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Plus qu’une simple revue des événements de la semaine écoulée, cette chronique se veut critique, réflexive et anglée. Que s’est-il passé cette semaine que l’on puisse soumettre à l’oeil de la critique et du recul? Tel est l’objectif de la Revue de la semaine.

Le Canada ferme ses frontières au plastique

En voilà une bonne nouvelle! Le Canada a décidé de bannir six objets en plastique à usage unique d’ici fin 2021 : sacs, pailles, bâtonnets, porte-canettes, ustensiles et contenants alimentaires. La raison? Ils sont nocifs pour l’environnement, difficilement recyclables et, surtout, ils peuvent être facilement remplacés. On ne peut que saluer cette décision du gouvernement canadien mais il faut bien avouer qu’il était temps, grand temps, de mettre en place une politique visant à réduire les déchets du grand nord blanc. Le ministre de l’environnement Jonathan Wilkinson admet lui-même que son pays « n’est pas à l’avant-garde du monde dans ce domaine. » Les Canadiens produisent près de trois millions de tonnes de détritus de plastique par an. Et seulement 9% de ces déchets sont recyclés. Le reste est enfui dans la nature. Outre cette interdiction, il reste encore des efforts à faire pour trouver d’autres alternatives réduisant drastiquement la place du plastique dans le monde. Mais aussi pour réussir à nettoyer les mers et les océans. En attendant, on se réjouit de ce très bel effort du pays à la feuille d’érable.

Quand « victoire » signifie encore « défaite »

Zsofia Koncz, nouvelle parlementaire hongroise © Zsofia Koncz

En novembre 2019, la Hongrie se rendait aux urnes pour des élections municipales historiques. Pour la première fois depuis dix ans, l’opposition parvenait à déjouer le Fidesz de l’autoritaire Viktor Orbàn. Mais malgré la victoire, il ne fallait pas verser dans l’euphorie. Certes, un sérieux coup était porté à l’hégémonie du Premier ministre, la capitale Budapest passant aux mains de l’opposition, mais il était loin d’être fatale. Avec un peu de recul, cette victoire semblait d’ailleurs fortement ressembler à une défaite à venir : trop sûr de lui, le Fidesz sait qu’il n’est plus hors d’atteinte, ce qui le rend plus dangereux. On en parlait déjà à l’époque, cela commence déjà à se démontrer. À la mi-juillet, le parlementaire Ferenc Koncz perdait la vie dans un accident de la route et faisait perdre sa « super-majorité » (2/3 du Parlement) à son parti du Fidesz. Une « mini » élection partielle devait se dérouler pour savoir qui le remplacerait. Et dimanche, la sentence est tombée. Malgré l’engouement autour de l’intéressant Laszlo Biro, la candidate du Fidesz l’emporte avec près de 2000 voix d’écart. Et il ne s’agit ni plus ni moins que de Zsofia Koncz, la fille du parlementaire décédé. L’opposition jouait symboliquement gros (la possibilité d’assommer le parti souverainiste pour la seconde fois consécutive) mais est vite retombée sur terre. Le Fidesz s’est réveillé, et la tâche de l’opposition se trouve désormais bien plus ardue. Il ne reste déjà plus que moins de deux ans avant les prochaines élections législatives où l’objectif déclaré est de mettre Viktor Orbàn dehors. Et la perte symbolique de ce duel parlementaire n’a rien de quoi réjouir.

Walibi : une décision hypocrite

Suite à une recrudescence de cas de notre bien connu Covid-19, les événements étudiants, les festivals ainsi la célèbre foire de Liège et autres festivités ont été annulés. Les mesures se sont intensifiées, les « bulles » ont été diminuées et on parle de possibles couvre-feux. Alors que le domaine culturel est en souffrance et que l’horeca essaie de maintenir la tête hors de l’eau, un certain parc d’attraction semble résister à l’envahisseur (comprenez ici : le virus actuel). En effet, Walibi a obtenu une dérogation du gouvernement pour permettre de maintenir le parc et les attractions ouvertes ainsi que d’organiser un festival de 8 jours. Walibi on stage, c’est plus de 150 concerts organisés sur des scènes intérieures et extérieures, un nombre limité de personnes et plus de 40 attractions toujours accessibles. 200 personnes seraient acceptées à l’intérieur et 400 à l’extérieur, ce qui ne respecte pas les dernières mesures mises en place par le CNS. Walibi Belgique promeut ce festival comme un soutien envers le secteur culturel. Les événements et le site sont dit « corona-proof » et une série de mesures sanitaires sont prévues. Cependant, des questions subsistent toujours. Les bulles seront-elles préservées malgré des scènes intérieures et un public debout? Pourquoi Walibi peut accepter plus de personnes que ce qui est demandé par le CNS? Plus encore, pourquoi imposer aux institutions culturelles d’asseoir les publics et de prendre des dispositions de distance physique quand Walibi peut se permettre d’avoir un public debout? Cette situation ressemble fortement à celle qu’a vécue la France quand, au beau milieu de son confinement, le gouvernement a accordé une dérogation au Puy-du-Fou, parc d’amusement et de divertissement. Une attribution d’autant plus controversée au vu des liens d’amitié soupçonnés entre le directeur du parc et le président Emmanuel Macron. Décision sage ou complètement insensée? Difficile de trancher, on partira donc pour : hypocrisie.

Coronavirus : une crise à deux étages

Cette semaine, le cabinet de conseil PwC et la banque suisse UBS ont rendu publique une étude sur les plus gros avoirs mondiaux. Et la « croyance populaire » se confirme : la crise ne concerne pas les riches. Fin juillet, le total des actifs des près de 2000 milliardaires du monde ont franchi un nouveau plafond avec 10,2 billions de dollars. Contre 8,9 billions pour le précédent record, en fin 2017. En approfondissant un petit peu derrière ce chiffre record, on constate que les plus riches ont profité de la crise sanitaire et mondiale pour gonfler encore un peu plus leur colossale fortune. La reprise des marchés boursiers a permis aux plus nantis d’investir massivement dans les domaines à croissance rapide, tels que la technologie et les soins de santé en temps de pandémie. Autant de secteurs qui se sont révélés lucratifs et moteurs de richesse. Attention cependant aux raccourcis faciles : en contrepoids de leur enrichissement certain, leurs lourds investissements ont permis de faire avancer la recherche épidémiologique, la production de matériel médical et l’avancée vers un possible vaccin. Mais dans les faits, il devient effectivement indécent de demander à la population lambda de se serrer la ceinture quand d’autres ont pu profiter du chaos.

La maladie comme slogan de campagne

On le sentait, on le savait. Atteint du coronavirus, Donald Trump allait se servir de sa contamination pour appuyer son propos complotiste et se placer en surhomme. Ça n’a pas manqué. À peine autorisé à quitter le lit médical, le président américain l’a joué grand spectacle, show à l’américaine. Les caméras l’attendaient devant sa résidence, il a préparé sa mise en scène : arrivée en hélicoptère, saluts francs aux objectifs, petite foulée sur les marches du balcon. Et le clou du spectacle : le retrait du masque, « inutile » selon les dires de celui qui n’a cessé de mépriser ceux qui le portent. Rideau et entracte, la suite se passe, bien évidemment, sur son bouillant compte Twitter. Deux vidéos y sont directement postées, dont l’une montre son arrivée à la Maison Blanche sur fond de musique hollywoodienne. Lors de sa conférence de presse, il a ensuite déclaré aux Américains, pays comptant le plus de morts du Covid-19, droit dans les yeux : « Ne le laissez pas vous dominer, n’en ayez pas peur, vous allez le battre. » On ne sait pas encore si son idée de traitement à la javel fonctionne mais on peut affirmer qu’il n’a été soigné que de sa contamination. Aucun doute, le cerveau n’a pas été touché.

Le nouveau bonnet d’âne est un t-shirt

En France, depuis la rentrée, un débat anime les collèges et lycées : la tenue des étudiantes. Des règles sont en effet mises en place dans certaines écoles pour rester dans une tenue dite « descente ». Pas de short ou de jupe, pas de décolleté plongeant et pas de haut dévoilant le nombril. La réalité est toute autre lorsqu’on se rend compte qu’en pratique, les garçons ne sont pas souvent embêtés là où les filles sont vite pointées du doigt. Plus encore, les étudiantes n’ont pas le droit de porter de débardeur lors des fortes chaleurs : cela dévoile les brides de soutien-gorge (couvrez cette bretelle que je ne saurais voir). Mais en ce début d’année, les revendications ont commencé. Les Suisses ont vite emboité le pas, outrées d’une pratique humiliante et assez connue dans certaines écoles : le t-shirt XXL. Surnommé le t-shirt de la honte sur internet, il doit être mis par les personnes n’ayant pas une tenue « adéquate » pour l’école. En cas de refus, « il ou elle sera exclu(e) des cours durant le temps nécessaire pour se changer à son domicile. Cette sanction sera inscrite au dossier de l’élève. » Un établissement genevois a poussé le concept encore plus loin en inscrivant sur le t-shirt J’ai une tenue adéquate accompagné d’un pouce en l’air version Facebook. Révolution chez les Suisses qui qualifient cette pratique de sexiste, discriminatoire et humiliante. Plusieurs cantons ont réagi en l’interdisant formellement. Bien qu’une évolution est en marche, les choses doivent encore changer. Ce t-shirt XXL et autres règles vestimentaires sont le plus souvent discriminantes envers les femmes. Les messages sous-jacents dans ces cas-là sont multiples, mais un en particulier est fort et impactant : ta tenue est plus importante que ton éducation.

L’art en ligne pour lutter contre le plastique?

© Arts visuels et Patrimoine

Selon une nouvelle étude du gouvernement australien, on retrouverait désormais plus de 14 millions de tonnes de déchets plastiques sur les fonds marins. Un drame absolu que la crise sanitaire n’a pas diminué, au contraire. Depuis l’apparition de la pandémie, la consommation de plastique à usage unique a complètement explosé. Milieu hospitalier, industrie du service, masques à usage unique et livraisons à domicile ont fait casser le plafond de verre de l’une des plus grandes catastrophes écologiques de l’histoire. Face à cette problématique toujours plus grandissante, l’organisation Parley for the Oceans s’est associée à l’application Vortic pour proposer des expositions d’art virtuelles. Douze galeries d’art contemporain ont ainsi mis à disposition les artistes de leur écurie pour mettre en place des présentations en réalité augmentée jusqu’au 2 novembre prochain. Elles s’engagent en outre à reverser 5 à 10% des recettes réalisées au fonds du Global Cleanup Network pour lutter contre la pollution des océans dans 28 pays du globe. L’idée et l’initiative de collecte sont évidemment louables et honorables mais l’intérêt d’une technologie comme la réalité augmentée semble relativement mince face aux désavantages écologiques qu’elle représente. Comme tout objet numérique, la réalité augmentée pollue à sa production, à sa commercialisation et à son utilisation. N’est-ce pas dès lors contradictoire de vouloir lutter contre le plastique dans les océans via une opération numériquement polluante? D’autant plus quand la valeur ajoutée n’est en réalité que fort dérisoire? Car soyons clairs : si les amateurs d’art se rendent dans ces galeries pour observer les oeuvres, c’est bien pour les voir « en vrai » et ce n’est certainement pas pour placer leur téléphone devant pour disposer d’une réalité augmentée. L’usage de l’application Vortic dans cette histoire relève donc bien plus de la pollution bête et inutile que d’une bonne idée. Mais au moins, Parley for the Oceans essaie de faire bouger les choses. C’est déjà beaucoup plus que la majorité des gouvernements.

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