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Depuis quelques années, une nouvelle agriculture est apparue. Plus respectueuse de l’environnement, elle propose de sortir de la production industrielle et de changer notre modèle de fonctionnement. Cap sur l’agroécologie, le modèle du futur.

Le système alimentaire mondial est à la croisée des chemins. Face à l’accroissement démographique, l’appauvrissement de la biodiversité, une pression accrue sur les ressources naturelles et les incertitudes en rapport avec le changement climatique, l’agriculture doit relever les défis que représentent la faim et la malnutrition. Jusqu’à présent, on s’était principalement efforcé de stimuler la production agricole pour obtenir davantage d’aliments. Mais il est désormais temps d’opérer une transition vers des systèmes alimentaires plus durables : permettant de produire davantage tout en ayant des conséquences moindres sur l’environnement.

Aujourd’hui, dans de nombreux pays, l’agriculture est perçue comme une menace pour l’environnement, un secteur industriel brutal poussé à l’extrême. Pourtant, un secteur agricole productif et régénératif peut offrir des avantages et des services environnementaux tout en créant des emplois ruraux et en contribuant aux moyens de subsistance. Et c’est par là que le secteur doit se repenser. Car c’est par l’agriculture que le changement de consommation passera.

L’agroécologie, un système complexe

L’agroécologie vise à promouvoir des systèmes alimentaires respectueux des hommes et de leur environnement. Il s’impose comme une alternative à l’agriculture intensive basée sur la production de masse par l’apports d’engrais et de pesticides. L’agroécologie consiste à appliquer des concepts et principes écologiques de manière à optimiser les interactions entre les végétaux, les animaux, les humains et l’environnement. Elle peut non seulement contribuer à la production et à la sécurité alimentaire mais aussi permettre de restaurer les services écosystémiques et la biodiversité. Autant de secteurs essentiels à une agriculture durable.

L’agroécologie se fonde sur une conception et une organisation des cultures, de l’élevage, des exploitations agricoles et des paysages en tenant compte de chaque contexte.  Elle fait appel à des solutions qui permettent de préserver la biodiversité, à la fois aérienne et souterraine, ainsi que la diversité culturelle et la diversité des connaissances en insistant sur le rôle des femmes et des jeunes dans le secteur agricole.

Un bienfait pour les insectes

A Chiné, en France, des chercheurs se sont penchés sur les conséquences de l’agriculture “classique” et de l’agroécologie. Plusieurs de leurs travaux ont démontré la nocivité sur les abeilles et autres pollinisateurs des insecticides nicotiniques (agissant sur le système nerveux) et des herbicides (utilisés pour éliminer les plantes adventices comme le liseron et le chardon), utilisés pour l’instant. Ils ont également mis en évidence l’augmentation de la rentabilité du colza en présence de ces mêmes abeilles. Sabrina Gaba, directrice de recherche Inrae et codirectrice de la ZAPVS, affirme qu’une diminution d’un tiers ou de la moitié de la quantité d’herbicide préserve l’environnement tout en ne diminuant pas le rendement.

Si les végétaux sont nécessaires aux petits insectes, qu’ils abritent et nourrissent, ces derniers peuvent devenir de véritables ennemis de nos plantations. Heureusement, ces ravageurs sont eux-même chassés par d’autres insectes que l’on nomme “auxiliaires”. Loin d’être passive, la plante cultivée peut dès lors jouer un rôle clé en coopérant avec ses insectes auxiliaires pour assurer sa protection. La lutte biologique est une méthode utilisée en agroécologie afin de limiter les insecticides : on utilise cette relation à double sens pour rendre autonome une pollinisation accélérée. De nombreux insectes passent une partie de leur temps dans les arbres (papillons, carabes,…) et en sortent pour polliniser ou dévorer les ravageurs des cultures. Cette découverte a entraîné l’apparition d’un sous-groupe de l’agroécologie : l’agroforesterie.

L’agroforesterie, un gain de temps pour les agriculteurs

L’agroforesterie est un système agricole traditionnel dans de nombreuses régions tropicales, comme c’était le cas en Europe avant l’intensification de l’agriculture. La végétation contient 31 % du réservoir de carbone total de la forêt tandis que les sols et la tourbe en contiennent les 69 % restants. Le sol forestier est donc un important réservoir de carbone auquel s’ajoute continuellement les feuilles mortes, les branches et tout autre déchet végétal. La séquestration du carbone dans les sols en accroit la stabilité, la résistance à l’érosion et la rétention de l’eau. La matière organique augmente, elle, la qualité du sol et protège l’écosystème par la fixation des polluants, améliorant par la même occasion la qualité de l’eau. La diminution du CO2, retenue par les arbres, impacte également directement la qualité de l’air.

La recherche s’intéresse actuellement de très près à la réintroduction d’espèces arborées au sein de grandes cultures intensifiées et mécanisées. Le grand projet européen « SAFE », mis en œuvre dans sept pays par association de cultures céréalières avec différentes espèces d’arbres (noyer, cerisier, peuplier, chêne), a démontré des résultats très positifs en termes de rendement global (jusqu’à 30% en plus par rapport à la culture en parcelles distinctes). Avec des avantages supplémentaires en termes de séquestration du carbone, de rentabilité, de capacité d’adaptation, etc. La conservation du sol est un bénéfice concret pour les agriculteurs qui peuvent gagner au niveau du temps de travail, de l’énergie et des coûts d’équipement. D’un point de vue économique, les agroforesteries sont viables si elles sont correctement gérées. De plus, d’autres bénéfices peuvent être ajoutés.

La réintroduction d’arbres dans les grandes exploitations européennes de monoculture ne se produira pas en un jour. Améliorer le fonctionnement et la fourniture des services écosystémiques en agriculture nécessitera du temps. En raison de la révolution qu’elle suppose au niveau des mentalités. Mais en fin de compte, elle pourrait concerner jusqu’à 35 millions d’hectares en Europe.

L’agroécologie vise à concilier, dans la durée, productivité des systèmes agricoles et préservation des ressources naturelles. Elle tient compte de composantes économiques, sociales et environnementales pour combiner des pratiques permettant un équilibre entre les personnes, les activités agricoles et leur contexte. Si de nombreux agriculteurs sont intéressés par le sujet et sont prêts à franchir le pas, nombre d’entre eux ne changent pas fondamentalement leurs pratiques, par peur du risque. Pour que les habitudes changent concrètement, il faut que les États mettent en place des subventions, pour encourager et stabiliser le mouvement. Malheureusement, l’agroécologie reste dans de nombreux endroits un rêve de scientifique.

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