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Plus qu’une simple revue des événements de la semaine écoulée, cette chronique se veut critique, réflexive et anglée. Que s’est-il passé cette semaine que l’on puisse soumettre à l’oeil de la critique et du recul? Tel est l’objectif de la Revue de la semaine.

Le climat est à nouveau déjà étouffé

En 2020, les nombreux confinements mis en place sur l’ensemble du globe ont marqué une baisse significative des émissions de gaz à effet de serre. Suffisant pour beaucoup pour commencer à parler d’un bienfait, d’une réelle avancée et d’un pan d’espoir. Pourtant, les signaux à l’époque alertaient déjà sur les dangers de ce calme apparent et de la terrible remontée qui allait lui succéder. Un an plus tard, les chiffres le confirment déjà. Si les émissions de gaz à effet de serre avaient atteint leur niveau le plus bas en avril 2020, elles ont rapidement fortement rebondi. À tel point qu’elles étaient déjà 2% plus élevées en décembre 2020 qu’au même mois de l’année précédente, année non-Covid pourtant. Après seulement deux mois complets dans cette nouvelle année, la grande majorité des experts sont unanimes : la planète va connaître un rebond « considérable » des émissions en 2021. La faute à de fausses promesses, des stratégies environnementales toujours largement insuffisantes et une politique de « relance économique » via les énergies polluantes. La Chine, premier pays touché par le coronavirus, est ainsi rapidement sortie de la crise et a opté pour un investissement massif dans les énergies fossiles pour repartir de l’avant. Comme prévu malgré les discours naïfs de l’époque, le Covid était bel et bien une véritable catastrophe pour la nature.

Espagne : l’intelligence artificielle au service de la justice

La justice espagnole réfléchit à l’intégration de l’intelligence artificielle dans son fonctionnement. Le pays pense aux algorithmes pour optimiser son système judiciaire. L’argent est déjà sur la table puisque le ministère de la Justice doit bénéficier d’une partie d’un plan de 2,6 milliards € dégagé par le gouvernement ibérique pour la numérisation du service public. La justice est souvent à la traîne pour juger mais cette utilisation de l’intelligence artificielle pourrait permettre de la moderniser et surtout de la rendre plus rapide. Il convient cependant d’attirer l’attention sur le fait qu’un ordinateur ne pourra jamais réfléchir comme un être humain ou avoir la même sensibilité que lui. Le pays de Cervantes semble avoir parfaitement compris tout cela. L’Espagne veut ainsi se servir des algorithmes pour la reconnaissance de noms de rues ou de personnes dans des rapports qui comptent parfois plusieurs milliers de pages, pour retranscrire à l’écrit des audiences ou encore pour anticiper la vulnérabilité sociale d’une famille menacée d’expulsion. C’est toujours le juge qui prononcera la décision du tribunal et non une machine. Si ce projet venait à aboutir, l’Espagne ferait un bond de géant au niveau judiciaire. Le gouvernement espagnol a pris le taureau par les cornes et veut faire de son sytème judiciaire l’exemple à suivre en Europe. Une belle initiative pour dynamiser et rajeunir une justice souvent poussiéreuse. La Belgique devrait également envisager les algorithmes pour aider son système judiciaire complètement à la traîne. La question serait en tout cas intéressante à poser. Mais bon, comme toujours, on attendra que les autres l’aient fait avant nous. En attendant, l’Espagne attend un geste de l’Union européenne pour définir un cadre juridique, technique et éthique pour introduire l’IA dans le domaine judiciaire.

Le monde des pompiers, un monde macho?

Deux pompières, Anne Wibin et Audrey Coopmans, ont décidé de briser le silence. Elles font partie des 11 pompières sur 1122 à Bruxelles. Et au vu de leur témoignage, le monde des pompiers reste encore un monde sexiste où l’égalité a du chemin à faire. Si les hommes de leur côté ont chacun leur espace douche, vestiaire et un bureau, ce n’est pas forcément le cas chez les femmes, considérées en trop petit nombre que pour installer des espaces dédiés. Le problème n’est pas seulement d’avoir un espace dédié à chacun et chacune, mais également de respecter ces espaces : « J’étais la seule femme et je me suis rendue compte que la chambre et le sanitaire non-mixte étaient occupés par des pompiers qui se les étaient appropriés. Souvent quand j’y revenais, je trouvais du sperme dans la douche » explique Audrey Coopmans. Une discrimination authentifiée plusieurs fois par l’Institut pour l’égalité entre les femmes et les hommes et par l’inspection des lois sociales et du travail. Cependant, les mentalités ont du mal à bouger et avancent très doucement. Là où tout établissement rédige sans problème une petite charte en quelques points pour rappeler qu’il faut respecter son prochain, à la direction et aux syndicats des pompiers de Bruxelles « […] on a mis des années pour qu’une bête charte diversité soit signée ». Des témoignages peu réjouissant qui démontrent la motivation de certains milieux et domaines pour atteindre l’égalité, ou du moins, discuter de ce qu’on pourrait mettre en place pour que tous les employés se sentent bien au travail. Un comportement qui va de soi pour beaucoup, mais pas pour tous.

L’eau, la nouvelle arme de la Turquie

On le sait, la Turquie nourrit une fixette sur la communauté autonome kurde et cherche par tous les moyens à s’en débarrasser. Après la discrimination, la persécution et l’exil, voici venue l’heure de l’assèchement. Le directeur des barrages de l’Euphrate en Syrie vient ainsi de déclarer que le gouvernement turc a baissé le niveau du fleuve pour faire pression sur l’administration kurde du nord-est syrien. Depuis fin janvier, la Turquie a ainsi divisé par quatre les quantités d’eau provenant du fleuve qui prend sa source sur son sol avant de traverser la Syrie et l’Irak. L’autre grand fleuve de la région, le Tigre, est également concerné. Avec cette mesure, la Turquie rationne ses voisins en eau, provoquant un appauvrissement de l’approvisionnement en eau et de la production d’électricité. L’objectif d’Erdogan est de mettre la pression sur la communauté kurde de la région, qui serait accusée d’être la cause de ces rationnements et pourrait être « rendue » à la Turquie. Ce n’est pas la première fois qu’Anatolie use de telles pressions puisqu’elles furent courantes à la fin des années ’80. Traquer un peuple jusque dans les territoires voisins pour mettre le grappin dessus, comment appelle-t-on cela encore? Ah oui, une tentative de génocide.

Le gaspi, c’est fini

© Jonathan Kailfat – le soir

La ville de Toulouse a décidé de mettre fin au gaspillage dans les cantines scolaires. Pour éviter que les aliments non-consommés ne finissent à la poubelle, la Ville Rose a pris la décision de les revendre à prix modestes via une application et de les recycler via un compost. La clé pour faire souffler la planète est de montrer aux enfants comment la protéger. Une des solutions, c’est de favoriser le recyclage et de réduire drastiquement les déchets. En réalisant cette opération, la ville du Sud-Ouest de la France montre aux enfants et adolescents que des mesures simples peuvent être prises pour aider l’environnement à respirer. De plus, la ville permet à certaines personnes plus démunies de bénéficier de ces produits. Cette solution permet aussi à la ville d’économiser près de 58.000€. C’est donc un bénéfice pour tout le monde : les enfants, la mairie et les personnes démunies. Mais ce n’est pas tout puisque les autorités toulousaines s’engage également à supprimer, d’ici 2023, la quasi-totalité du plastique. On ose espérer que beaucoup d’autres villes suivront le mouvement.

À Madrid, une autoroute fantôme

Madrid prévoit une enveloppe de 63 millions d’euros pour achever les travaux d’une autoroute. Mais par n’importe laquelle: une autoroute sur laquelle aucun véhicule n’a jamais circulé depuis le début de sa construction en 2005. La MP-203, c’est son nom, devait relier les deux principaux axes de l’est de Madrid (R-3 et A-2) pour désengorger le traffic. L’entreprise de transports Ferrovial en était le concessionnaire et devait se charger des coûts de construction en contrepartie de l’exploitation de l’autoroute pendant trente ans. Elle devait être soumise à péage et 2,7 millions de véhicules y étaient attendus annuellement. Grande partie du contrat: Madrid ne devait rien payer. Une idée plutôt bonne et une construction qui avait bien démarré. C’était sans compter la colère d’un concessionnaire d’une autre autoroute: selon lui, la mise en place de la fameuse MP-203 nuirait au traffic de l’autoroute et donc évidemment à son chiffre d’affaire. Finalement, ce concessionnaire a obtenu gain de cause et Ferrovial a finalement abandonné le projet en 2007. Ça ne s’arrête pas là puisque Ferrovial a alors entamé une bataille juridique pour obtenir dédommagement. Il faut dire qu’il restait 300 mètres à construire et à faire la pose du revêtement et que Ferrovial avait dépensé 70 millions sans voir le bout du nez des 2,7 millions de véhicules chaque année. Visiblement, après 14 ans d’abandon, il est prévu que l’autoroute MP-203 voit le jour dans un avenir proche. Un retournement de situation dans cette situation qu’on peut nommer de « saga ».

Au Canada, plus besoin de traîneau pour le transport vert

C’est fait, c’est officiellement acté : les Canadiens n’auront plus besoin de choisir le transport en traîneau pour se déplacer en mobilité douce. Plus sérieusement, le gouvernement canadien vient d’allouer un budget de 2,75 milliards de dollars sur cinq ans pour miser sur les autobus à zéro émission. Pour ce faire, il s’est entendu avec la Banque de l’Infrastructure qui a mis de côté l’équivalent d’un milliard d’euros pour consentir à des prêts à faibles taux d’intérêt. La Banque défend son choix par le fait que ces prêts seront en partie remboursés par les économies réalisée en n’achetant pas de diesel. L’objectif est d’aider les villes à électrifier leurs transports en commun dans le cadre de la lutte contre le changement climatique : au Canada, le secteur des transports représente 25% des émissions du pays qui envisage un objectif de 0% d’ici 2050. En 2018, la ville d’Ottawa avait déjà fait remplacer sa flotte de 175 autobus hybrides pour adopter des 100% électriques. La solution pour investir dans la lutte contre le réchauffement climatique c’est donc d’y investir? Espérons que nos dirigeants aient enfin fait le rapprochement, cela fait quand même plusieurs décennies que cela ne percute pas.

Les brèves

  • L’ardoise entre Semois et Lesse : si l’euro est la monnaie « presque » universelle de l’Union européenne, il existe dans de petits fiefs des monnaies locales. C’est notamment le cas de l’ardoise, une monnaie qui circule entre une dizaine de communes luxembourgeoises et namuroises. Cet argent local ne peut-être utilisé que sur ce territoire limité : chez des commerçants, des producteurs et des acteurs économiques locaux. L’ardoise a même été la monnaie choisie par certaines communes pour lutter contre la crise sanitaire. Des primes en ardoise ont ainsi été versées pour aider les secteurs en difficulté. Verra-t-on une jour une monnaie alternative dans chaque commune?
  • L’activisme bête et méchant de Greenpeace : l’ONG nous avait habitué aux campagnes chocs, aux révélations fracassantes et aux actions réfléchies, elle a cette fois viré à la bêtise monstre. Une petite dizaine de ses membres s’est en effet introduit sur le tarmac de l’aéroport Roissy – Charles de Gaulle pour repeindre un Boeing 777 en vert pour « lutter contre le greenwashing ». Sauf que derrière, Air France va devoir entièrement repeindre son avion, soit utiliser plusieurs centaines de litres de peinture polluante. C’est-à-dire polluer encore plus. Chez nous, cette action de Greenpeace on n’appelle pas cela de la lutte, on appelle cela de la stupidité.
  • Gay Pride à Sydney : plus de 30.000 personnes ont assisté samedi dernier à la Gay Pride de Sydney. Assises et distanciées, certes, mais tous ont pu assister à un tel événement, une parade de 5000 membres de la communauté LGBT. Un événement et une foule à faire envier plusieurs pays. Depuis sept semaines, cette grande ville n’a plus enregistré de nouveau cas de coronavirus. Un exemple qui peut nous donner un peu d’espoir et un peu d’optimisme.

One Reply to “Revue de la semaine #46 : climat étouffé, justice assistée et autoroute abandonnée”

  1. Comme d’habitude on voyage à travers les infos toujours intéressantes et qui ne viennent pas à nous via les canaux d’infos traditionnelles

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