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Après de longs siècles dans le déni et la démesure la plus totale, le développement du tourisme à grande échelle commence à poser de sérieux problèmes. Dégradation des milieux naturels, surexploitation des ressources et prolifération de la pollution, tout est accéléré par le tourisme de masse. Mais depuis quelques années, une tendance alternative se met en place : l’écotourisme.

L’écotourisme, ou tourisme responsable, englobe une forme de tourisme principalement axée sur la découverte de la nature. Il part d’une démarche touristique engagée en faveur du développement durable visant à préserver la biodiversité et les ressources naturelles d’une zone visitée. Concrètement, l’écotourisme, c’est voyager de manière responsable en évitant les pratiques qui pourraient nuire à l’environnement, aux communautés et à l’écosystème local. Apparu dans les années ’70, à l’époque où la protection de l’environnement arrive au centre des débats, il n’est devenu un concept de voyage qu’à la fin des années ’80. Ces dernières années, il a véritablement explosé, en opposition au tourisme « tropical » de masse qui commence à perdre en popularité. Allier destinations de rêves et respects écologiques devient donc petit-à-petit tendance. Conscientes de l’impact qu’il prend tout doucement, plusieurs pays et îles se sont spécialisés dans l’écotourisme.

Lady Eliott montre l’exemple

L’îlot Lady Eliott vu d’en haut © londonerinsydney

En Australie, l’île Lady Eliott est à la pointe de l’écotourisme. On accède à ce lopin de terre de 800 mètres de diamètre par avion. Sur place, un complexe hôtelier d’une capacité de 150 personnes permet de profiter pleinement de la situation géographique idéale, à l’extrémité sud de la Grande Barrière de corail. Et c’est à peu près tout ce qu’il y a sur l’île. Longtemps, Lady Elliot n’a hébergé qu’un phare, désormais devenu le symbole du lieu. Parce que l’île revient de loin.

Dans les années 1870, quand l’Australie était encore une colonie britannique, la petite île servait de mine de guano (amas d’excréments d’oiseaux marins). Les déjections d’oiseaux séchées étaient envoyées en Australie et en Nouvelle-Zélande pour servir de fertilisant. Mais à force d’exploitation, cette activité a profondément ruiné l’environnement, au détriment de la faune à plumes principalement. Face à cette situation critique, les autorités australiennes ont décidé de réagir.

Aujourd’hui, la petite île a amorcé un virage écologique en se servant de l’énergie solaire et en développant un système très poussé de recyclage et de compostage des déchets. Même le papier-toilette, fait à partir de canne à sucre, est désormais écoresponsable. Tel un phénix, Lady Elliot renaît de ses cendres pour devenir le modèle par excellence de l’écotourisme. La preuve aussi qu’il est toujours temps et possible de changer les choses si on le veut vraiment.

D’autres destinations se spécialisent

Aujourd’hui, il est possible de pratiquer l’écotourisme dans tous les pays du monde. Même les plus touristiques. Aux côtés des mondialement connues chutes d’Iguazu et baie de Rio, le Brésil pousse désormais les voyageurs à se rendre au Pantanal plus à l’ouest, dans la plus grande surface marécageuse du monde. Dans cet écosystème s’appuyant sur l’écotourisme, on peut observer crocodiles, poissons exotiques et oiseaux aux mille couleurs tout en respectant leur environnement. À l’heure de la déforestation massive de la forêt amazonienne, cette initiative culturelle offre, en plus d’une nouvelle expérience de voyage, une certaine responsabilité vis-à-vis de l’environnement naturel et culturel du pays.

Souvent en avance sur son voisin américain et notre Vieux continent, le Canada est une autre destination privilégiée pour l’écotourisme. Ses grands espaces boisés et ses 36 parcs nationaux permettent aux touristes de tous horizons de randonner et faire du canoë ou du rafting tout en observant les oiseaux, les ours, les loups et les caribous. Les voyageurs pourront également profiter des nombreux lacs et rivières que comptent le pays pour s’enfoncer dans la nature nord-américaine. Mais aussi partir à la rencontre des peuples issus des Premières Nations (les descendants restants des Amérindiens).

Faire un aller-retour en avion à l’autre bout du monde pour des vacances « écoresponsables » relève quelque peu du non-sens. Il n’est donc évidemment pas nécessaire d’aller loin pour faire de l’écotourisme. La France en est un bel exemple tant l’Hexagone regorge d’espaces naturels d’une grande richesse. Chez nos voisins, les parcs nationaux sont particulièrement encadrés pour préserver la nature. De nombreux gîtes y sont installés pour profiter d’un riche patrimoine culturel tout en respectant l’environnement. Mais pratiquer l’écotourisme, cela ne se résume évidemment pas à ces trois cas assez différents : leur mise en avant vise avant tout à montrer la diversité disponible de l’offre.

Le Costa Rica, un cas à part

Catarata del Toro au Costa Rica © Adobe

Montagnes, volcans, plages, torrents, rivières, lacs, forêts, nombreuses espèces animales et végétales, etc : le Costa Rica est la destination par excellence en matière d’écotourisme. Ce petit pays d’Amérique centrale, bordé par les deux grands océans (Atlantique et Pacifique), s’est engagé depuis plusieurs années dans le respect de l’environnement et la défense de ses ressources naturelles face au tourisme de masse.

Avec 30% de son territoire protégé, la Suisse de l’Amérique centrale a de quoi faire rêver les voyageurs écologiquement responsables. En façade du moins. Parce que l’étiquette « écotourisme » n’est parfois pas beaucoup plus qu’une inscription pour vendre un concept. En fait, le pays a tellement développé l’écotourisme que le projet en a perdu son essence. Beaucoup de sites costariciens censés être écoresponsables sont désormais intensément visités alors que d’autres sites sont tombés dans l’oubli.

Malgré une volonté manifeste de bien faire, le bilan à long terme du Costa Rica a versé dans le négatif puisque certaines communautés locales sont envahies et expropriées pour laisser place aux touristes. Le label « écotourisme » obtenu par le pays cache désormais une vérité bien différente qui ne correspond plus du tout aux fondements du projet. Il est ainsi important de bien choisir ces organisateurs de voyage pour si on veut participer au « vrai » écotourisme.

Mise à part la prise de conscience de l’impact écologique sur l’environnement, l’autre principale différence entre le tourisme classique et l’écotourisme, c’est le prix. Il est indéniable que voyager en s’assurant le respect des populations, de la faune et de la flore coûte plus cher que de voyager sans se soucier de son impact. Mais ce petit bonus pécuniaire (et non « pécunier » qui n’existe pas) n’ira pas garnir les poches déjà bien remplies des géants du voyage : il profitera aux communautés locales et aux écosystèmes de la région. Soit un juste retour sur investissement.

Attention tout de même : pour faire de l’écotourisme, il ne suffit pas d’ajouter à son voyage la visite d’une communauté ou d’un parc national. L’écotourisme, c’est un concept qui prévaut que le séjour ait un véritable impact positif (ou du moins non-négatif) sur les acteurs locaux. Prendre l’avion sur des milliers de kilomètres pour « faire de l’écotourisme » cela ne sert à rien, et c’est plus néfaste que l’inverse. Non, l’écotourisme c’est profiter d’être dans un endroit pour le visiter de manière responsable. Sinon, cette forme alternative de voyage recouvre de nombreux inconvénients : perturbation de la faune et de la flore, folklorisation des populations locales et pollution monstre. Vouloir faire de l’écotourisme c’est bien, le faire correctement c’est mieux.

One Reply to “L’écotourisme, la nouvelle tendance des voyages”

  1. Effectivement il faut bien faire attention à ce label « écotourisme » qui peut parfois dédouaner certains voyages.

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