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À la fin de la Seconde guerre mondiale, les États-Unis et l’URSS s’affrontent pacifiquement pour la domination d’influence du monde nouveau. En 1969, Apollo 11 apporte une victoire significative aux Américains, le début de la fin de la guerre froide. Presque 50 ans plus tard, la Chine relance la guerre des étoiles. Explications.

Depuis plusieurs années maintenant, la Chine injecte sa fortune dans son programme spatial. Entre lancements de satellites et préparation d’alunissage, les investissements de l’Empire du Milieu dépassent largement le cap des milliards de dollars. Une obstination qui commence à payer : le 23 juillet, l’agence chinoise a lancé la sonde Tianwen-1 à l’assaut de la planète rouge. Un petit pas pour l’homme, un bond de géant pour les ambitions chinoises.

Mais la Chine n’est pas seule. En réalité, fin juillet, la guerre des étoiles a repris ses droits : trois sondes de nationalité différente se sont envolées pour la planète rouge. La NASA a lancé Mars 2020, la Chine Tianwen-1 et, plus surprenant, les Émirats Arabes Unis Al-Amal. Une frénésie et une hâte qui prennent place sur fond de rivalité sino-américaine de plus en plus grande.

Tianwen, le grand espoir chinois

Décollage de la mission Tianwen © Global Times

Lancée le 23 juillet, Tianwen-1 devrait atteindre le champ gravitationnel martien en février 2021. Sa vitesse de vol sera de 4,8km/s et son atterrissage durera entre sept et huit minutes. C’est la fusée Longue marche 5, soit le lanceur le plus grand et le plus puissant de Chine, qui a été chargée de la mission de lancement. La stratégie spatiale chinoise a longtemps été celle de la collaboration avec la Russie mais l’échec de la mission Phobos-Grunt a poussé l’Empire du Milieu à l’indépendance totale. Et les succès du programme d’exploration lunaire Chang’e ont confirmé l’enthousiasme chinois.

Baptisée Tianwen Questions au ciel »), la mission de l’agence spatiale chinoise (CNSA) doit remplir trois objectifs : placer une sonde en orbite martienne, atterrir sur Mars et y téléguider un robot pour y mener des analyses et prélèvements. Le pays est sûr de sa mission, il a déjà prouvé sa qualité sur la Lune : en 2013, le rover Lapin de jade s’était posé sur le satellite terrestre avant que son successeur ne devienne le premier à se poser sur sa face cachée en 2019. Tianwen-1, la sonde de la mission, consiste en un orbiteur, un atterrisseur et un astromobile (rover).

Une mission huilée, un calendrier serré

Modélisation de la sonde Tianwen-1 © CNSA

La distance entre la Terre et Mars change constamment en raison de leur orbite mais la distance la plus courte est de 55 millions de kilomètres. Les deux planètes ne sont cependant aussi proches qu’une fois tous les 26 mois, c’est la raison pour laquelle les différentes missions sont plus ou moins toutes parties en même temps. Et comme il faut sept mois pour effectuer le voyage, les trois sondes devraient se poser sur la planète rouge entre février et mars 2021.

Une fois posé sur Mars, le rover de Tianwen-1 restera sur place pendant 90 jours pour remplir ses objectifs au sol : un travail de patrouille et de détection ainsi qu’une étude des caractéristiques géo-morphologiques de Mars. La mission doit permettre de produire des avancées scientifiques concernant : la géologie de Mars, la présence actuelle et passée d’eau, la structure interne de la planète, l’identification des minéraux et autres types de roches à la surface, et la caractérisation de l’atmosphère de la planète rouge.

Une course frénétique, deux mastodontes face-à-face

Programme spatial américain « Mars2020 » © NASA

Côté américain, Mars 2020 transportera le rover Perseverance et l’hélicoptère Ingenuity qui fera des tests quant à la conformité de la technologie américaine avec l’étude en profondeur de la planète rouge. Outre un radar capable de sonder à 10m sous le sol martien, Perseverance est équipé d’un microphone qui pourra retransmettre des sons entendus sur Mars pour la toute première fois. Le rover pourra enfin récupérer entre vingt et quarante carottes de sol martien qui pourront être analysées à son retour sur Terre entre 2026 et 2030.

Contrairement au tout équipé rover américain, la sonde Tianwen-1 s’est spécialisée dans la recherche du sous-sol de la planète rouge. Son rover dispose d’un radar capable de sonder à près de 100m de profondeur pour trouver existence ou traces de la si convoitée eau martienne. Mais ce premier envoi chinois n’est qu’un feu de paille au vu de l’armada qui va suivre : l’objectif de l’Empire du Milieu est de ramener un échantillon de la planète rouge entre 2028 et 2030, soit à peu près en même temps que les États-Unis.

UAE et Russie-Europe : des troubles-fêtes aux antipodes

Logo de l’Agence Spatiale Européenne © Ralph Orlowski – Reuters

Le 20 juillet, l’orbiteur Al-Amal Espoir ») devenait la première sonde arabe à s’envoler pour Mars. Peu de détails de la mission ont été rendus publics et il est difficile de pointer avec précision les objectifs finaux de ce lancement. Selon plusieurs spécialistes, cela résulterait de la volonté d’établir une présence arabe dans l’espace et ne pas laisser le ciel aux surpuissances occidentales et asiatiques. La première mission indienne en 2013 avait, par exemple, pour objectif de ne pas se faire « écraser » par la Chine et tenter de « démocratiser » la course à l’espace. Après les missions israéliennes et indiennes, la tendance d’une volonté de l’Orient de ne pas se faire étouffer par les puissances à l’est et à l’ouest semble de plus en plus se dessiner. Le nom de l’orbiteur émirati ne doit d’ailleurs rien au hasard : il représente peut-être le dernier espoir de la région après les échecs cumulés des essais indiens et israéliens.

À l’heure de l’assaut de Mars, le duo russo-européen semble avoir loupé le train. La mission ExoMars devait également décoller cet été mais l’Agence spatiale européenne a connu des difficultés avec le parachute devant freiner la descente du rover Rosalind Franklin, la crise sanitaire bloquant complètement les chantiers. Le projet est donc reporté de deux ans en raison des 26 mois à attendre avant que les deux planètes ne soient à nouveau aussi proches. Problème, c’est déjà la deuxième fois qu’une mission russo-européenne capote : en 2016, la sonde Schiaparelli avait connu des soucis à l’atterrissage sur la planète rouge. Il serait temps de régler les boulons pour que les prochaines missions arrêtent de leur passer sous le nez.

Derrière un titre quelque peu provoc’ et Starwarsisé se trouve une réalité qu’il ne faut pas nier. La course à la « conquête » de Mars est une réelle guerre qui s’est ouverte entre les États-Unis et la Chine. Comme lors de la guerre froide, la victoire spatiale revêt une symbolique importante : celui qui l’emportera aura démontré sa supériorité. Et il n’est pas anodin que la guerre des étoiles reprenne au moment où la guerre commerciale entre Amérique et Asie ne cesse de se marquer, exactement comme lors des Blocs de l’Ouest et de l’Est. Si le titre de cet article peut prêter à sourire, il est en fait on ne peut plus sérieux. L’Oncle Sam et l‘Empire du Milieu viennent de se déclarer la guerre, espérons qu’elle n’ait lieu que dans l’espace.

3 Replies to “La guerre des étoiles est-elle relancée?”

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