritable consécration pour ce petit club d’une région surpeuplée d’équipes du sommet. Il est en effet difficile d’exister quand vos voisins se nomment Borussia Dortmund, Schalke 04, Bayer Leverkusen et Borussia Mönchengladbach (sans oublier les historiques Fortuna Düsseldorf, 1. FC Köln et Eintracht Frankfurt). Mais le club en veut plus, et son ambition sera récompensée. Le 11 mai 2014, Paderborn s’impose 2-1 contre Aalen et conforte sa deuxième place au classement. Grâce à cette victoire, l’équipe décroche sa promotion pour la Bundesliga pour la première fois de son histoire en terminant derrière le 1. FC Köln. La liesse n’en finit plus.

Du rêve au cauchemar sans aucune transition

© Bernd König

Pour sa première présence au sein de l’élite du football allemand, Paderborn vit un rêve éveillé : après quatre journées, le club trône en tête de l’élite nationale avec le maximum de points. Les supporters se mettent à y croire, après tout pourquoi pas eux? À la trêve hivernale, les Paderbornois tiennent encore la dragée haute et végètent dans le ventre mou du classement. Mais la deuxième partie de la saison est désastreuse et l’équipe ne parvient pas à sortir d’une situation de plus en plus catastrophique. Le club échoue finalement à la 18ème et dernière place de Bundesliga, à quatre points seulement du barragiste Hamburger SV. Retour en seconde division. Le club rhénan a goûté à l’ivresse du haut niveau et rêve de remontée immédiate. Mais rien ne se passe comme prévu.

Présenté comme l’un des favoris légitimes à la promotion, Paderborn passe complètement à côté de sa saison 2015-2016 et termine à nouveau à la 18ème place de son championnat, avec seulement six victoires. C’est la deuxième année consécutive que le club est lanterne rouge. Direction la 3.Liga. La saison suivante est encore pire : malgré le recrutement de Stefan Effenberg pour relancer un groupe en perdition, Paderborn atteint pour la troisième fois consécutive (dans trois championnats différents) la 18ème place et doit à nouveau être relégué.

Le miracle de Munich et le retour en grâce

© Bundesliga

Mais au moment où le club doit abandonner le statut professionnel qu’il détient depuis plus de dix ans, une catastrophe se produit à l’autre bout du pays et se transforme en miracle en Rhénanie. L’historique club du TSV 1860 München, actif en 2.Bundesliga (soit un échelon au-dessus de Paderborn), perd son barrage de maintien et glisse en 3.Liga. Mais il n’obtient pas la licence professionnelle et est relégué en Regionalliga (échelon amateur) à la place du 18ème de 3.Liga. Parderborn est miraculeusement empêché de descendre et se maintient administrativement au troisième étage du football allemand.

Steffen Baumgart reprend alors le flambeau d’Effenberg et transforme l’équipe : auteurs d’un inattendu redressement sportif, les Paderbornois termine la saison à la deuxième place (une nouvelle fois) et sont promus en 2.Bundesliga. Cette même année, ils atteignent les quarts de finale de la Pokal DFB, la Coupe d’Allemagne, où ils sont éliminés par l’ogre munichois du Bayern. C’est la meilleure performance de l’histoire pour un club de 3.Liga. Et le conte de fées ne s’arrête pas.

Pour la saison 2018-2019, la 2. Bundesliga place le 1. FC Köln et Hamburger SV, tous deux relégués la saison précédente, comme favoris clairs à la promotion à l’élite allemande. Les Boucs répondent à l’attente en s’adjugeant le trône de leader mais Le Dinosaure se laisse surprendre en toute fin de saison par l’étonnant SC Paderborn 07 qui le coiffe sur le poteau. À peine établi, le club rhénan est donc à nouveau promu. Plus symbolique encore, il s’adjuge à nouveau la seconde place du classement en devançant l’Union Berlin à la différence de buts. Une place acquise une nouvelle fois derrière le 1. FC Köln, comme lors de sa précédente ascension à la Bundesliga.

Un miracle n’opère malheureusement pas deux fois

© Spiegel

Lors de sa remontée en Bundesliga, le club s’affirme comme une équipe ouvertement offensive. Avec 76 buts inscrits en 34 matchs, il représente la deuxième meilleure attaque de la division derrière le leader du 1. FC Köln, dans un 4-4-2 tourné vers l’avant. Malgré l’intérêt des grands, le club parvient à garder ses meilleurs joueurs et aborde la saison avec ambition. Après un début de campagne catastrophique, l’équipe se relève en fin de première partie de saison et termine l’année 2019 sur un bilan de 7/12 (n’étant battue que par le leader d’époque, le Borussia Mönchengladbach). Mais la trêve hivernale vient briser l’élan du club : il perd deux de ses principaux artificiers et ne remporte plus un seul match après le 25 janvier (victoire 0-2 au SC Freiburg). Avec un bilan de 5 points sur 39 en 2020, impossible de se sauver.

Le club s’inscrit même, indirectement, dans l’histoire de la première division allemande de manière négative avec le record de cartons jaunes pris par un joueur sur une saison de Bundesliga. Lors de la 31ème journée contre le Werder Bremen, le médian international albanais Klaus Gjasula a écopé de son 17ème bristol, un triste record. Il a amélioré les 16 cartons du Polonais de Duisburg Tomasz Hajto établis lors de la saison 1998-1999. Le tout sans jamais avoir été exclu. Il faut dire que c’est un habitué de la discipline puisqu’il a collectionné respectivement douze, quinze et encore douze avertissements lors des trois saisons précédentes.

Après plusieurs années de galère, le SC Paderborn 07 avait hâte de se mesurer à nouveau au gratin allemand, avec l’objectif de se maintenir dans l’élite du pays. Mais comme l’histoire se veut cyclique, le club rhénan est officiellement relégué à deux journées de la fin. Et terminera une nouvelle fois à la 18ème place. Si les supporters allemands sont tant attachés à la tradition dans le football, les fans paderbornois espèrent plus que tout au monde que celle qui entoure leur club prenne fin. Car avec cette nouvelle relégation, le club va connaître son 7ème championnat en 8 saisons, record national. En espérant éviter une nouvelle descente aux enfers.

2 Replies to “À nouveau relégué, voici l’histoire folle du SC Paderborn 07”

  1. A tous les coups que le Président du club est également responsable d’une société fabriquant des ascenseurs… C’est un merveilleux coup de pub en fait, bravo.

  2. Histoire parallèle au foot amusante à lire même pour un non amateur de foot. Bien joué 👍🏻

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