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Fin janvier, la Belgique annonce une liaison nocturne en train entre Bruxelles et Vienne. Fin septembre, l’Allemagne amène l’idée d’une relance du réseau Trans-Europ-Express. Au point mort depuis de nombreuses années, les trains intra-européens pourraient faire leur grand retour sur le Vieux Continent. Explications.

Après 16 ans d’absence totale en Belgique, les trains de nuits sont réapparus au début de l’année 2020. L’information a fait le tour des médias nationaux : il est désormais possible de rejoindre Vienne de nuit via le réseau ferroviaire. Mais le plat pays ni le seul ni le pionnier en la matière puisque la Suisse et l’Autriche, notamment, ont déjà plusieurs wagons d’avance. Et la tendance semble tout doucement gagner l’Europe entière.

Les trains intra-européens, une bonne idée qui s’est perdue

Un train intra-européen est un train desservant différentes villes d’Europe situées dans des pays différents. Eux et leurs cousins trains de nuit sont apparus dès la pose des premières lignes à grande distance vers 1850. Après plusieurs décennies de grand succès, la tendance a cependant fortement diminué avec le développement des autres moyens de transport. Avant de subir un large déclin lors de la révolution aéronautique et l’apparition des premiers vols low-cost. Un retour en arrière est un scénario en pleine étude dans les différents pays du Vieux Continent.

Outre la facilité de se déplacer, ces trains pouvaient se targuer de nombreux avantages. Des avantages qui leur permettent aujourd’hui d’espérer une seconde vie. Un retour des voyages en train en Europe, cela veut dire un recours peut-être moins systématique à l’avion : un changement qui engendrerait moins de kérosène, moins d’émission de CO2. Mais également un désengorgement des routes puisqu’il y aurait une nouvelle alternative aux vacances en voiture.

Les pays misant sur le train espèrent attirer les citoyens avec des offres de voyage ferroviaire attrayantes. Pour l’instant, le train a beau être un moyen de transport écologique et durable, il n’est que peu utilisé en raison, principalement, de ses tarifs importants. Le retour des trains intra-européens, c’est l’espoir de la (re)démocratisation du rail et des voyages au sein de l’Europe. Les voyageurs sont semblent d’ailleurs demandeurs d’une telle offre puisque le nombre de passagers dans les trains de nuit en provenance de Suisse a augmenté de plus de 25% par rapport à l’année dernière.

La Suisse et l’Autriche en première classe

Supprimées partiellement en 2008, des lignes suisses destinées aux trains de nuit sont sur le point d’être relancées, au vu de l’engouement au pays pour les projets-pilotes mis sur rails. L’Autriche est quant à elle le leader européen du train nocturne : en 2016, alors que ses voisins se retirent du marché, le Royaume de l’Est décide d’aller à contresens et d’investir massivement dans cette facette ferroviaire que tout le monde semble renier. Résultat : 1,6 million de passagers par an voyagent à bord des trains nocturnes sur le territoire autrichien. Et la tendance ne cesse de monter.

Conscients de l’intérêt porté au réseau, les chemins de fer fédéraux suisses (CFF) et autrichiens (ÖBB) ont récemment décidé de renforcer leur collaboration. Une déclaration d’intention a été signée par les deux pays pour étendre le réseau de six à dix lignes et augmenter encore l’offre des trains de nuit. Le réseau Nightjet Suisse 2024 permettra de relier 25 destinations au départ de Zurich, notamment Barcelone et Berlin, dans les quatre ans à venir. La première nouveauté sera une liaison quotidienne avec Amsterdam pour décembre de l’année prochaine.

Le Parlement fédéral suisse doit également se réunir prochainement pour une révision totale de la loi sur le CO2. Il est question de promouvoir le secteur ferroviaire transfrontalier à partir du Fonds suisse pour le climat pour diminuer les émissions de la mobilité helvétique. Selon les CFF, ce soutien financier permettrait de compenser les coûts d’exploitation élevés et déficitaires de l’offre en trains de nuit et de pérenniser le réseau.

Le grand retour du Trans-Europ-Express?

© Kecko / CC BY

Mis en service en 1957 pour disparaitre petit à petit dans les années 1980, les Trans-Europ-Express (TEE) étaient des trains européens rapides et de prestige (1ère classe uniquement) et desservaient les grandes villes européennes. Leur parcours était exclusivement international et visait à relier les quatre coins de l’Union européenne d’alors. Il était ainsi possible de se rendre de Milan à Genève ou de Stuttgart à Copenhague, des trajets historiques pour l’époque. Au tournant des années ’90, ils ont été lentement « remplacés » par les actuels IC (InterCity, ex: Liège-Bruxelles), EC (EuroCity, ex: Liège-Francfort) et TGV offerts à la deuxième classe.

Soucieuse de son impact écologique, l’Allemagne voit dans les trains intra-européens une solution d’avenir et durable dans la réduction des émissions polluantes. Fin septembre, le ministre allemand des Transports Andreas Scheuer a soutenu l’idée d’une relance d’un « Trans-Europ-Express 2.0 » avec, notamment, des trains à grande vitesse. Ce réseau permettrait de réduire les temps de voyage et les rendre plus agréables. La Belgique est également concernée par le nouveau réseau, et plus particulièrement les gares de Bruxelles, Liège et Anvers. Le projet notamment relierait Bruxelles à Berlin en 6h et à Barcelone en 8h (de Berlin à Barcelone, comptez 13h de trajet). Pour commencer, seules les lignes existantes seraient utilisées. Des travaux d’infrastructures sont à prévoir dans un second temps et permettraient, par exemple, d’effectuer le voyage Bruxelles-Stockholm en moins de 13h.

Avec le renouveau des trains de nuits et un possible retour du réseau Trans-Europ-Express, c’est l’Europe entière qui se remet doucement en question. Une aubaine pour les citoyens désireux de voyager facilement, rapidement, écologiquement et à petit budget. Finie l’omniprésence des compagnies aériennes low-cost pour visiter les contrées du Vieux Continent, laissons place à la concurrence ferroviaire. L’occasion de (ré)concilier envie de voyage et respect de l’environnement. Attention tout de même à ne pas se relâcher, les efforts ne font que commencer. La problématique des tarifs est l’une des plus urgentes à régler : si le réseau ferroviaire ne revoit pas ses prix, la population européenne continuera de « boycotter » le train.

Sur la Belgique plus précisément, le lien avec Vienne est un acte inédit qui mène lentement le pays vers une mobilité plus écologique et durable. Depuis le temps que la population le demande. Malheureusement, l’initiative ne vient pas du plat pays mais bien de l’ÖBB, chemins de fer autrichiens. En attendant une réelle prise en main de nos dirigeants, on se consolera en saluant cette décision de prendre le train en marche.

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