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Plus qu’une simple revue des événements de la semaine écoulée, cette chronique se veut critique, réflexive et anglée. Que s’est-il passé cette semaine que l’on puisse soumettre à l’oeil de la critique et du recul ? Tel est l’objectif de la Revue de la semaine.

L’habitat naturel des animaux en recul alarmant

Selon une étude parue dans Nature Communications, la disparition de l’habitant naturel des animaux, en net recul depuis plusieurs décennies, ne risque pas de se tasser. Au contraire. En analysant l’évolution de l’aire de répartition géographique de près de 17.000 espèces entre 1700 et aujourd’hui, les scientifiques avancent 16 scénarii possibles, tous impliquant la menace des écosystèmes planétaires. Dans le pire des cas, 23% de l’habitat naturel actuel des animaux aura disparu d’ici 2100. Certes, il s’agit ici de la projection la plus pessimiste mais la tendance générale de l’étude reste du même acabit : en moyenne, c’est 18% des territoires qui disparaîtront. Les deux raisons principales à cette dévaluation sont la crise du réchauffement climatique et la faim dans le monde. Si la première paraît évidente, la deuxième implique une conversion de plus en plus importantes des terres « sauvages » par l’homme pour tenter de subsister. Et comme les mégalopoles du Moyen-Orient et d’Afrique ne connaîtront leur boom démographique que dans les prochaines décennies, la pression sur la nature n’en est encore qu’à ses débuts. Selon plusieurs études, les prédictions avancent que, sans action climatique ni revirement de situation, des grandes parties de la forêt amazonienne pourraient devenir un mélange de savane, de bois et de prairies à la fin du siècle. La seule solution pour inverser cette courbe destructrice est le changement drastique de stratégie politique et environnementale. Difficile pourtant de voir opérer un revirement aussi important quand on observe la réalité du « changement environnemental » promis au début du siècle : 20 ans plus tard, rien n’a changé, tout a empiré.

L’enseignement à distance n’est pas une tare pour tout le monde

© Les Echos

En Asie, l’enseignement en ligne semble vouloir s’installer durablement. Plusieurs grandes écoles de commerce à Singapour, Shanghai et Pékin espèrent continuer à séduire les étudiants étrangers grâce aux cours en ligne. À l’est du monde, l’enseignement à distance pour les étudiants ne semble pas être un problème. Bien au contraire. Certaines grandes écoles comme la China Europe International Business School (Ceibs) de Shanghai, l’école de commerce de l’Université nationale de Singapour ou encore celle de l’université de science et de technologie de Hong Kong (HKUST) sont mêmes décidées à inscrire l’enseignement en ligne au programme des cours. Là-bas, il semble même que mêler l’apprentissage en ligne et en présentiel pourrait devenir l’avenir de l’enseignement. Le coronavirus a bouleversé le monde et la façon dont il fonctionne. Mais plutôt que de se lamenter sur leur sort, certaines universités asiatiques veulent aller de l’avant et faire de cette maladie une occasion de se réinventer. C’est une réelle différence avec notre enseignement qui, au premier confinement, a baissé les armes et envoyé les enfants à la maison. Comme une impression que tout est toujours plus compliqué chez nous. Alors même si les cours en ligne ne sont pas faciles pour tout le monde dû au manque de matériel, de concentration ou d’investissement, cette situation particulièrement inédite est sans aucun doute une opportunité pour repenser l’enseignement. Les enseignements en ligne pourraient en effet permettre de favoriser des partenariats d’un type nouveau entre les écoles et les universités et l’émergence de cursus internationaux ou créer des formations à temps partiel mieux adaptées aux besoins des professionnels. Voici donc une aubaine pour faire évoluer l’enseignement mondial et faciliter les échanges estudiantins entre pays. Encore faut-il en saisir l’opportunité.

Les discriminations sur le devant de la scène

Il y a quelques mois, un compte Instagram a été créé par deux étudiantes en école de théâtre en Belgique. Sa particularité ? « Paye ton rôle » vise à libérer la parole sur les discriminations et abus dans les écoles de théâtre en Belgique et à l’étranger. En 5 mois, plus de 250 témoignages ont envahi le compte dénonçant sexisme, homophobie, racisme et abus sexuels. Les deux jeunes femmes pointent également du doigt certains abus de la part de professeurs et ce, sans que les directions des établissements ne réagissent. En somme, de biens jolis pour dire que des attouchements, des abus ou des discriminations ont été passé sous silence. « Mon prof, me trouvant trop pudique, s’est collé derrière moi et m’a attrapé le sein, devant tout le monde en disant : « La scène c’est ça, c’est la liberté du corps, il faut vous libérer. » Sous prétexte de faire de l’art, de la scène, les étudiants sont censés tout accepter sans broncher, outrepassant limites, consentement et intimité. Les deux étudiantes à l’initiative de ce projet évoquent également un manque de pédagogie : la majorité des professeurs sont directement issus du milieu professionnel et n’ont pas forcément eu recours à des formations, ce qui peut engendrer des situations complexes ou ambiguës. Les discriminations et autres abus doivent êtres traités tout aussi scrupuleusement que dans d’autres domaines. L’amour de l’art n’est en rien une excuse pour mal traiter des élèves.

Le coronavirus va-t-il sauver les énergies renouvelables?

Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), les énergies renouvelables ont enregistré un « nouveau record en 2020 ». À l’inverse, le pétrole et le gaz se sont montrés fortement impactés par la crise sanitaire et ne peuvent plus rivaliser. Cette année, près de 90% de l’augmentation de la capacité énergétique mondiale provient de l’électricité propre et l’AIE prévoit que les énergies renouvelables deviennent la première source d’énergie en 2025. D’ici 5 ans, le photovoltaïque, l’éolien, l’hydrogène et autres sources vertes devraient fournir un tiers de l’électricité mondiale. Une tendance qui s’est affirmée davantage durant la crise pandémique. Si les énergies fossiles sont passées dans le rouge, victimes directes des différents confinements, les énergies renouvelables ont démontré leur résistance et affichent un solide taux de croissance. À tel point qu’elles sont devenues « de plus en plus attractives pour les investisseurs » qui préfèrent couvrir un coût légèrement plus élevé au départ mais rapportant bien plus et avec de meilleures garanties. Depuis décembre 2019, la cotation de l’industrie solaire a doublé et la preuve d’un secteur « qui ne connaît pas la crise » devrait encore augmenter l’engouement nouveau autour d’une électricité plus propre. Alors, si dans toutes ses catastrophes, le Covid pouvait au moins nous apporter cela, on trouvera peut-être un petit peu de réconfort.

Trafic d’espèces sauvages : Interpol a mis le paquet

Thunder, c’est le nom de l’opération menée par Interpol (Organisation internationale de coopération policière) dans 103 pays différents pour lutter contre le trafic d’espèces sauvages et de produits naturels. C’est la 4ème action du genre depuis 2017. Elle a cette fois ciblé des espèces protégées par la Convention sur le commerce international, des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES). Cette vaste action a permis de saisir une centaine de cargaisons de bois, des milliers de tortues, oiseaux et reptiles, ainsi que plus d’une tonne d’ivoire. Des saisies records et l’arrestation de 699 trafiquants. Maintenant, tout reste encore à faire et cette saisie ne représente qu’une goutte d’eau dans l’océan que représente le braconnage et le trafic d’animaux. Un problème qui tarde cependant à être réglé malgré les problèmes qu’il engendre pour la difficile conservation des espèces. En attendant la multiplication des actions d’Interpol, on ose espérer que d’autres organisations de ce type seront mises sur pied.

Amazon, ce géant qui écrase tout le monde

Alors que le commerce en ligne se popularise en Europe et s’est fortement développé durant la pandémie, le géant Amazon vient tout écraser. La Commission européenne a ouvert deux enquêtes concernant ce géant du commerce et l’a accusé d’utiliser les données des vendeurs tiers qui vendent par l’intermédiaire de son site pour fausser illégalement la concurrence en France et en Allemagne. Ils sont également suspectés de privilégier ses propres offres et les vendeurs tiers utilisant la plateforme ou ses services de livraison. Ce n’est pas tant la taille de l’entreprise qui est vue d’un mauvais oeil mais bien les pratiques commerciales qui écrasent ou freinent illégalement la croissance de ses concurrents. En temps de pandémie et au vu de la fermeture de nombreux commerces, il est important de soutenir et de privilégier nos petits commerces. Si en plus le géant Amazon profite de la situation pour enfoncer encore plus des concurrents et de manière illégale, ce serait permettre une concurrence déloyale. Evidemment, Amazon a réagi par communiqué en déclarant qu’il n’était pas d’accord avec les conclusions de la Commission.

Un chien vaut mieux que deux tu l’auras

La nouvelle statue inaugurée à Achgabat © Turkmen Portal

On le sait, tout homme fort au pouvoir veut imposer sa personne à son pays. Mais parfois, le culte de la personnalité prend des aspects plus étonnants. Au Turkménistan, le président Gurbanguly Berdymukhamedov vient en effet d’inaugurer une gigantesque statue dorée de six mètres de haut dans la capitale Achgabat. Le plus puissant des Turkmènes est coutumier du fait qu’il avait fait construire, à sa gloire, une statue de 20m faite en bronze et recouverte d’une feuille d’or de 24 carats en 2015. Mais cette fois-ci, on ne retrouvera pas une énième représentation présidentielle mais un symbole du pouvoir : un chien. Fasciné par les animaux, Berdymukhamedov voue un culte tout particulier aux « animaux turkmènes », ceux qui « représente » le pays, ses valeurs et son identité. Cette nouvelle statue représente ainsi un alabai, chien fétiche du chef d’État, et sa statue de 2015 le représente sur un akhal-teke, une race de cheval considérée comme un emblème du pays. Le président a également placée le 26 avril comme « fête nationale en l’honneur de l’akhal-teke ». Grâce à ces immenses statues, l’homme fort du pays assure la postérité de son culte personnel puisque ses constructions folles rappèleront sa mémoire bien après sa mort. Une chose semble se dégager clairement de la politique de Berdymukhamedov : le président turkmène préfère aider et célébrer le meilleur ami de l’homme à l’homme (de sa population).

Les brèves

  • Evo Morales accueillit en héros : parti en exil après les troubles qui avaient suivi sa réélection controversée, l’ex-président bolivien (2006-2019) est rentré au pays un an jour pour jour après son départ. Avec l’élection de Luis Arce à la présidentielle du 18 octobre, le mandat d’arrêt contre lui a été annulé, lui permettant de revenir d’Argentine. Il a foulé le sol bolivien à Chimoré, la ville d’où il était parti il y a un an. Son retour a été marqué par une foule en liesse venue l’accueillir. Malgré tout le soutien reçu, il a déclaré vouloir se retirer de la vie politique.
  • « Hold Up », un documentaire hypocrite qui critique l’hypocrisie : impossible de juger du fond de cette réalisation en si peu de lignes, on se contentera de parler de son éthique. Le documentaire prétend dévoiler les secrets et critiquer l’hypocrisie, mais son réalisateur se montre on ne peut plus hypocrite. Entre l’affiche initiale et l’affiche définitive, CNews a décidé de parler du documentaire, d’en tirer une critique très favorable et de lui faire un gros coup de pub. Résultat? Le logo de CNews, placé pour dénoncer « les médias menteurs », a disparu de l’affiche définitive. Une belle preuve de « écoutez ce que je dis, pas ce que je fais ».
  • Au Nagorny Karabakh, des habitants brûlent leur maison : avant de prendre le contrôle du Nagorny Karabakh, l’Azerbaïdjan a eu une sacrée surprise. Pour se protéger des pillages et d’actes de profanation, des habitants de petits villages ont brûlé leur maison ce samedi avant de s’enfuir en Arménie. Cet acte était leur façon de protéger leurs biens et est un aperçu des conséquences de la situation complexe entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan.

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