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Plus qu’une simple revue des événements de la semaine écoulée, cette chronique se veut critique, réflexive et anglée. Que s’est-il passé cette semaine que l’on puisse soumettre à l’oeil de la critique et du recul? Tel est l’objectif de la Revue de la semaine.

En Argentine, l’IVG est en bonne voie

© Reuters – Agustin Marcarian

Cette semaine, les députés argentins ont voté la légalisation totale de l’avortement après plusieurs années de manifestations. Jusqu’à présent, l’avortement n’est légal qu’en cas de viol ou de danger de la vie pour la mère selon la loi de 1920. Plus qu’une question d’idéologie ou de « pro-choix », c’est surtout une question de santé publique. L’interdiction et la pénalisation n’ont aucun effet sur la détermination des femmes : on comptabilise entre 370.000 et 520.000 avortements clandestins réalisés chaque année dans le pays, entraînant environ 38.000 hospitalisations annuelles pour complications. Les députés sont tombés d’accord mais tout n’est pas encore joué : le projet de loi doit encore être approuvé par le Sénat. C’est la neuvième fois que le projet est proposé mais la première fois que la proposition vient de l’exécutif. Cependant, le même scénario a eu lieu en 2018 : après cinq mois de mobilisation et plus de seize heures de débats, le Sénat avait rejeté le projet de loi sous la pression de l’Église. La loi en question prévoit une « objection de conscience » pour les professionnels de la santé qui leur permettrait de refuser de pratiquer l’IVG mais les obligerait à orienter les patientes vers les soins qu’elles désirent. Une avancée des mentalités se marque peu à peu en Argentine où les femmes sont nombreuses à vouloir décider de leur corps. Le scénario de 2018 va-t-il se répéter ou l’Argentine décidera-t-elle de se libérer de l’emprise de l’Église?

Quand les oiseaux perdent la ligne 

170.000 à 500.000 oiseaux par an meurent après avoir percuté mortellement des lignes aériennes. Un nombre qui fait froid dans le dos et qui force à faire réfléchir. Le principal problème de ces lignes aériennes est le manque de visibilité : par temps brumeux, de nuit ou au crépuscule ces fils aériens ne sont pas bien visibles pour les oiseaux qui peuvent alors les emboutir en plein vol. Il reste un grand travail à fournir pour renforcer la sécurité autour de ces lignes à haute tension. Sur les 5600 kilomètres de lignes aériennes que comptent la Belgique, seuls 325 présentent un risque de collision important pour les oiseaux. Elia, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité à haute tension, a déjà fourni pas mal d’efforts afin d’installer un balisage spécifique. Mais sur 50 kilomètres seulement, et ce n’est pas suffisant. Il faut saluer l’initiative mais enfoncer davantage encore le combat. C’est primordial pour sauver une population déjà menacé par le réchauffement climatique. Et donc la décroissance menace l’équilibre de nos écosystèmes.

L’euthanasie devient espagnole

Depuis jeudi dernier, l’Espagne a entamé son chemin administratif et législatif pour la dépénalisation de l’euthanasie. Longtemps refusé, le débat avait été relancé l’année dernière lorsqu’un homme a filmé et diffusé le suicide assisté de sa femme malade. Un élan d’émotion et de soutien avait envahi le pays. Au point d’en voir une grande majorité militer pour le droit à l’euthanasie malgré les tendances conservatrices du pays. D’ici quelques mois, tout Espagnol atteint d’une maladie grave ou incurable pourra demander l’euthanasie après validation par deux médecins et une commission médicale. Un représentant légal pourra faire la demande en cas d’impossibilité physique de la personne concernée. L’Espagne devient le sixième pays au monde à autoriser l’euthanasie, quelques mois après son voisin portugais. Traditionnellement fermés à la modernité de certaines questions éthiques ou morales, les pays du Sud ont entamé depuis quelques années de vastes réformes en la matière, au point d’en devenir des avant-gardes sur certains points. Preuve en est puisque le contingent de pays autorisant l’euthanasie se compte à peine plus que sur les doigts d’une seule main.

La Hongrie, envers et contre tout

© Patrick Seeger – EPA

On le sait, la Hongrie de Viktor Orbán est très (très) attachée aux valeurs chrétiennes traditionnelles. Le Parlement hongrois a ainsi récemment adopté des mesures très strictes et anti-LGBT. La notion traditionnelle de « genre » est désormais inscrite dans la Constitution (depuis mai, il est interdit de changer de sexe) et un amendement décrète que « la mère est une femme, le père est un homme ». Cette décision est « justifiée » par le fait de « protéger l’enfant contre les possibles interférences idéologiques ou biologiques » du monde occidental moderne. Le Parlement a également voté une loi autorisant seulement les couples mariés à adopter des enfants, empêchant de facto les couples homosexuels d’adopter (ces couples ne peuvent de toute façon pas/plus s’unir légalement suite à la première mesure). Une hypocrisie monstre quand on sait que József Szájer, le parlementaire surpris dans une partouze homosexuelle à Bruxelles, est l’un des signataires de ces mesures. La Hongrie n’est certes pas le pays le plus oppressant en termes de droits LGBT, puisqu’elle est tenue de respecter les standards du Conseil de l’Europe en matière de droits humains, mais elle est fréquemment pointée du doigt par l’Europe qui considère qu’elle moque et bafoue les « valeurs européennes ». Jusqu’où iront les restrictions hongroise au nom d’un pays chrétien traditionnel comme l’entend Viktor Orbán? Et jusqu’à quand le pays pourra-t-il se permettre de bafouer le droit européen?

Le poulet artificiel, l’avenir de l’humanité?

© France Inter – D-Keine

Pour la première fois de l’histoire, du poulet artificiel a été servi dans un restaurant de Singapour. Une immense avancée pour les ressources en nourriture de la planète puisque la consommation de viande mondiale devrait augmenter de 70% d’ici 2050. Il est plus que temps de trouver des alternatives pour nourrir le monde. Et la viande artificielle pourrait bien répondre à cette demande. Pour créer cette imitation du poulet traditionnel, Eat Just, la start-up californienne qui le commercialise, prélève une petite quantité de cellules animales sur une volaille. Ces cellules reçoivent ensuite des nutriments tels que des acides aminés, des glucides, des minéraux, des graisses et des vitamines dont les animaux ont besoin pour grandir et se multiplier. Les cellules animales sont par la suite transformées en viande grâce à un bioréacteur. Précision importante, il faut à peu près 14 jours pour créer du poulet contrefait contre 45 pour du poulet traditionnel. Une donnée essentielle pour encore renforcer les avantages de ce poulet in vitro. La population sur terre augmente de jour en jour et, avec elle, les besoins de nourriture. Bientôt, les ressources traditionnelles de nourriture ne seront plus suffisantes pour rassasier la planète. On ne peut donc que se réjouir de voir un poulet artificiel arriver sur le marché (les mauvaises langues diront qu’ils sont déjà arrivés dans les fast food). On ose espérer que ce poulet ne sera pas la dernière innovation pour sustenter les milliards de terriens.

La Terre se réchauffe encore plus vite que prévu

Et si la situation était encore plus grave que ce que l’on craignait? C’est cette question que se sont posés les chercheurs du Met Office qui ont décidé d’enquêter sur la question. Leur dernière étude vient d’être publiée dans le New Scientist et met en lumière que « la température moyenne mondiale [aurait] augmenté d’environ 1,07°C depuis la révolution industrielle, et non de 0,91°C comme on l’estimait jusqu’ici. » Une nouvelle dramatique puisqu’elle laisse encore moins de temps aux différents États pour constituer puis mettre en place de réelles stratégies de lutte écologiste. D’autant plus que les estimations actuelles du futur réchauffement climatique pourraient elles aussi augmenter si les calculs de base étaient erronés. Cela fait des années qu’on le répète et que de nombreux dirigeants le promettent mais rien ne semble réellement mis en place à grande échelle pour sauver ce qui peut encore l’être. Et si on ne parvient pas à stopper le processus, la nature nous renverra le boomerang dans les dents.

Les brèves

  • Au Danemark, le consentement sexuel est désormais inscrit dans la loi : le Parlement danois a voté une loi contre les violences sexuelles. Tout acte sexuel sans consentement clair et explicite pourra être qualifié de viol. Si certains pensent que cette loi permettra a des femmes d’être plus et mieux entendues sur la question du viol, d’autres craignent une augmentation du risque de condamner des innocents en demandant au prévenu de prouver le consentement. Si la nouvelle loi doit encore faire ses preuves, il est important de souligner que les danoises ne se sentent pas toujours prises au sérieux en cas de viol par les autorités judiciaires et sont parfois dissuadées par la police de chercher de l’aide auprès de la police.
  • La pollution reconnue coupable d’homicide : pour la première fois de l’histoire, la culpabilité de la pollution a été mise en cause. La justice britannique a reconnu le rôle de la pollution de l’air dans la mort en 2013 d’une petite fille londonienne, Ella Adoo-Kissi-Debrah. La justice a estimé que la pollution avait constitué une « contribution matérielle » au décès. Une avancée considérable qui reconnaît enfin que la pollution peut impacter négativement notre santé. Une telle reconnaissance pourrait ouvrir les voies législatives à des sanctions plus importantes envers les plus gros pollueurs, la pollution devenant une « arme de crime ».
  • La Norvège perd la tête du classement sur le Développement humain : cela faisait plusieurs années que le pays pouvait se targuer de sa pôle position mais elle souffre désormais de l’arrivée d’un nouveau critère : l’impact climatique de chaque pays. Et avec ses 8,3 tonnes d’émissions de CO2/habitant, la pétromonarchie chute drastiquement à la 16ème place du classement. Ce nouveau critère a également éjecté pas moins de 50 États de la catégorie « pays les plus développés » dont l’Australie et une grande majorité des pays du Golfe persique. À l’inverse, le Portugal et la Croatie ont effectué un énorme bond en avant. De quoi rééquilibrer un classement jusqu’alors trop imparfait.

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