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20% de réduction chez Hunkemöller. 10% chez Zalando. 50% chez Rituals. Offres pour la Saint-Valentin? Période de soldes? Vous êtes loin du compte. En ce 8 mars, on célèbre la Journée internationale des droits des femmes. Les magasins eux, semblent célébrer autre chose. À l’occasion de cette journée, les boutiques proposent « des codes promos spéciaux pour faire des économies lors de cette journée spéciale pour les femmes. » En tous cas, c’est ce que nous indiquent plusieurs sites regroupant des codes promotionnels. « C’est si bon d’être une femme! » affiche l’un d’entre eux. Si les offres et les arguments marketing se sont mis à pleuvoir, il y a certainement une raison derrière ça, non? Peut-être qu’après tout, les 20% de réduction sur la lingerie fine nous permettraient de diminuer les agressions sexuelles. Et si les crèmes pour le corps nous permettaient de réduire l’écart salarial entres hommes et femmes?

Bon, inutile de continuer avec ce ton ironique. Mais tout de même, prenons un instant pour prendre du recul sur la situation. De quoi parle-t-on exactement quand on parle du 8 mars? Initiée il y a plus d’un siècle, la Journée internationale des droits des femmes, ou selon l’appellation officielle de l’ONU International Women’s Day, est une journée mettant en avant la lutte et les revendications pour le droit des femmes, contre le sexisme et les inégalités face aux hommes. C’est une occasion annuelle de rappeler le chemin parcouru, les réalisations des femmes, leurs luttes et les obstacles qui nous séparent encore de l’égalité. C’est également l’opportunité de trouver des solutions à des problèmes actuels et persistants. De plus en plus de manifestations, de conférences et de discussions sont mises en place dans l’espace public pour aborder une fois de plus ce sujet crucial.

Oui, une fois de plus. Parce que même si cette journée est importante, même si aujourd’hui nous célébrons nos droits acquis et protestons pour le chemin qui reste à parcourir, la lutte pour l’égalité dure 364 jours. Une lutte constante contre la taxe rose, contre l’écart salarial, contre les stéréotypes de genre (oui, les hommes peuvent aussi se sentir limités par certains carcans), la culture du viol, le harcèlement de rue, les agressions sexuelles. C’est aussi une lutte pour la légalisation (et la dépénalisation pour certains pays comme la Belgique) de l’avortement. Car chaque femme doit pouvoir se sentir libre de vivre sa vie. Se sentir libre de se faire avorter ou non, de porter le voile ou non, de porter un pantalon, une mini-jupe, un soutien-gorge ou pas du tout, des talons, des grosses bottines, d’avoir des poils ou non, de vouloir concurrencer Raiponce sur sa chevelure ou de se raser le crâne, d’être maquillée ou pas du tout, d’être féminine, masculine ou un entre-deux. Elles doivent pouvoir choisir sans scrupule de devenir mères au foyer, journalistes, infirmières, mécaniciennes, biologistes, esthéticiennes ou chimistes. D’être mères ou non, d’être en couple ou de rester célibataire, d’enchaîner les flirts, les aventures ou de rester 50 ans avec la même personne.

Évidemment, beaucoup de préjugés, de stéréotypes, de critiques et d’attentes pèsent encore sur les femmes. Une jeune femme qui veut se faire opérer pour ne pas avoir d’enfant? Mal vu. « Quelques kilos en trop »? Mal vu. Une femme peut-elle gérer boulot et vie de famille? Cela va pourtant de soi pour un homme. Ne pas pouvoir aller à l’école « parce qu’on est une fille », c’est encore possible. Subir des mutilations corporelles (excision, repassage des seins,…), c’est encore le quotidien pour beaucoup. On fait encore payer à des femmes d’être femmes. La route est encore longue pour faire changer les mentalités et la société, mais nous pouvons contempler toutes les avancées en seulement cent ans.

Voilà ce que représente le 8 mars. Il est lourd. Lourd de sens, de luttes, d’ambitions et d’idées. À quel moment est-ce qu’un combat social pour l’égalité entre hommes et femmes s’est transformé en marketing? À quel moment des réductions sur un soutien-gorge ou tout autre objet peut aider à avancer dans l’égalité? Lors de la journée internationale des droits des enfants, y a-t-il également des réductions sur les jouets ou avons-nous assez de décence et de logique que pour ne pas le faire? Si nous avançons dans l’égalité entre femmes et hommes, ce n’est certainement pas à coups de coupons que nous allons l’obtenir. Repensons ce 8 mars pour que manifestations, débats, discussions, réformes et conférences soient au centre de cette journée.

One Reply to “Édito | Le 8 mars, une journée devenue marketing”

  1. Vraiment bien résumé et le chemin est encore long mais il faut continuer à se battre pour que chaque femme soit libre de ses choix

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