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Plus qu’une simple revue des événements de la semaine écoulée, cette chronique se veut critique, réflexive et anglée. Que s’est-il passé cette semaine que l’on puisse soumettre à l’oeil de la critique et du recul? Tel est l’objectif de la Revue de la semaine.

La Bolivie s’offre l’union civile entre homosexuels

Aruquipa Pérez et Guido Álvaro Montaño Durán sont entrées dans l’histoire : ils sont les deux premiers boliviens à s’être unis civilement. La décision du Service de l’état civile de Bolivie a salué cette décision de « précédent pour que d’autres couples bénéficient de la même reconnaissance. » Les deux quarantenaires avaient entamé leur bataille juridique en 2018 suite au refus de reconnaissance de leur union après onze ans de vie commune. La Constitution bolivienne avait été invoquée à l’époque puisqu’elle réserve le mariage et l’union civile aux couples hétérosexuels et c’est la Cour constitutionnelle qui a donné raison au couple en se basant sur une décision de la Cour interaméricaine des droits de l’homme (Cidh) de 2017. Le premier couple homosexuel de Bolivie dispose désormais des mêmes droits que les couples hétérosexuels à l’exception de l’adoption qui leur est encore impossible. Réputés pour leur importance accordée à la religion et aux « traditions », les pays sud-américains s’ouvrent de plus en plus aux moeurs « modernes ». Et cette première en Bolivie devrait en précéder bien d’autres.

Etats-Unis : l’alimentation des écoliers bafouée

En 2010, l’administration Obama était parvenue à faire adopter la loi Healthy, Hunger-Free Kids Act (littéralement la « loi pour des enfants en bonne santé et bien nourris »), visant à améliorer et encadrer l’alimentation des enfants dans les écoles. C’était une avancée majeure pour les Etats-Unis où le pourcentage d’enfants obèses est extrêmement élevé. Mais quelques semaines avant de perdre le pouvoir, Donald Trump va encore une fois faire parler de lui. Il n’a, semble-t-il, jamais apprécié le régime fait de céréales complètes, de la baisse des quantités de sel et de la suppression des « laits écrémés aromatisés » imposé par son prédécesseur. Avant sa passation de pouvoir, le président sortant veut marquer les esprits, notamment en redoublant d’efforts pour rendre les normes alimentaires moins strictes. Rien d’étonnant quand on sait que Donald Trump avait fait livrer des centaines de burgers à la Maison Blanche lorsqu’il avait reçu l’équipe de Baseball championne. Ce revirement devrait principalement toucher les familles précarisées et modestes dont l’accès à des repas équilibrés dépend davantage de l’école. On ose espérer que le prochain président, Joe Biden, sera, lui, plus ouvert à la préservation de la santé de millions de jeunes Américains.

La censure, l’arme algérienne contre les médias

Depuis l’élection d’Abdelmajid Tebboune comme président d’Algérie il y a un an, une vague de censure s’est abattue sur le monde des médias et de l’information. Cette semaine, d’autres sites, tel Twala ou Casbah Tribune qui a été bloqué cet été, ont ressenti le musellement croissant du Gouvernement en place et ont été censuré par les pouvoirs publics. Ce sont les médias indépendants en ligne qui sont concernés, qu’ils soient politiques ou spécialisés dans le domaine de la santé et aucune explication ne leur est donnée. Les différentes rédactions s’amusent de cette censure : les éditeurs et les lecteurs algériens ont appris à contourner cette censure avec des VPN qui contournent l’adresse IP des utilisateurs (et donc sa localisation). La colère et l’incompréhension sont toutefois grandissantes : cela empêche la qualité de l’accès à l’information. Ce n’est ni plus ni moins qu’une atteinte à la liberté de la presse et au droit d’informer. Le peuple algérien doit faire attention, le pays semble prendre une drôle de tournure.

L’impact humain dépasse désormais les ressources naturelles

Selon une étude parue dans la revue Nature, la masse de ce que l’homme produit (bâtiments, routes, voitures,…) dépasse la production de biomasse par la nature. Pour la première fois de l’histoire, la masse produite par l’homme surpasse celle de toutes les formes de vie sur Terre, ce qui donne une idée des dégâts que peut occasionner notre seule espèce. Plus édifiant encore : la masse de ce que l’homme produit ne cesse de doubler tous les vingt ans, et le phénomène ne semble pas prêt de s’inverser. La masse de plastique dépasse en effet déjà celle de tous les animaux du globe et aucune stratégie de réduction du plastique ne sera mise en place avant longtemps. Les preuves s’accumulent et le doute n’est plus permis : par sa seule activité, l’être humain participe au surpassement et à la destruction de la planète qui l’a mis au monde. Et les arguments du style « ce n’est pas moi, à mon échelle, qui détruit la Terre » ne tiennent plus. Tout le monde a sa responsabilité, à nous de voir ce que l’on veut en faire.

« Iwakan » ou décalage avec les autres

Au Japon, quatre journalistes appartenant à la communauté LGBT viennent de lancer la revue Iwakan destinée à la lutte contre les stéréotypes genrés. Un projet important dans ce pays qui a encore du mal à se défaire de ses valeurs patriarcales et où le mariage homosexuel n’est toujours pas légalisé. Cette revue va permettre aux jeunes Japonais de trouver un endroit où seront partagées et mises en avant les questions, interrogations, conseils et autres aides qu’ils ne trouvent pas ailleurs. Les quatre journalistes trentenaires à l’origine du magazine condensent leurs expériences quotidiennes dans la revue. Leur but? Créer un pont entre les personnes chez qui ces stéréotypes genrés sont très ancrés et les LGBT. Une belle initiative qui va permettre de libérer la parole de nombreux jeunes Japonais. Mais ne serait-ce pas plutôt au gouvernement de prendre des mesures pour aider les différentes communautés LGBT à être à leur place dans la société? On ose croire que le gouvernement nippon lira cette revue et comprendra qu’il est grand temps d’agir. Mais on espère surtout que d’autres pays où les droits de ces communautés « hors normes » sont bafoués vont réagir. En attendant, des actions positives comme Iwakan sont les bienvenues.

Accord de Paris : Paroles, Paroles

Pour célébrer les cinq ans de l’Accord de Paris, accord mondial sur le réchauffement climatique, 80 dirigeants du monde et chefs d’entreprises ont participé à un sommet virtuel. Pour éviter que certains y participent les mains dans les poches ou en traînant les pieds, les participants devaient venir avec des objectifs concrets et un peu plus ambitieux. Dans tout ce beau monde, le Pape François a rappelé que les effets de la pandémie actuelle et du réchauffement climatique pèsent d’abord sur les plus pauvres. Entre d’autres mesures, l’Europe et la Chine annoncent un engament plus ferme et Biden promet un retour de son pays dans cet accord. Les promesses sont belles et donnent envie d’y croire. Pour autant, trop de pays ont trop souvent fait des promesses sans lier le geste à la parole. Il faut maintenant des actions concrètes qui tendent réellement vers un mieux. Sans ça, comment les croire ?

À Miami, les pauvres ne font pas ami-ami avec le climat

Cette année fut terrible pour la Floride, et particulièrement pour la ville de Miami, violemment touchée à plusieurs reprises par les tempêtes et ouragans. Et selon une étude de l’université de la ville, ce sont les logements des populations les plus pauvres qui ont été particulièrement exposés et le restent encore. Cette constatation provient de l’urbanisation de la ville qui dévoue ses quartiers pauvres aux plus basses altitudes, plus sujettes aux aléas climatiques. Mais le problème ne s’arrête pas seulement aux catastrophes naturelles puisque la montée des eaux menace désormais une partie importante des quartiers défavorisés. Dans 40 ans, le niveau de la mer devrait s’être élevé de 60 centimètres à Miami, provoquant l’inondation totale de plus de 2000 habitations. Et le pire dans tout cela, c’est que cette réalité n’est vouée qu’à se creuser encore davantage : si les quartiers pauvres deviennent inhabitables, il faudra se reloger dans les quartiers plus chics qui deviendront, par effet domino, toujours plus chers car plus demandés. La seule solution viable est la réorganisation de la cartographie de la ville mais les habitants les plus riches accepteront-ils une multiculturalité qu’ils fuient depuis toujours? Rien n’est moins sûr.

Les brèves

  • La Terre perd encore plusieurs espèces : L’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) vient de dévoiler sa liste rouge des espèces menacées. Sur celle-ci figurent 31 espèces qui ont officiellement disparu en 2020. On y retrouve des amphibiens, des poissons, des mammifères et des plantes. Un constat alarmant qui montre qu’il est grand temps de faire attention à notre planète. D’autant plus que sur les 128.918 espèces évaluées, 35.765 sont menacées d’extinction.
  • Paris-Vienne en train de nuit, c’est pour 2021 : depuis le milieu de l’année, l’Autriche s’est imposée comme la fondatrice du renouveau des trains de nuit en Europe, et les choses se confirment déjà. Début décembre, les chemins de fer autrichiens ont annoncé la création des lignes Paris-Vienne et Zürich-Amsterdam pour l’année prochaine. En attendant un Zürich-Rome et un Paris-Berlin pour 2023. C’est toujours plus officiel, les trains de nuit européens sont de retour. Espérons que leurs prix resteront attractifs et les lignes ferroviaires du Vieux Continent retrouveront leur beauté d’antan.
  • L’Amazonie a perdu la superficie de l’Espagne en 18 ans : la déforestation de la plus grande forêt tropicale a atteint 513.016km2 entre 2000 et 2018, soit l’équivalent du territoire espagnol et 8% de la surface totale de l’Amazonie. La forêt s’étend sur neuf pays où vivent près de 47 millions de personnes. L’année 2003 a beau être la pire de la période, la déforestation avait chuté en flèche jusqu’à sa remontée en 2012 et de tripler entre 2015 et 2018. La forêt tropicale repose à 62% sur le territoire brésilien, pays responsable à 85% de sa déforestation. Si la dynamique ne s’inverse pas rapidement, c’est l’humanité toute entière qui est en danger.

3 Replies to “Revue de la semaine #40 : alimentation bafouée, union autorisée et presse censurée”

      1. Zürich est en Suisse mais ce sont bien les chemins de fer autrichiens qui ont annoncé la création des lignes la comprenant puisque ce réseau émane de leur projet de trains européens. Le principe vaut également pour la ligne Paris-Berlin 🙂

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