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Le 20 décembre 1990 naissait le premier site Internet. Expérimentation à l’époque, le réseau s’est rapidement développé et nous apparaît désormais comme indispensable. Retour sur 30 ans d’évolution.

Véritable bouleversement dans nos vies, le web et Internet sont nés d’une volonté de partager facilement des informations et des travaux entre les chercheurs du monde entier. Bien avant leur démocratisation, c’est un monde entièrement réservé aux scientifiques qui est mis sur pied. Mais petit à petit, les idées et recherches se veulent plus larges et plus ambitieuses : le premier site voit le jour puis, quelques années plus tard, Internet comme on le connaît aujourd’hui.

Les premiers pas du World Wide Web

1969. Quatre ordinateurs échangent quelques données entre eux. Deux ans plus tard, ce sont deux boîtes mails qui correspondent ensemble grâce à Ray Tomlison. Mais c’est le physicien Tim Berners-Lee qui met en place la plus grande révolution dans le milieu. À la fin des années ’80, il travaille au Conseil Européen pour la Recherche Nucléaire (CERN) à Genève. Le 13 mars 1989, il a l’idée de créer une « toile » : une mise en réseau de plusieurs ordinateurs où ses collègues pourraient s’échanger des informations, des données et naviguer de contenus en contenus. Il vient d’inventer le World Wide Web. Robert Cailliau, un autre chercheur du CERN, intègre le projet. Ils définissent ensemble les protocoles HTML (relation des pages Internet) et HTTP (localisation et liaison des documents entre eux). Grâce à ces nouveautés, ils créent la première page Internet, celle du CERN, le 20 décembre 1990. Mais également le premier navigateur et le premier serveur. L’existence du WWW est rendue publique par son créateur en 1991.

Après d’autres « premières fois », le CERN décide de laisser tomber les droits d’auteur du World Wide Web et publie le code source en avril 1993, ce qui permet au grand public d’y avoir accès gratuitement. Les choses s’accélèrent, les idées fusent. La même année, le centre de recherches américaine NSCA crée Mosaic, le premier navigateur grand public. Il sera suivi par Netscape. Aliweb, le premier moteur de recherche, pointe le bout de son nez en 1994, avant Lycos et Google. Ce qu’a créé Berners-Lee est une véritable révolution. Dans les années qui suivent, on voit arriver, entre autres, CaraMail, MSN, Youtube et Twitter.

Un impact immense sur nos vies

En quelques années seulement, Internet s’est imposé dans la vie de tous comme peu d’inventions jusqu’alors. D’abord par petites touches et chez certaines personnes seulement, puis de manière parfois totale et chez la totalité des sociétés occidentales. Mais surtout, Internet a changé notre façon de vivre. Plus de livres de recettes, d’annuaires téléphoniques, de brocantes, de cartes routières : certes, tous ces objets ou principes existent toujours mais ils ne sont plus utilisés que par une large minorité souvent nostalgique.

En 2019, un Européen est connecté en moyenne six heures par jour à Internet, par n’importe quel moyen. Les sites les plus consultés sont Google, Youtube et Facebook (avec 2,3 milliards d’utilisateurs actifs). Le reste du top 20 se compose de trois sites pornographiques et de sites marchands. Neuf personnes sur dix se rendent sur le site internet de magasins au moins une fois par mois. L’e-commerce représentait ainsi 60.000 milliards de dollars en 2019, selon les chiffres de l’ONU. C’est le triple du PIB des Etats-Unis.

Mais chaque révolution a son revers de médaille. Son fondateur Tim Berners-Lee est inquiet du tournant qu’a pris le web, et Internet en général : « Le web a échoué à servir l’humanité comme il aurait dû le faire. » Avec l’émergence des sites et des plateformes viennent différentes dérives : la désinformation, la haine, les GAFA et leur monopole sur le web, l’exploitation des données personnelles,… Internet se targue d’une liberté totale mais pas des dangers que celle-ci peut présenter. Et c’est là tout le paradoxe.

Quel futur pour Internet?

Critique sur l’évolution prise par son invention, Berners-Lee souhaiterait créer un nouveau contrat pour le web pour qu’il soit « reconnu comme un droit humain et construit pour le bien public » avec notamment un accès pour tous, des technologies ouvertes et gratuites et un respect total de la vie privée. Il appelle les gouvernements à se montrer les garants du respect des droits des utilisateurs aussi sur Internet et pas seulement dans le discours. Selon lui, leurs lois sont les seules capables de stopper les abus. Il en va donc de leur responsabilité.

Mais les volontés du fondateur d’Internet risquent fortement d’être ralenties par le développement toujours plus avancé de l’intelligence artificielle. Non pas parce que cette dernière s’opposerait forcément au respect des droits et à la législation mais parce qu’une grande partie de la recherche ne se concentre que sur elle. Et que les questions éthiques, morales et législatives sont ainsi reléguées au second rang. Au point de voir le Vatican s’intéresser à la question de l’IA. Autre évolution significative, la mise en place des réseaux 5G et câblés toujours plus performants qui vont, paradoxalement, séparer encore plus les sociétés industrialisées de celles qui ne le sont pas. Soit le total opposé de la volonté d’universalité voulue par Berners-Lee lorsqu’il créa Internet.

Véritable révolution, le web a fait son petit bout de chemin depuis l’apparition du premier site Internet, le 20 décembre 1990. Entre découvertes et dérives, il est en évolution permanente mais il ne faut certainement pas perdre de vue les droits des utilisateurs. Parce que ce n’est pas une question de logistique ou d’informatique mais bien une question sociétale. Plutôt que de tout miser sur l’innovation, il serait peut-être temps de s’intéresser à l’éthique et à la morale du net. Après, on pourra innover.

2 Replies to “Il y a 30 ans | Le premier site Internet”

  1. Un beau récapitulatif de la fulgurence internet… avec tout ce que ça a apporté de positif mais aussi les dérives qui y sont liées. Quoi qu’il en soit, on ne saurait plus s’en passer…

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