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« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » : cet aphorisme de Lavoisier prend tout son sens en écologie. Faire pousser ses légumes à l’infini et sans matériel, voilà ce que nous propose la multiplication végétative. Une technique au nom complexe qui se veut pourtant simple et économique. Découverte.

En botanique, la multiplication végétative (ou biogénèse végétale pour les intimes) est une sorte de reproduction asexuée qui permet d’obtenir un nouvel organisme, clone de l’individu initial. Les modes de multiplication sans sexualité sont très divers. La plus répandue est la fragmentation de l’individu (fraisier, pomme de terre,…), une intervention de l’homme en vue de réaliser des cultures clonales à partir d’un individu présentant des propriétés données et qui ne peut éventuellement plus se reproduire (raisin sans pépins). Cette multiplication peut être reproduite à l’infini (aussi bien chez les grands producteurs que chez les particuliers) mais tous les végétaux ne sont cependant pas capables de multiplication végétative.

Une technique plus répandue qu’on ne le pense

Bien connue des jardiniers, le bouturage, le marcottage et la greffe sont trois méthodes permettant à l’homme de forcer la multiplication végétative. Le bouturage consiste à placer en terre un fragment (une bouture) de la plante mère. Il s’agit généralement d’un morceau de tige portant des bourgeons. Le marcottage se caractérise par l’enterrement d’une tige reliée à la plante mère. La terre humide va provoquer l’apparition de racine, il suffira par la suite de couper la tige afin de séparer définitivement les deux plants.

La greffe est principalement utilisée pour les arbres fruitiers. Il s’agit d’implanter un fragment végétal (le greffon) sur un autre (le porte-greffe). Cette technique est particulièrement avantageuse quand une variété n’est pas capable de pousser à l’endroit voulu ou qu’elle se trouve être trop sensible à un parasite. Le porte-greffe va alors lui apporter vigueur et permettre son développement. En Europe, l’importation des vignes américaines a conduit à la propagation d’un insecte radicicole américain : le phylloxéra. Ironie du sort, les plants méditerranéens n’ont été sauvés que par leur greffe, en 1873, sur les pieds américains qui les avaient menacés. Aujourd’hui, les porte-greffes sont des hybrides entre les vignes américaines et la vigne européenne, de sorte à combiner la résistance au phylloxéra des unes à la tolérance au calcaire de l’autre. Il existe de nombreux porte-greffes adaptés à toutes sortes de situations géographiques, climatologiques et pédologiques et aucun viticulteur ne tenterait aujourd’hui de planter un vignoble sans porte-greffe.

La culture in vitro est apparue plus récemment. Elle consiste à prélever un fragment végétal que l’on met ensuite en culture dans un milieu favorable. On obtient une micro-bouture que l’on fragmente à nouveau. Les fragments cultivés donnent ensuite de nouvelles micro-boutures et ainsi de suite. À partir d’un seul fragment végétal, il est possible d’obtenir, en un an, entre 200.000 et 400.000 individus identiques. De quoi faciliter la vie des agriculteurs.

Un potager sans jardin

Que vous soyez passionné de jardinage mais en appartement ou que vous ayez juste envie de sortir de la surconsommation de masse, la multiplication végétative fera votre bonheur. Au moment de découper vos frites, pensez à mettre de côté un petit morceau de pomme de terre. Nettoyez le bien et insérer le en partie dans de l’eau. Afin d’éviter sa chute, plantez de chaque côté un cure dent. Une fois votre morceau de pomme de terre agrémenté de racines et de petites feuilles, replantez le.

La salade quant à elle ne demande même pas d’être replantée. Il suffit de couper le pied du cœur de salade et de l’immerger en partie dans un bol d’eau. Il ne restera plus qu’à récolter les feuilles et à changer l’eau de temps en temps. De même, il est possible de plonger la base des poireaux dans l’eau pour en obtenir de nouveaux. Rien ne se perd, tout se transforme.

Une uniformité à double tranchant

Dans la nature, cette multiplication est un moyen efficace pour les plantes de coloniser un milieu favorable. Pour l’homme, la reproduction végétative permet la fixation d’un génotype intéressant. Les agriculteurs peuvent utiliser cette technique pour sélectionner un caractère avantageux (comme une taille de fruit) et le reproduire sans douter du succès de l’opération. Cette forme d’agriculture est également plus rapide et assure aux producteurs un meilleur rendement en un plus court laps de temps.

Cependant, la multiplication végétative ne bloque pas les parasites, à l’inverse de la graine qui se comporte comme un filtre. Ainsi, de proche en proche, la maladie peut passer de la plante originelle au clone et le faire dépérir. De plus, l’absence de variation génétique entre les individus rend les plantes toutes sensibles aux mêmes virus et maladies et les cultures produites par ce biais sont facilement éliminées. Enfin, la trop forte propagation de certaines variétés au détriment d’autres peut aussi réduire la biodiversité : à long terme le clonage peut ainsi entrainer la disparition des croisements entre plantes et l’apparition de nouvelles espèces végétales.

À l’heure où les mentalités commencent à émerger pour s’insurger de la surproduction et de la surconsommation, les circuits courts ont gagné en légitimité et en intérêt. Mais il est possible d’aller plus loin encore et certains disposent directement d’un potager. Et grâce à la multiplication végétative, la vie en appartement ou les petits jardins ne sont plus un obstacle. Quoi de mieux que de pouvoir utiliser soi-même, à sa petite échelle, certaines des techniques employées par les agriculteurs eux-mêmes? Attention tout de même aux dérives : comment toujours, quand la population s’attribue largement quelque chose, les lobbys ne sont jamais loin. Que les avantages de la multiplication végétative ne nous aveuglent pas : mal régulée, cette technique si généreuse pourrait se montrer destructrice. L’objectif du clonage végétal c’est de soulager la planète, pas de menacer plus encore sa biodiversité déjà fragile.

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