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Comme chaque année, la fin de l’été coïncide avec la saison des incendies aux États-Unis. Si les feux sont récurrents à cette période, ils sont néanmoins de plus en plus violents. Le réchauffement climatique est évidemment lié, mais il n’est pas le seul à incriminer. Explications.

Depuis plusieurs semaines, la Californie, l’Oregon et l’État de Washington sont en proie à pléthore d’incendies gargantuesques, tous plus dévastateurs les uns que les autres. Le ciel rougit, le souffre emplit l’air, les flammes n’épargnent rien. Des terres, des forêts entières et même des maisons ont été réduites en cendres ces derniers jours, sans que personne ne puisse réellement y mettre un terme. Et chaque saison s’annonce toujours plus destructrice que la précédente. Si les causes de ces brasiers sont nombreuses, les experts viennent de déceler une constante commune. Et est-ce vraiment une surprise?

Un dénominateur commun : l’activité humaine

Comme souvent, on retrouve parmi les causes d’un dérèglement naturel la bonne vieille trace de l’être humain. Et aux États-Unis, son impact sur les incendies annuels est multiple. La première et principale raison, parce qu’elle induit presque toutes les suivantes, est la volonté de plus en plus marquée chez l’Oncle Sam de s’éloigner des villes et de s’isoler toujours davantage. Or, pour ce faire, il faut de la place, et il n’y en a pas toujours. Et la première idée dans l’esprit de l’homme, c’est de retirer ce qui est déjà sur place. Le retour américain à la campagne se caractérise donc par la coupe « généreuse » des grandes végétations, les médiateurs de l’équilibre des milieux naturels.

Le problème, c’est que supprimer les grandes végétations, ça ne donne qu’un terrain nu autour des habitations. En lieu et place des grands arbres, on retrouve donc désormais de petits buissons et arbrisseaux par dizaines autour des nouvelles maisons. Sauf que ce type de feuillages est bien plus inflammable et, par sa forte présence, constitue un relais presque parfait pour tout départ de feu. L’autre inconvénient à cet isolement des habitations, c’est la couverture réseau. Il faut toujours plus de câbles, plus longs et plus gros, mais toujours aussi mal entretenus. Cette négligence est la deuxième cause de départs de feux aux États-Unis, après les incendies naturels eux-mêmes. De par la modification des milieux naturels, le retour américain à la campagne déséquilibre même également les stratégies de Dame Nature : les barrières naturelles de conduction de feux sont supprimées, et très mal replacées.

Et quand l’activité humaine se combine à des conditions climatiques détériorées, l’inévitable se produit. D’après les autorités fédérales, les températures élevées et les rafales de vents maritimes, boostées par les récentes vagues de chaleur et la sécheresse liées au réchauffement climatique, ont permis aux incendies d’atteindre leur importance actuelle. Et la région n’a pas joué de chance : la foudre, tombée lors d’un orage, a bouté plusieurs feux et un feu d’artifice, lancé lors d’une fête de révélation du sexe d’un bébé, a également été mis en cause par les autorités californiennes.

Un triste record déjà atteint

Une colonne d’incendies dans l’Ouest américain © Josh Edelson – AFP

La saison des feux américains n’est pas encore finie que les records ne cessent de tomber. Le Département californien des forêts et de la protection contre les incendies vient de nommer la période actuelle : August Complex. Comme son nom l’indique, il s’agit d’une combinaison de 37 feux qui ravage actuellement l’État. Tout en lui attribuant un nom, l’organisation a placé le brasier en tête des plus grands feux de l’histoire de l’État doré.

Le mardi 8 septembre, le record de surface brûlée en un an en Californie a été battu avec 1,25 millions d’hectares partis en fumée. Le précédent plafond datait de 1987 avec 800.000 hectares envolés sur toute l’année. Et les chiffres de 2020 vont empirer : August Complex n’est contenu qu’à 24% et pourrait encore s’amplifier davantage. Dans l’Oregon, 500.000 personnes (10% de l’État) ont reçu l’ordre d’évacuer leur domicile ou de se préparer à une évacuation. Malgré sa démesure, August Complex n’a cependant fait que 12 victimes.

San Francisco voit rouge

Le Golden Gate sous une brume orangée © Brittany Hosea-Small – AFP

Le 9 septembre, la Ville sur la baie et ses habitants se sont éveillés dans un décor apocalyptique : la ville, ses eaux et son ciel étaient plongés dans une étrange et inquiétante brume orange. Pendant plusieurs jours, les Franciscanais et le reste du monde n’ont jamais aussi bien vu l’emblématique Golden Gate porter si parfaitement son nom. Une atmosphère digne de Blade Runner ou de la planète Mars elle-même qui en a fasciné plus d’un. Pourtant, si la situation a offert des clichés plus fantastiques et magnifiques les uns que les autres, la réalité sous-jacente est préoccupante. Cette brume orangée provient directement des incendies californiens et contient toutes les particules que le vent a emporté.

C’est d’ailleurs ce qui lui vaut cette aspect cuivré. La lumière du Soleil est blanche et interagit avec les particules lorsqu’elle pénètre l’atmosphère, les plus petites particules (et donc longueurs d’onde) favorisant sa diffusion. Et comme les longueurs d’onde les plus courtes correspondent au bleu, le ciel de la Terre nous apparaît généralement comme bleu. Mais les incendies californiens chargent l’air de particules bien plus imposantes, dont la longueur d’onde correspondent au rouge ou à l’orange. En traversant les nuages de cendres générés par les feux, la lumière blanche du Soleil abandonne sa « couleur » bleue pour épouser des teintes rouges-orangées. Aussi beau que cela puisse être, le ciel de San Francisco annonce une pollution de l’air saturée et de graves risques pour la santé.

Depuis plusieurs mois maintenant, bien avant que les médias n’en parlent et que les clichés d’ocre ne fassent le tour d’Internet, les incendies annuels ravagent l’Ouest des États-Unis. Plus violents que jamais, ils laissent derrière eux des États consumés, avec un risque certain d’aggravation. Différents groupes d’experts ont récemment pointer du doigt la responsabilité évidente de l’activité humaine dans la démesure actuelle des feux américains. Mais le président, plus climato-sceptique que jamais, préfère rejeter la responsabilité sur les autorités respectives des États saccagés. De là, comment imaginer un changement à venir?

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