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Longtemps fantasmée, l’existence d’un univers inversé semblait actée à lire une partie des médias en début de mois de mai. Un peu plus d’un mois et demi plus tard, le soufflet est fortement retombé. Qu’a-t-on réellement découvert en Antarctique?

Début mai 2020, les journaux occidentaux s’emballent : on a découvert la preuve de l’existence d’un univers parallèle au nôtre, où le temps s’écoulerait à l’envers. Peu de subjonctif, pas de guillemets, aucune retenue, mais beaucoup de sensationnalisme. La promesse était belle. Trop belle. Car certes, les interrogations sont bel et bien présentes et les anomalies intriguent, mais cela ne va pas plus loin. Au final, toute cette médiatisation ne fut que la plus radicale et aventureuse des hypothèses. La preuve aussi que beaucoup de journalistes ne savent pas de quoi ils parlent.

Étudier les neutrinos sur le Continent blanc

L’Antarctique ou Continent blanc, moins transparent que prévu

Tout part du projet Anita, pour Antarctic Impulsive Transient Antenna. Un projet financé par la NASA qui vise à collecter de nouvelles informations sur l’origine des rayons cosmiques. Depuis 2006, un ballon bardé d’antennes radio est envoyé survoler l’Antarctique à 37.000km d’altitude à la recherche de neutrinos, des particules provenant de l’Univers lointain. Pour les détecter, il faut retrouver les ondes radio émises lors de leurs interactions avec la surface de la Terre. Or, seules des matières telles que le sel ou la glace sont suffisamment transparentes pour que l’on puisse les y percevoir. Voilà pourquoi le projet est développé sur le Continent blanc.

Les neutrinos sont des particules subatomiques (et l’une des plus abondantes de l’Univers) qui ont, dans un premier temps, été formés dans la première seconde de l’univers primitif, juste après le Big Bang. Mais ils ne datent pas tous du Commencement et sont, depuis, produits en continu au sein des réactions nucléaires des étoiles, de l’explosion de celles-ci ou même dans les réactions nucléaires sur Terre. La plupart du temps, ce sont des particules fondamentales dites « fantomatiques » au sens où, interagissant à peine avec la matière, elles traversent tout objet sur leur chemin. Ce qui les rend extrêmement difficile à détecter. Mais il arrive que certains neutrinos, particulièrement chargés en énergie, parviennent à interagir avec de la matière. De cette collision naissent des particules secondaires, qui peuvent être détectées grâce à l’impact de contact. C’est ce deuxième type de neutrinos que le projet Anita tente de retrouver en Antarctique. Or, les anomalies retrouvées sur place ne peuvent provenir de l’explosion de corps célestes puisqu’aucune n’a pu être détectée dans la période concernée.

Des conclusions hâtives à grands coups de raccourcis

Big Bang à double entrée, la genèse de la théorie de l’antivers

En analysant les données récoltées par le ballon, les scientifiques du projet Anita ont constaté que les rayons cosmiques ne se reflétaient pas toujours dans la glace. À de très rares occasions, ils provenaient de la glace elle-même, comme si ils sortaient directement des entrailles de la Terre. Ils ont alors tenté de comprendre ces anomalies avant de publier leurs premières observations en 2016 et de petit-à-petit perdre le contrôle de l’engouement.

Dès mai 2018, des chercheurs de l’Université de New York postulent de la « preuve » de l’existence d’un univers inversé : comme les particules ne peuvent pas avoir « traversé » la Terre et qu’elles semblent en surgir, ce serait parce qu’elles remontent le temps. Et pour cela, il faut qu’elles évoluent dans un univers parallèle inversé, l’antivers. C’est cette hypothèse qui a été rendue publique dans le magazine New Scientist en avril 2020. Les médias et journalistes avares de sensationnalisme s’en sont alors emparée, l’ont affirmée comme preuve tangible et scientifique et l’information a fait le tour des médias occidentaux qui n’ont fait que suivre le mouvement.

Une position scientifique loin d’être aussi enthousiaste

Nébuleuse d’Orion, aussi nébuleuse que les théories avancées

Responsable de la mission Anita, Peter Gorham tient cependant à remettre les choses au clair : « Nous n’avons jamais parlé d’univers parallèle, c’est un journaliste qui l’a interprété et nous y a lié. Nous n’avons même rien à voir avec le développement de cette idée. Nous avons rencontré un petit nombre d’anomalies et, après avoir exploré toutes les pistes du modèle standard de la physique, il a été question d’examiner d’autres idées qui en repoussent les limites. Mais nous n’en sommes pas encore arrivé au point où les univers parallèles devraient exister, loin de là. »

Les chercheurs d’Anita et les responsables qualifiés de la NASA privilégient à l’heure actuelle l’hypothèse qui voudrait que les particules soient passées au travers de la Terre. Ce qui serait déjà une révolution de nos connaissance et compréhension de la physique. Une autre hypothèse largement partagée avancerait que ce serait la calotte glaciaire qui produirait directement des neutrinos. Il faut également rappeler que l’existence d’un univers inversé n’est pas une théorie nouvelle apparue avec la détection de ces anomalies. L’idée d’un univers d’antimatière en expansion depuis le Big Bang (en version opposée) est un modèle cosmologique spéculatif répandu dans le milieu. Cette étrange trouvaille était donc l’appât rêvé pour tous ses théoriciens prêts à sauter le pas de l’exigence scientifique.

Brouillard cosmique, aussi épais que notre compréhension des « anomalies d’Anita »

Mais alors que penser de cette découverte qui semble repousser les limites du modèle de la physique que nous pensions avoir clôturées? En fait, les rapports et conclusions hâtives tirées des « anomalies d’Anita » ne sont pas entièrement fausses, dans le sens où ils ne réfutent pas la théorie de l’antivers. Mais ils ne le prouvent pas non plus, loin de là. Et oser faire ce rapprochement plus qu’hasardeux est une faiblesse intellectuelle et sophistique grave, surtout en science. Alors, avouons le simplement : on n’en sait rien. Nous faisons face à une trouvaille qui explosent des frontières que nous estimions infranchissables. Alors, avec l’humilité nécessaire, osons dire que nous avançons dans l’inconnu et attendons de voir. Les découvertes scientifiques et notre connaissance du monde ne se sont pas faites en un jour, et encore mois en un article sensationnaliste.

3 Replies to “La vérité sur l’univers inversé « découvert » en Antarctique”

  1. Article intéressant et qui démontre si besoin était qu à l heure actuelle sue beaucoup de choses sont avancées sans le recul nécessaire. Il faut donner avant tout une info même si elle n est pas complètement vérifiée et sûre. Nous avons pu le constater avec cette crise du COVID-19.

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