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Source de vie depuis la nuit des temps, le lac Prespa est un point naturel d’importance dans le sud-est des Balkans. Mais les changements climatiques et le désintérêt des autorités ont changé la donne : il est aujourd’hui fortement menacé. Les démarches de sauvetage engagées se montreront-elles suffisantes? Explications.

Il est pas le plus connu mais il n’en reste pas moins l’un des plus importants. Âgé de plus de cinq millions d’années, le lac Prespa est l’un des plus anciens lacs d’eau douce au monde. Et l’un des plus fertiles. On y trouve nombre d’espèces endémiques en voie de disparition parmi plus de 2000 espèces d’oiseaux, de poissons et de mammifères. Mais depuis plusieurs années maintenant, sa région toute entière, à cheval entre l’Albanie, la Macédoine du Nord et la Grèce, s’enlisent. Le niveau des eaux du lac est trois mètres en dessous de son niveau habituel et ne remonte pas. Une problématique qu’il est urgent de régler.

Plus le lac Prespa s’enlise, plus la pêche se complexifie. Il y a toujours moins d’eau, les courants sont plus forts et plus fréquents, et les algues remplacent de plus en plus souvent les poissons dans les filets. Chaque matin, les pêcheurs sont désormais obligés de tracter leurs barques à l’aide de tracteurs agricoles pour les dépêtrer de la boue qui envahit les rives du lac.

Les changements climatiques graves, mais pas que

Des pêcheurs amenant leurs barques dans l’eau à l’aide d’un tracteur © CDK

Comment un puits de biodiversité aussi inaltérable a-t-il pu péricliter à ce point et aussi vite? La première raison est évidemment climatique. Perturbée par le réchauffement global de la planète, la région connaît des hivers de plus en plus doux et secs. L’eau ne gèle presque plus et ne cesse de se faire envahir par la boue, qui progresse elle. Le lac n’est pas non plus un espace clos : situées à 853m d’altitude, ses eaux ne cessent de se déverser dans celles du lac d’Ohrid, 150m plus bas, via les roches calcaires de la montagne Galitchitsa. Et comme il pleut de moins en moins, Prespa ne sait plus compenser ses pertes.

Mais le manque d’entretien et la pollution sont également de la partie. Depuis toujours, plusieurs milliers de tonnes de pommes pourries sont déversées sur les berges du lac. Le problème, c’est que depuis plusieurs décennies, elles sont pulvérisées d’engrais et de pesticides qui n’en permettent pas une bonne décomposition. Elles s’accumulent désormais parmi les effluves boueuses des rives du Prespa. Additionnées aux effets de l’érosion et à l’absence de tout système de gestion durable pour le traitement des déchets et des eaux usées, ces pratiques ont complètement ruiné la santé du lac. Un écosystème déréglé qui met en danger la survie des plus élémentaires poissons (barbeaux et carpes) aux plus grands prédateurs (lynx et loups).

Des solutions qui ne règlent pas le problème

Les berges asséchées du lac Prespa © CDK

Conscientes du danger, les collectivités locales ont tout fait pour changer les choses. Les pratiques agricoles ont été rendues plus durables et un partenariat avec le Programme des Nations Unies pour le Développement a permis au bassin de Prespa de respirer quelque peu. De 2010 à 2016, un financement de près de cinq millions de dollars a été utilisé afin d’assainir l’écosystème de la région. Le projet a également mis en place un système de surveillance et de gestion du lac visant à ce que les capacités locales restent suffisantes pour maintenir la santé de l’écosystème à long terme. D’autres recommandations proposées en 2012 par le PNUD, comprenaient un reboisement à grande échelle pour combattre les effets de l’érosion, l’introduction de techniques de restauration des zones humides pour contrôler les inondations et une gestion des eaux usées améliorée et plus naturelle. Ces initiatives ont permis de réduire de trente pour cent la quantité de pesticides que les paysans utilisent chaque année. Mais aujourd’hui toutes ces améliorations ne semblent déjà plus être suffisantes.

Il est donc plus qu’important de continuer les efforts pour sauver le bassin de Prespa. Selon Naume Stravresvski, qui utilise l’eau de la montagne pour alimenter des bassins où sont élevés des alevins, de nouvelles espèces pourraient être relâchées dans le lac de Prespa. La carpe des roseaux et la carpe grise se nourrissent d’herbes et de roseaux et pourraient permettre d’en nettoyer les rives. Une suggestion qui n’a pas été prise en compte par les autorités, qui jugent la situation moins catastrophique que ce qu’elle n’est décrite. Après plusieurs années de réclamations, les pêcheurs locaux appellent maintenant les experts gouvernementaux à sortir de leurs bureaux pour jauger, sur place, de la gravité des faits. La diminution des eaux du lac de Prespa serait également aggravée par des pompages illégaux du côté albanais, destinés à irriguer des terres agricoles.

Que les choses soient dites : il est actuellement très peu probable que la région de Prespa se développe dans un avenir proche. Le lac se retire rapidement, les terrains sont marécageux, les gens partent et ceux qui arrivent ne restent pas longtemps. De plus, l’éloignement des rives du lac frappe de plein fouet le développement économique de cette région qui compte pourtant sur le tourisme pour s’en sortir. Et les autorités ne semblent pas daigner se préoccuper de la catastrophe environnementale qui s’y prépare.

Une conférence internationale doit se tenir dans les mois à venir pour étudier les mesures à prendre concernant la survie du lac. Le maintien des mesures en place et leurs améliorations sont indispensables pour sauver l’écosystème fragile de la région. La situation est critique mais trouver des solutions s’annonce difficile : les trois pays qui bordent la zone connaissent tous des problèmes de corruption et des priorités différentes. Pourtant, il faudra s’arranger. Ou le lac de Prespa et sa biodiversité incroyable risquent bien de disparaître.

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