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Conformément au titre de l’article, la rédaction de MAJ partage une playlist de morceaux qui ont marqué le mois écoulé. Plus encore qu’une simple liste, une courte description ou analyse sera proposée pour chaque son. Cette publication a pour but le partage et la possibilité de découvertes musicales.

[Coup de coeur] Immortel (Gims – single) : Disons le clairement, Immortel est notre coup de coeur du mois bien plus pour son clip et sa symbolique que pour le morceau en lui-même. Certes, cela fait extrêmement plaisir de voir Gims retourner à la base de son art mais le message visuel dépasse, de loin, ces considérations purement personnelles. Profondément engagé dans la “cause africaine”, le rappeur de Kinshasa n’en est pas à son coup d’essai mais ces derniers temps, il multiplie les références à la situation des Noirs de par le globe. Le titre du morceau fait référence à l’immortalité du peuple africain face aux éternelles “complications” (ceci est un euphémisme) imposées au cours de l’Histoire. Dans le clip, Gims se retrouve ainsi incarné à l’époque du Ku Klux Klan, de la guillotine française, de George Floyd, des pogroms en Inde, des prisons futuristes, de la chaise électrique et de la guerre au Congo (son pays d’origine). Chaque fois, sa vie est mise en danger. Choisir ce clip comme coup de coeur de la rédaction, c’est aussi notre façon de soutenir le mouvement Black Lives Matter et toutes autres luttes des opprimés de par le monde. Parce que mettre une photo de profil noire pour se soulager la conscience, ce n’est pas soutenir une cause. Pour soutenir, il faut (au moins) relayer.

  • mad woman (Taylor Swift – folklore) : L’album folklore sorti cet été est en rupture complète avec ce que l’artiste a déjà produit auparavant. On la retrouve dans un album plus calme et doux, presque mélancolique, aux airs marqués par le piano et la guitare. Dans un genre qu’on pourrait nommer de “folk”, d’ “alternatif”, l’album a été écrit et enregistré pendant le confinement. C’est donc un album surprise, imprévu qui est sorti ce 24 juillet. Le contexte de cet album explique les thèmes abordés et les histoires racontées :  “Dans l’isolement, mon imagination s’est emballée et cet album en est le résultat, une collection de chansons et d’histoires qui ont coulé comme un torrent de conscience. Prendre un stylo était ma façon de m’évader dans la fantaisie, l’histoire et la mémoire. J’ai raconté ces histoires au mieux de mes capacités avec tout l’amour, l’émerveillement et la fantaisie qu’elles méritent. Maintenant, c’est à vous de les transmettre.” Swift a ainsi choisi de mêler histoires rapportées, souvenirs propres et imagination.
    Dans mad woman, elle crée un lien entre son vécu et le mythe de la femme folle et hystérique. Elle raconte sa colère contre Scooter Braun, magnat de l’industrie musicale, dont la société a racheté l’ex maison de disques de la chanteuse. Un conflit assez corsé les oppose concernant les droits sur les anciennes musiques de Swift. mad women dépeint sa colère contre l’américain et profite de l’occasion pour abattre ce stéréotype qu’une femme ne peut pas se mettre en colère (et si c’est le cas, alors elle est hystérique ou sur-réagit). Swift fait remarquer que ce n’est rien de plus qu’un stéréotype et un double standard (“There’s nothing like a mad woman“/“il n’y a rien de tel qu’une femme folle”) et qu’il est normal de réagir quand on est provoqué. Cela peut être résumé par une de ses interviews il y a quelques années “[Dans notre société] Un homme est autorisé à réagir, une femme ne peut que surréagir”.
    L’album est très agréable à écouter et est très bien pensé du point de vue de l’écriture. Au fil des chansons les thèmes s’entrecroisent, se répètent et on décèle peu à peu le sujet central (voire les différents sujets) abordé dans chaque morceau. Agréable à écouter pendant l’été pour un peu de calme et parfait pour l’automne qui s’est installé.
  • La Fièvre (Julien Doré – Aimée) : Avec La Fièvre, Julien Doré nous offre un titre qui puise dans une actualité très chaude, celle du réchauffement climatique. Même si ce morceau est assez doux, les paroles sont fortes pour nous rappeler que l’urgence n’est pas que sanitaire. D’une façon poétique, pop et gentiment engagée, Julien Doré arrive à nous faire vibrer sur quelques notes de synthé et une voix haute pitchée. Dans le clip, on voit un homme dont la tête a été remplacée par un globe terrestre se dandiner en faisant du repassage ou se prendre un bain à bulles. Ce visage incarne le monde. Un monde qui “a changé”, qui “s’est déplacé quelques vertèbres” comme nous le chante la star. Voilà deux ans que le chanteur avait disparu des radars et il revient avec un message clair : sauvons cette planète qui s’éteint à petit feu. Un titre à savourer sans modération ! 
  • Si tu m’entends (Guizmo – single) : Après plusieurs mois de grosses galères personnelles, Guizmo retrouve un sens à la vie dans sa musique, plus personnelle et directe. Fortement marqué par l’addiction et la mort de certains proches, le rappeur semble avoir trouvé dans son art une vertu thérapeutique. Sa voix y tremble, sa plume y vibre, son émotion y vit. Avec Si tu m’entends, l’ex-membre de l’Entourage rend cette fois un magnifique hommage à son père. Une production entièrement tournée vers l’émotion : une mélodie au piano, un tempo à contre-temps et une flopée d’accords mineurs. Un choix artistique ouvertement avoué avec l’identité visuelle, en noir et blanc, du clip. Un support visuel fortement construit, connoté et référencé qui renforce l’impression d’oeuvre totale. Un grand retour.
  • Midnight Sky (Miley Cyrus – single) : Avec une chanson très pop et un air qui semble très rapidement familier, Miley Cyrus revient avec une esthétique bien à elle : quelque chose de décalé, d’américain, de coloré. Dans Midnight Sky, la chanteuse clame son indépendance après dix ans de longue relation pimentées de “je t’aime, je ne t’aime plus” avec l’acteur Liam Hemsworth. Elle se redécouvre et redécouvre la vie sans une personne fixe à ses côtés, mettant quelque part fin à une dépendance affective. Délivrance pour la chanteuse qui retrouve une certaine liberté et se rend compte qu’elle peut vivre sans cet ancien compagnon (“Je suis née pour courir, je n’appartiens à personne, je n’ai pas besoin d’être aimée par toi”). Une sorte d’ode de liberté et de confiance en soi.
  • Mais je t’aime (Grand Corps Malade – Mesdames) : Mais je t’aime a bousculé la scène musicale mais pas que. Notre cœur a aussi été touché de plein fouet. Avec ce titre d’une grande justesse, Camille Lellouche et Grand Corps Malade parlent de deux êtres humains avec leurs forces et leurs faiblesses mais qui restent unis par l’amour qui les anime. Camille Lellouche, surtout connue pour son humour, pique à vif avec sa douceur dans ce titre. Nombreuses sont les âmes sensibles à avoir été profondément touchées par ce texte puissant mais pudique. Une chanson simple avec des paroles claires et efficaces qui bouleversent. Quand la jeune femme lui propose ce titre, Grand Corps malade est immédiatement séduit. Un vrai coup de foudre autant pour GCM que pour les auditeurs. Les voix tremblent, les mots piquent et le duo nous donne des frissons. Un titre authentique qui sert à réchauffer les cœurs, on ne s’en lasse pas ! 
  • Joli bébé (Naza feat Niska – single) : Comment faire une playlist d’été sans parler du cliché du genre ? Alors certes, Joli bébé n’est sorti qu’à la mi-septembre (quel est ce choix incohérent ?) mais il coche bien toutes les cases du « morceau de l’été ». Mélodie aérienne, tempo faux-lent, percussions africaines, autotune et refrain entêtant : tout est fait pour se laisser aller à bouger (au moins) les épaules. On passera évidemment sur les paroles, qui servent plus à accompagner l’instru qu’à réellement représenter l’élément central du morceau, comme souvent dans ce genre de sons. Soyons clairs : il ne s’agit pas ici de la chanson de l’année mais bon, c’est toujours sympa pour oublier le temps gris du moment.
  • Break My Heart (Dua Lipa – Future Nostalgia) : Pour son dernier album, Dua Lipa s’est inspirée des sons des années 80 et a intentionnellement inclus quelques clins d’oeil dans ses chansons, mêlant finalement passé et présent (d’où le titre de l’album, future nostalgie). Break My Heart réussi son pari : elle est une chanson entraînante qui nous a suivi tout l’été. La chanteuse fait référence à son petit ami actuel comme étant “celui” dont elle tombe profondément amoureuse, à tel point que si jamais ils devaient se séparer, ce serait une rupture dont elle ne se remettrais jamais. Le clin d’oeil aux années 80 ? Un sample répété provenant de la chanson Need You Tonight de INXS, sortie en 1987. On vous laisse apprécier cette nostalgie.
  • Dernier métro (Kendji Girac feat. Gims – Mi Vida) : C’est une collaboration que l’on attendait tous ! Il y a 7 ans, Kendji Girac reprenait Bella de Gims, lors des auditions à l’aveugle de The Voice. Et depuis, on n’attendait qu’une seule chose : que les deux artistes s’entendent sur un titre. C’est chose faite !  Avec Dernier Métro, Kendji et Gims nous offrent un titre rythmé qui va en faire danser plus d’un. A travers les paroles, le duo parle de repartir à zéro, sans regret. Le single composé par Gims, Renaud Rebillaud et Vitaa encourage à tourner la page face aux erreurs du passé. Ils chantent la nostalgie sur une ballade des plus enivrantes. Un régal pour tous les amateurs de danse et on s’en délecte sans aucune modération. 
  • 911 (Ichon – Pour de vrai) : Pour son premier album, Ichon nous a gratifié d’une production complète, variée et intéressante. Et le morceau qui en ressort le plus, c’est le premier son clipé : 911. Dans son style très particulier, Ichon nous propose une introspection sur deux thèmes (re)connus mais traités intelligemment : le besoin de liberté et la confiance en soi. Certes, Ichon n’est pas l’artiste le plus technique de sa catégorie mais l’atmosphère qu’il parvient à instaurer sur ses morceaux est assez remarquable. Et surtout, elle fonctionne. Et le rappeur est un artiste complet, qui travaille autant son image que son son : l’idée des cordes en pelotes de laine est géniale et colle parfaitement à son univers décalé. Avec un style assez hybride qui pourrait plaire à un public aussi mainstream qu’hip-hop, il reste étonnant que la plus belle crinière du rap francophone n’ait jamais été remarquée à plus grande échelle. Du coup, on déguste notre bonbon en espérant que le reste du paysage musical s’intéressera à cette intéressante confiserie.

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