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Plus qu’une simple revue des événements de la semaine écoulée, cette chronique se veut critique, réflexive et anglée. Que s’est-il passé cette semaine que l’on puisse soumettre à l’oeil de la critique et du recul ? Tel est l’objectif de la Revue de la semaine.

La malédiction des dix ans frappe la Louisiane

© US NOOA

Le 29 août, cela faisait exactement dix ans que l’ouragan Katrina s’était abattu sur la côte sud des États-Unis, frappant de plein fouet la Louisiane. L’impact de la catastrophe est gigantesque. Pourtant, les tempêtes et autres cyclones sont monnaies courantes dans cette partie du globe. Étaient monnaies courantes. Parce qu’après Katrina, les choses ont changé. Pendant près d’une décennie, la région a été exempté des turbulences avec lesquelles elle avait appris à vivre. Comme si la nature s’était dit qu’avec Katrina, elle avait été trop loin et qu’il fallait laisser l’État tranquille pour un petit temps. Malheureusement, la trêve a pris fin. Presque dix ans jour pour jour après Katrina, les tempêtes ont repris. Et elles veulent se venger. En six semaines, la Louisiane a ainsi connu le passage de six tempêtes majeures, dont deux ouragans. Une instabilité grave couplée à l’épidémie sanitaire qui mettent sur la paille d’innombrables familles. Selon l’Agence fédérale de gestion des situations d’urgence, près de 8000 personnes évacuées occupent actuellement près 3500 chambres d’hôtel dans la région. Et ces chiffres ne concernent que les personnes « relogées ». Une situation qui ne risque pas de s’améliorer de sitôt pour ces réfugiés (au sein de leur propre pays) qui attendent une prise en charge d’un État fédéral plus occupé à préparer une campagne présidentielle délétère qu’à prendre soin de ses habitants dans le besoin.

Des nouveaux mobiliers urbains pour faire respirer les villes

Arbre à algues installé avenue Jean Jaurés à Toulouse © Kyanos Biotechnologies

Un arbre artificiel qui est capable d’aspirer la pollution et rejeter de l’air pur. C’est le tout nouvel objet urbain que Toulouse expérimente actuellement. Un très bel outil pour permettre à la ville de respirer et surtout de réduire drastiquement sa pollution de l’air. Cette ossature futuriste intègre des micro-algues qui sont capables de dévorer le CO2 comme le font les plantes. Cet arbre artificiel pourrait capturer autant de carbone que cent vrais arbres. C’est une initiative géniale pour permettre aux grandes villes de ne plus suffoquer. Il permet de rendre l’air plus respirable, ce qui est fondamental dans des villes toujours plus peuplées. Cette structure venue tout droit d’une autre planète pourrait bien fleurir dans nos villes. Mais cet arbre n’est pas le seul outil pour purifier l’air, il en existe bien d’autres notamment un mur végétal qui peut capter les particules fines et nettoyer l’air autant que 275 arbres réunis. Autant d’outils pour permettre aux cités urbaines de reprendre leur souffle, de purifier leur air et de permettre à leur population de vivre mieux. Surtout quand on sait que, dans l’Union européenne, 13% des morts sont liés à la pollution. Espérons que ces outils deviennent la norme dans de nombreuses villes afin de préserver des vies humaines !

Sexisme en politique : un combat permanent

© Xinhua/Zheng Huansong/Newscom/Abaca

Sanna Marin, Première ministre finlandaise, a récemment posé pour le magazine de mode Trendi. Le magazine a par la suite partagé une photo du shooting sur son compte Instagram. Certaines réactions ne se sont pas faites attendre, critiquant le décolleté plongeant de la Première ministre et estimant que ce n’était pas une tenue appropriée pour quelqu’un de sa position. Après ce retour de bâton, une vague de soutien a émergé : nombre d’utilisateurs (hommes et femmes) ont recréé la photo en question avec le hashtag #ImWithSenna, dénonçant le sexisme en politique. Une tendance récurrente dans le milieu. On se souvient en effet de Cécile Duflot, huée à l’Assemblée française en 2012 pour une robe à motifs, ou encore Ségolène Royal, « félicitée » en 2014 par un député pour le choix de la couleur de son tailleur. Pour ne parler que de ces deux exemples. Il serait grand temps que l’on considère les femmes sérieusement en politique. Pourquoi seraient-elles moins compétentes ou qualifiées que les hommes? Peu importe la couleur de leur tailleur, de leur robe, si elles ont un décolleté ou non, si elles portent des bijoux ou non. Leur choix vestimentaire ne définit pas leurs compétences et leur légitimité. Il existe une réelle différence de traitement entre les hommes et les femmes au sein de la politique, et il est temps que les choses changent. Parce que si le sexisme existe en politique, comment une société définie par ces mêmes politiques pourrait-elle ne pas l’être ?

Le début de la fin de la guerre cinéma-streaming?

© Adobe Stock

La réflexion on la connaît, et son hypocrisie ne cesse d’hérisser les poils : « Netflix et les plateformes de streaming tuent le cinéma ». En recul depuis plusieurs années, le 7ème Art a toujours pointé du doigt ses voisins numériques comme les seuls responsables de son déclin. Une opposition qui n’est pas sans rappeler l’éternel « confrontation » entre l’ancienne et la nouvelle génération. Mais tout le monde dans le milieu cinématographique n’est pas aussi fermé d’esprit que le discours général. Cette semaine, le patron du Festival de Cannes Thierry Frémeaux a ainsi déclaré qu’en pleine crise, les deux ennemis potentiels avaient montré qu’ils pouvaient parfaitement cohabiter. Covid oblige, de nombreux films ne sont en effet pas passés par la case « salles » et sont directement sortis sur les plateformes en ligne. Et les chiffres se sont montrés très bons. De quoi faire dire au patron cannois que « cinéma et télévision cohabitent depuis des années. Cinéma et plateformes commencent à savoir cohabiter. » L’avancée d’honnêteté intellectuelle est notoire mais sans doute pas tout à fait dénuée d’intérêts. À trop tirer à boulets rouges sur le streaming, ce dernier pourrait, à l’avenir, refuser toute collaboration. Et ce serait tout le milieu cinématographique qui tomberait par terre (quand les services streaming continuerait, eux, de se porter pareil). Caresser les plateformes dans le sens du poil, c’est s’assurer une future collaboration en cas de besoin. À noter tout de même le point de vue très critique de Thierry Frémeaux sur la nécessite pour le cinéma de se réinventer : « Le grand défi, c’est qu’il va falloir qu’il y ait plein de beaux films dans les deux-trois ans à venir. » Parce que contrairement au discours habituel, ce ne sont pas les plateformes qui tuent le cinéma mais le cinéma lui-même. Par la baisse du nombre de productions d’envergure et de qualité.

Copenhague expose le bonheur

Cet été, la capitale du Danemark a inauguré le premier musée du bonheur du monde. Le but? Inviter le visiteur à découvrir les différents ressorts du bien-être et expliquer pourquoi les habitants des pays nordiques sont parmi les plus heureux. En pleine pandémie de Covid-19, avec une ambiance particulièrement anxiogène, un musée consacré à 100% au bien-être est une belle initiative. On ne peut qu’apprécier ! Comprendre le bien-être et le bonheur est fondamental dans notre société. Il est à regretter qu’il ne soit pas plus expliqué aux enfants dans nos écoles. Encore une fois, c’est un pays nordique qui montre l’exemple, le bon exemple. À travers des salles thématiques, le visiteur découvre la notion de bonheur d’un point de vue scientifique, politique ou encore géographique. Ce musée assez feel good fait du bien dans cette période sombre que le monde traverse. Une super initiative !

En 2022, Fukushima finira dans le Pacifique

© Maxppp / Kyodo

Selon TEPCO, la multinationale japonaise en charge de la centrale de Fukushima-Daiichi, il faut 170 tonnes d’eau pour refroidir les réacteurs et éviter une nouvelle fusion. Le problème : la multinationale affirme qu’il n’y a plus assez de place pour stocker les eaux. Mais où l’évacuer ? TEPCO et des experts (commissionnés par le gouvernement japonais) privilégient l’évacuation des eaux usées dans l’océan Pacifique pour 2022, pratique déjà existante au Japon et à l’étranger. Avant d’être rejetées dans l’océan, les eaux seront filtrées plusieurs fois pour enlever les charges radioactives. Par contre, le tritium, un élément pourtant radioactif, ne saura pas être filtré. Selon les experts, ce tritium a une faible durée de vie d’une dizaine d’années par rapport à d’autres déchets et aurait une très faible radiotoxicité. Toutefois, la question de l’environnement ne semble pas être abordée par le Japon : qu’en est-il de la vie sous-marine ? On le sait, l’activité humaine abîme le corail et les êtres marins et il est difficile de sauver la mise. Les pêcheurs et agriculteurs luttent fermement contre cette décision, craignant les répercussions sur leur image ou la qualité de leurs produits. Évidemment, après la question des répercussions sur la vie océanique et maritime, qu’en est-il des répercussions sur notre santé ? Le tritium n’est dangereux pour la santé humaine qu’à très haute dose, selon plusieurs experts. Des grands doutes subsistent et ces questions ne semblent pas réellement être abordées. D’autres solutions existent, comme l’évaporation ou la construction d’un autre site de stockage. Pourtant, les autorités japonaises affirment que cela prendrait trop de temps. Hé oui : il s’agit d’être vite prêt et de donner une belle image pour les prochains Jeux Olympiques… durant lesquels certaines épreuves auront lieu dans l’océan. Ironie vous dites ?

Starbucks : la diversité pour gagner plus

© Harun Ozmen

Depuis plusieurs semaines, le mouvement Black Lives Matter s’est emparé du monde. Mais il revêt une forme plus puissante aux États-Unis, là où tout a commencé. Depuis la mort de George Floyd, la pression ne cesse de monter sur la société américaine pour plus d’égalités entre les différentes communautés du pays. Des revendications qui touchent directement les plus grandes entreprises du pays de l’Oncle Sam. Starbucks est de celles là et vient d’axer sa stratégie pour favoriser la diversité : d’ici 2025, la chaîne ambitionne que 30% de ses salariés soient des personnes de couleur et que ses cadres reflètent davantage la diversité. Et pour atteindre cet objectif, ils ont lancé une mesure économique : les managers de l’entreprise seront désormais payés en fonction du pourcentage de personnes de couleurs employées. Une formation sur les préjugés raciaux leur sera également imposée. L’initiative est évidemment louable, et il est plus que temps qu’une évolution de la discrimination à l’emploi soit entamée. Mais une telle mesure permettra-t-elle vraiment de changer les mentalités sur la question? Car engager des employés noirs parce qu’ils sont noirs et non pour leurs compétences peut être considéré comme un acte tout aussi raciste que d’engager des blancs parce qu’ils sont blancs. Et il est difficile d’imaginer que les Américains les plus racistes ne vont pas interprété cette mesure comme telle. Autre point de suspicion : les patrons des franchises Starbucks appliqueront-ils cette mesure « pour augmenter la diversité et lutter contre les inégalités » ou pour gonfler leur salaire ? Certes, la diversité se trouverait augmenter dans les deux cas, mais pas pour les bonnes raisons (et les mentalités n’auront pas évolué). Il est également triste de constater qu’il faut payer les personnes influentes pour qu’elles engagent des personnes de couleur.

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