Temps de lecture : 4 minutes

D’habitude, les « peut-être » exaspèrent les scientifiques, sauf dans la recherche des exoplanètes. Découverte il y a tout juste 10 ans, Gliese 581 g pourrait cependant remettre en cause cette exception. Récit d’un cas à part dans l’histoire de l’astronomie.

Mercredi 29 septembre 2010. La date est historique dans l’exploration de l’espace. Un groupe d’astronomes américains annonce l’historique découverte : parmi les deux nouvelles exoplanètes découvertes autour de Gliese 581, le télescope Keck a capté des variations de comportement amenant à penser l’existence d’un astre capable de contenir la vie. Gliese 581 g, exoplanète potentiellement habitable est découverte. Le monde de l’astronomie est en effervescence. L’info fait la une des médias : Gliese 581 g est la première exoplanète observée potentiellement habitable.

Surnommée Zarminia, du nom de la femme de son découvreur, Gliese 581 g est située à 20,3 années-lumière de la Terre, dans la constellation de la Balance. Sa consistance possiblement rocheuse et sa distance suffisante avec son soleil laissent à penser qu’elle dispose d’une atmosphère et d’eau liquide. Elle possède une masse de 3,1 à 4,3 fois celle de la Terre et un rayon de 1,2 à 1,5 fois celui de notre planète. Le tout pour une orbite de 37 jours. Sa température en surface varierait entre -31°C et -12°C, soit une échelle qui n’empêche pas la vie sur notre planète (on atteint -70°C dans l’Antarctique et jusqu’à 148°C à la sortie des bouches hydrothermales des fonds marins).

Une étude minutieuse, un potentiel incroyable

Pendant près de onze ans, le télescope hawaïen Keck et des chercheurs de l’Université de Californie ont scruté la naine rouge Gliese 581 autour de laquelle quatre exoplanètes avaient déjà été découvertes, toutes trop chaudes ou trop froides pour espérer accueillir la vie. Malheureusement, Zarminia est difficilement observable : elle est littéralement noyée dans la lumière de son étoile, ce qui est rend les observations directes impossibles.

À sa découverte, Zarminia est qualifiée de « potentiellement habitable » puisqu’outre ses prédispositions géographiques, il faut encore que la planète soit rocheuse pour pouvoir accueillir atmosphère et eau liquide. Mais rien ne permettait de le prouver. Attention : « habitable » ne veut cependant pas dire qu’elle soit accueillante pour l’espèce humaine, et plusieurs caractéristiques semblent même l’en empêcher. La principale, c’est que comme la Lune avec la Terre, elle semble toujours présenter la même face à son soleil. Cela engendrerait une très forte disparité de température entre ses deux faces, et une réduction des zones aptes à des conditions stables.

Au total, Keck a pu détecter six exoplanètes autour de l’étoile Gliese 581, ce qui en fait l’un des systèmes extrasolaires contant le plus de planètes à l’époque. Outre la découverte brute de Zarminia, son existence laisse alors supposer que ce type de planète n’est pas rare et les chercheurs avancent même « qu'[elles] doivent être très communes. » La question qui se pose alors est celle de l’élimination des doutes : quand aurons-nous le fin mot sur cette exoplanète? « Pas avant très longtemps » nous explique-t-on à l’époque. Pas du tout, serait-on tenté de dire aujourd’hui.

Du doute à la persuasion : et si Zarminia n’existait pas?

Moins de deux semaines après l’annonce de la découverte de la première exoplanète potentiellement habitable, l’astrophysicien italo-suisse Francesco Pepe émet des réserves. Le 10 octobre, il annonce que son équipe, qui observait la même zone, n’a jamais trouvé de traces de cette soi-disant Zarminia. Cette équipe européenne s’était équipée du spectrographe Harps en plus de leur télescope chilien de La Silla et disposaient ainsi de données de meilleure qualité que les Américains. Pourtant, malgré un matériel plus précis, ils n’ont jamais pu trouver les planètes Gliese 581 f et Glise 581 g. Sceptiques sur les déclarations américaines, ils ironisent alors : « Nous aurions bien aimé découvrir une planète dans cette région, mais pour le moment il n’y en a pas. »

Le deuxième coup de butoir pour Zarminia tombe en 2014. Déjà de plus en plus remise en question, elle perd toute crédibilité lorsqu’une nouvelle équipe de chercheurs annoncent la non-existence de Gliese 581 d, l’une des deux exoplanètes censées entourer Gliese 581 g. Une annonce qui sonne comme un double coup à l’optimisme sur le sujet : les découverte de Gliese 581 c et d, les deux « inhabitables » autour de Zarminia, avaient permis d’estimer le nombre de superterres potentiellement habitables dans la Voie lactée à plusieurs milliards. Mais la non-existence de Gliese 581 d rebat toutes les cartes : le chiffre doit être fortement revu à la baisse.

Mais comment a-t-on pu découvrir une planète qui n’existe peut-être pas? Les preuves les plus convaincantes de l’existence d’une exoplanète sont obtenues grâce à la méthode des vitesses radiales, qui vise à mesurer un effet Doppler (décalage de fréquence d’une onde lorsque la distance entre les deux objets observés varie) dans le spectre d’une étoile. Ce décalage étant principalement dû à l’attraction gravitationnelle d’exoplanètes présentes autour de l’étoile qui lui ferait effectuer un petit écart sur son orbite. Mais l’effet Doppler ayant amené à « l’existence » de Gliese 581 d aurait en réalité été provoqué par l’activité magnétique de l’étoile Gliese 581.

Si l’annonce de la découverte de Zarminia avait fait grand bruit à l’époque, celle de sa plus que probable non-existence est passée bien plus inaperçue. Pourtant, cette mise à jour de la condition de Gliese 581 g est tout aussi importante pour le monde scientifique. Habitué à prendre des pincettes, il s’est assurément précipité dans un domaine où les « peut-être » sont sources d’espoir. L’exemple de Zarminia doit cependant marquer une jurisprudence plus que jamais nécessaire : nous ne savons strictement rien de l’espace et de l’univers.

Timothée Arapantonis & ALVARRO

Laisser un commentaire