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Ce 24 juillet, les Jeux Olympiques de Tokyo 2020 devaient donner leur coup d’envoi. Mais c’était sans compter sur la pandémie de coronavirus qui s’est propagée au monde entier. Pourtant, ce n’est pas la première fois que les Jeux ne respectent pas leurs promesses. Voici l’histoire des Olympiades annulées!

Vendredi 24 juillet 2020. Comment mieux entamer un week-end qu’avec le lancement des 32ème Jeux Olympiques de l’ère moderne? C’était le rendez-vous que tout le monde attendait depuis quatre ans. Mais le date tant attendu est post-posé. Les Jeux de Tokyo 2020 sont reportés à une date ultérieure à cause d’un virus venu de la Chine voisine. Et la rencontre pourrait même ne jamais avoir lieu. Selon le Comité International Olympique (CIO), les JO ne peuvent pas être reprogrammés après l’été 2021, sinon ils seront tout bonnement annulés. Une récente étude nationale rapporte également que la grande majorité des Japonais refusent la tenue des Jeux si un vaccin contre le Covid-19 n’est pas trouvé d’ici là.

Une épée de Damocles au-dessus de la tête des organisateurs qui craignent une catastrophe imminente. En attendant que la décision définitive ne tombe, Tokyo 2020 restent les premiers de l’histoire à être reportés. Par contre, l’événement sportif par excellence n’en serait pas à sa première annulation. Tour d’horizon des Olympiades maudites.

Berlin, 1916 : Première préoccupation mondiale

Parade pour l’ouverture du Deutsche Stadion en 1913

Après Athènes, Paris, Saint-Louis, Londres et Stockholm, la capitale allemande devait être la sixième ville hôte des Jeux Olympiques modernes. La Ville Grise avait pris le meilleur sur Alexandrie, Amsterdam, Bruxelles, Budapest et Cleveland avec une candidature plus solide. Il faut dire qu’elle avait mis les petits plats dans les grands. Le Deutsche Stadion, une enceinte impressionnante de 33.000 places, avait ainsi été érigée pour l’occasion. Elle devait servir de pièce maîtresses aux Jeux.

Mais en 1914, les tensions, palpables depuis plusieurs années, entre les grandes nations européennes éclatent. C’est le début de la Première guerre mondiale. Pourtant, l’Empire allemand poursuit les préparatifs des Olympiades. Il faut dire qu’à l’époque, personne ne voyait le conflit durer encore deux ans. Malheureusement, la Grande guerre s’étalera jusqu’en 1918 et obligera les organisateurs à prendre une décision forte : annuler les Jeux pour la première fois de l’histoire.

Vingt ans plus tard, Adolf Hitler est au pouvoir du IIIème Reich, la version 1936 de l’Empire allemand. Désireux de faire des Jeux berlinois la vitrine de son régime, il fait détruire le stade de la capitale pour en construire un flambant neuf, à la gloire de l’Allemagne nazie. Ces Jeux Olympiques sont restés tristement célèbres pour avoir servi de propagande aux théories eugénistes nazies.

Tokyo, 1940 : la malédiction japonaise ?

© Edo-Tokyo Museum

La malédiction s’est-elle abattue sur le Pays du Soleil levant? C’est en tout cas la deuxième fois déjà que les Jeux tokyoïtes sont pris à partie par les coups du sort. En devançant Barcelona, Helsinki et Rome, la capitale nippone devait succéder aux honteux Jeux nazis. Elle serait devenue, par la même occasion, la première ville non-occidentale à organiser les Jeux modernes. Mais cette fois, même les préparatifs sont tombés à l’eau. Trois ans avant l’ouverture théorique des Jeux, les armées japonaises et chinoises se préparent. En 1937, la seconde guerre sino-japonaise éclate. Les JO ne peuvent avoir lieu.

Pris de court, le CIO retombe rapidement sur ses pattes. L’annulation tombe trois ans avant les Jeux, il est toujours possible de les relocaliser. C’est Helsinki, candidate battue en finale par la capitale nippone, qui hérite de la responsabilité. Mais l’événement semblait maudit. En septembre 1939, l’Allemagne envahit la Pologne et les tensions ressurgissent en Europe. En 1940, la Seconde guerre mondiale commence officiellement et Tokyo devra attendre 1964 pour enfin organiser ses premiers Jeux d’été. En 1972, ce sont les Jeux Olympiques d’hiver qui y posent leur camp de base.

Londres, 1944 : en plein coeur du conflit

Affiche des Jeux Olympiques de 1948 réattribués à Londres

L’édition 1944 devait prendre place dans les rues londoniennes mais les troubles n’en ont pas encore fini. La Seconde guerre mondiale est en train de tourner, mais il lui faudra encore un an pour prendre fin. Les Jeux auraient du quitter Londres, mais ils se sont accrochés. Candidate victorieuse devant Athènes, Budapest, Détroit, Helsinki, Lausanne, Montréal et Rome, la capitale britannique se voit offrir une fleur : les Jeux Olympiques 1948 lui sont attribués.

Ils prennent place dans des conditions d’austérité sans précédent. Et alors que la ville panse encore les blessures sanglantes de la guerre terminées trois ans plus tôt, ces Jeux revêtissent une importance toute particulière. Parce que ce sont les premiers depuis douze ans, parce qu’ils représentent le retour de la paix mondiale surtout. En 2012, la capitale britannique est devenue la première ville à accueillir trois fois les Jeux Olympiques, après 1908 et 1948.

Tout le monde ne fut cependant pas logé à la même enseigne que la grande Londres. La petite ville italienne de Cortina d’Ampezzo, qui devait s’occuper de l’édition d’hiver de 1944, ne soit voit pas réattribuer son dû. Ces Jeux n’auront jamais lieu et il faudra douze longues années avant qu’elle puisse accueillir la plus grande compétition sportive.

Boycotts, attentats… les Jeux Olympiques chamboulés

Sans aller jusqu’à une annulation ou un report, d’autres Jeux ont connu des moments difficiles. En 1972, Munich devient le théâtre d’une tragédie sanglante. Le 5 septembre, le groupe terroriste palestinien Septembre Noir prend en otages onze membres de la délégation israélienne, avant de les exécuter en même temps qu’un policier Ouest-allemand. Malgré la violence de l’événement, l’organisation suit son cours puisqu’après 34h de suspension et une cérémonie à la mémoire des victimes, les compétitions reprennent. Seuls manquants à l’appel, les membres survivants de la délégation israélienne qui se sont retirés.

En 1980, ce sont les Jeux de Moscou qui connaissent des secousses. La Guerre froide en a encore pour quelques années mais les tensions se sont largement apaisées. La période de désescalade a commencé. Cette édition est pourtant boycottée par une cinquantaine de nations à la suite de l’invasion de l’Afghanistan par l’Union Soviétique en 1979. En réponse à ce qu’ils considèrent comme un affront, les Soviétiques (et treize autres nations du Bloc de l’Est, plus ou moins forcées) font de même et refusent de rejoindre Los Angeles en 1984.

Enfin, lors des Jeux de 1996 à Atlanta, une bombe explose dans le parc olympique du Centenaire le 7 juillet. Deux personnes sont tuées et 111 blessées. L’attentat aurait pu être bien plus meurtrier si l’agent de sécurité Richard Jewell n’avait pas découvert l’explosif. D’abord considéré comme un héros, il devient ensuite le suspect numéro un de l’affaire et subit une pression médiatique et policière abusive. Cardiaque, il en ressort fragilisé et meurt onze ans plus tard d’un AVC. Le film Le cas Richard Jewell, sorti en 2019 et réalisé par Clint Eastwood, lui rend hommage en revenant sur les faits. Malgré l’attentat, les Jeux d’Atlanta ne sont pas annulés.

Le report des Jeux Olympiques de Tokyo 2020 n’est pas la première embuche dans l’histoire des Jeux modernes. Mais jusque là, seules les guerres avaient eu raison de la plus grande compétition sportive. Qu’ils soient finalement joués ou annulés, ces Jeux tokyoïtes resteront à jamais gravés dans les mémoires. Parce qu’ils auront été les premiers à avoir été impactés en temps de paix.

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