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Si la montée des eaux est un concept aujourd’hui connu de tous, il reste difficile à percevoir dans nos pays occidentaux largement épargnés. Mais la situation devient urgentissime pour de nombreux territoires lointains. Au milieu du Pacifique, Kiribati s’enfonce sous les eaux.

Le principe de montée des eaux a cela de cynique qu’il est principalement créé par des pays que cela ne concerne pas, et que les pays les plus touchés n’y participent (presque) pas. Frappées de plein fouet par les conséquences du réchauffement climatique, les 33 îles des Kiribati font partie de ces territoires qui subissent une lente catastrophe qu’ils n’ont jamais provoquée. Loin de l’image des paradisiaques plages de sable fin et rangées de cocotiers, le coeur de l’île ne cesse de suffoquer.

Bâties sur la mer, les fondations de l’archipel sont extrêmement fragiles et exposées aux modifications climatiques. D’autant plus que les matériaux utilisés ne relèvent pas d’une grande solidité : bois, sable et corail dont l’exploitation altère inexorablement la santé déjà précaire des récifs coralliens. Et ce ne sont pas la construction d’hôtels et de routes ni les digues mal conçues qui viennent à la rescousse des villages établis sur des atolls instables. Au contraire. Cette addition de fragilités pourrait amener des conséquences tragiques puisque les Kiribati pourraient tout simplement être rayées de la carte. Des zones entières de l’archipel, qui compte une trentaine d’atolls coralliens dont la plupart dépassent à peine le niveau de l’eau, ont déjà été envahies par l’océan. Et le phénomène pourrait encore s’aggraver considérablement dans les années à venir. De quoi forcer les 110.000 âmes de Gilbertins (habitants des Kiribati, archipel anciennement nommé « Îles Gilbert ») à quitter le territoire.

Des solutions qui se heurtent à la pauvreté

© AFP

Le gouvernement des Kiribati a déjà tenté pas mal de choses pour sauver sa population. Les projets les plus fous ont été imaginés et d’autres sont en cours de réalisation : la construction d’îles artificielles pouvant accueillir jusqu’à 30.000 personnes est à l’étude mais l’opération s’avère extrêmement coûteuse, une tare pour la faible économie gilbertine. La construction de digues devait permettre à l’archipel de reprendre son souffle mais les premières opérations du genre ont participé à l’accélération de la dégradation des atolls.

Près de onze millions de cocotiers et palmiers poussent sur les terres des Kiribati et recouvrent de multiples usages culinaires (boissons, mélasse, alcool de palme), de construction (vannerie, toitures, meubles) et d’habillage. Mais malgré ce marché qui permet à la population de survivre, l’existence reste très rude en plein Pacifique. Des études gouvernementales ont révélé que plus de 60% de la population vivait sous le seuil de pauvreté et que seulement 27.000 personnes sur 40.000 en âge de travailler peuvent jouir d’un boulot. L’état de santé publique est, de plus, plus qu’alarmant. Une situation complexe qui a d’ailleurs déjà poussé le président de l’archipel à encourager la migration d’une partie de la population.

Une disparition remise en cause, des problèmes toujours aussi nombreux

© Charly W. Karl

Pendant des années, l’ex-président Anote Tong a tiré la sonnette d’alarme à propos de la situation critique de son pays, avertissant que les Gilbertins seraient bientôt dans l’obligation d’abandonner leur patrie. Mais les chercheurs qui étudient ces îles estiment que la situation ne serait finalement pas si critique qu’annoncée. Ce n’est pas une simple histoire de montée des mers qui avalerait des îles basses et certains contestent même que les Kiribati ne deviennent l’Atlantide moderne. En fait, alors que certaines îles s’enfoncent sous les eaux, d’autres ont gagné du terrain au cours des dernières décennies en capturant les sédiments des récifs coralliens environnants. L’archipel pourrait ainsi échapper à la disparition.

Mais si les Kiribati ne se noient pas dans un avenir proche, sa population reste dans le besoin urgent d’établir une stratégie de sortie. La pauvreté, le surpeuplement et le manque d’assainissement des eaux représentent tous des dangers plus importants et imminents que la montée des mers : les ressources des atolls s’épuisent inexorablement, en particulier l’approvisionnement vital en eau douce. Les habitudes de la population gilbertine de modifier le littoral et de supprimer les protections côtières doivent se réduire si ils veulent arrêter d’amplifier les impacts des océans gonflés. Sans quoi, ils laisseront leurs villages plus exposés encore aux inondations.

Dans l’ouest du Pacifique, où la montée des eaux est plus rapide qu’ailleurs, huit petites îles ont récemment disparu du globe, emportées par les eaux. Une tendance à la hausse qui devrait se conforter dans les années à venir. Cela donne un morose aperçu de ce qu’il va advenir des territoires situés aux plus basses altitudes dans le monde. Il existe cependant un espoir. Certaines îles semblent résister à l’érosion de leurs sols et ne s’enfoncent pas sous les flots. Chacune d’entre elles est entourée de mangroves. Si la corrélation se confirme, les Kiribati auront peut-être trouvé leur salut.

Vues d’Occident, les Kiribati ont souvent été dépeintes comme un paradis de sable blanc et de lagons turquoises, comme un véritable petit jardin d’Éden. Mais à y regarder de plus près, l’archipel ressemble aussi à un enfer. Un enfer immergé, perdu en plein milieu du Pacifique, condamnant ses habitants à migrer pour survivre aux dérèglements climatiques.

3 Replies to “Kiribati, un archipel en sursis”

  1. Souvent beauté et pauvreté vont de paire… Contre la montée des eaux, il y a quand même peu de choses à faire malheureusement surtout au milieu de l’océan. Bien l’article.

  2. Article intéressant qui prouve qu il est temps de se mettre en marche pour sauver notre belle planète

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