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Écrivaine en herbe depuis son plus jeune âge, Jamila « Myl » Yazghi vient de réaliser son rêve à 23 ans : sortir son premier roman. Étudiante à l’Université de Liège, elle a développé un univers bien à elle, entre magie et animaux guides. Rencontre avec celle qui écrit en « belge ».

Le visage est souriant, le regard pétillant, le sourire franc. Loin du cliché poussiéreux de l’écrivain enfermé dans ses livres, Myl est exactement ce qu’elle représente : une jeune femme qui a décidé de vivre à fond sa passion. Étudiante en master « métiers du livre » après un bachelier en histoire, elle a su parfaitement marier sa volonté de plume à la nécessité du cursus. Car si le rêve est présent (« dans un monde idéal, l’objectif est de vivre de ma plume »), Myl a gardé les pieds sur terre : « De manière réaliste, j’aimerais travailler dans mon domaine d’étude. Cela reste dans le même monde et mon expérience d’auto-édition est un vrai plus. »

« Il fallait que cela sorte, il fallait que je l’écrive »

Quand elle aborde la genèse de son roman, Myl regarde avec nostalgie dans le rétroviseur. Commencé à 11 ans (« tout part d’un délire d’un après-midi de primaire »), Biliose : Petit Caillou doit devenir le rendez-vous littéraire régulier d’un journal entre amis : « J’avais l’impression d’avoir inventé le roman-feuilleton. J’ai appris plus tard que j’avais quelques siècles de retard. » En quelques heures, la jeune Myl projette un univers, un personnage et un monde spécifique auxquels elle s’accroche tant bien que mal. Dans le bus, sous la douche, en voiture, « l’idée [me] revenait en mémoire, par vagues » mais le texte n’accouche à chaque fois que d’une souris (« j’ai du reprendre l’écriture au moins deux-trois fois, en vain »). Jusqu’à l’ennui des bancs de l’université (« j’en avais un peu marre de tout faire par rapport à l’Unif, j’avais besoin d’avoir aussi autre chose en tête »).

La motivation définitivement de retour, Myl ne prendra que deux ans pour enfin faire naître ce monde trop longtemps délaissé. « L’histoire n’est jamais vraiment partie, cela m’a fait du bien de pouvoir la concrétiser. » Un tome plus tard, le deuxième en route, cet univers magico-fantasy trouve enfin écho auprès de lecteurs extérieurs (« je me suis dit que si cela plaisait à ma famille, pourquoi pas à d’autres? »). L’ensemble du fil rouge autour de Peter, le personnage principal, prendra entre trois et quatre tomes. Avant un développement plus profond? « Il existe plein d’autres personnages et éléments dans l’univers Biliose qui mériteraient d’être traités davantage […] pourquoi pas dans un recueil de nouvelles? »

« La famille, c’est ce qu’il y a de plus important »

Écrire un roman, ce n’est pas que coucher sur papier un univers, une histoire et une intrigue dignes d’être publiés. C’est aussi réussir à toucher les gens, et cela passe par la couverture. Le quetzal doré « pour le côté  »dorure de vieux grimoire » (choix du dessinateur, mon croquis était dégueulasse) » qui y déploie ses ailes est l’un des animaux fantastiques qui accompagnent le héros dans son périple. D’une importance manifeste, ils devraient à nouveau être mis en avant (« on a l’idée d’un animal par tome ») puisqu’ils vont servir de guides tout au long du récit. Parce que Biliose, c’est un univers qui dépasse le simple texte du roman, et qui dépasse même la fiction : « C’est un peu une histoire de famille. »

Myl Yazghi © Antoine Thirion

Trouver un illustrateur qui correspond parfaitement à l’histoire, dans son trait de crayon et sa vision du récit, c’est souvent une galère. Auto-éditée (« j’avais envie de tester cette façon de faire, puis cela me permettait de garder ma liberté de ton »), Myl a décidé de se tourner vers son oncle, dessinateur : « J’ai profité des talents de la famille, c’était important parce qu’on est très proches. » Une importance telle de la cellule familiale que la jeune écrivaine y a fait référence dans son nom de plume : « En fait,  »Mil » est un dérivé de mon surnom plus jeune ( »Milou ») auquel j’ai mis un  »y » pour faire un rappel à mon nom de famille. » D’où l’importance des liens du sang et de l’identité.

« Un livre représente un peu l’identité de son auteur, et moi je suis Belge »

Difficile de ne pas parler d’identité quand le livre fait la promotion de son « écriture en belge ». Si il s’agit bien d’un parti pris, ce dernier découle d’erreurs de langage propres à notre Belgique : « Lorsque j’ai fait corriger mon texte, on m’a fait remarquer que tels mots ou expressions n’étaient pas français mais des belgicismes (voire des liégicismes). Et j’ai décidé les garder pour faire vivre ce particularisme qui nous est propre. » « Toquer à la porte », « training », « chique » et autres déformations linguistiques du genre sillonnent donc le texte de Biliose, tous accompagnés de leur astérisque renvoyant à un lexique.

L’idée, c’est de donner la possibilité de (re)découvrir des particularités bien de chez nous : « En tant que Belges, on a tendance à énormément nous effacer, et c’est dommage. On devrait être fiers de cela. » Si elle déplore la perte progressive du wallon (« le côté mondialisation et uniformisation de tout, c’est très bien pour se comprendre mais on perd ce particularisme »), Myl assure opter pour le français si on lui demande de choisir entre les deux : « Parce que je ne parle pas le wallon. Je ne connais que quelques expressions, mais je trouve cela triste justement que je ne les connaisse pas. » Choisir d’écrire en « belge », c’est donc s’engager en faveur de la reconnaissance du particularisme au sein d’une langue et d’une culture propre à chacun.

« Ma féminité ne se traduit pas par un terme, ni par quoi que ce soit d’autre que moi »

Entre l’artiste engagé et l’introverti, Myl choisit le deuxième sans hésiter (« parce que je n’ai pas envie de mélanger l’univers de mes romans avec la vie de tous les jours ») mais le cas du féminisme est plus complexe : « Je dirais que je suis féministe parce qu’il y a plein de causes que je défends, mais je n’adhère pas à tout. Il y a certains points plus importants que d’autres. » Sur les questions houleuses de l’écriture inclusive (« je ne suis pas pour, je n’ai pas l’impression que l’on ait besoin d’avoir une précision dans l’écriture pour être représentées ») et du débat « auteure ou autrice » (« Je suis auteure, je n’ai pas besoin d’un terme spécifique pour me considérer comme féminine ni comme une femme respectée en tant que femme »), son statut d’écrivaine ne l’empêche pas de montrer un certain agacement autour de l’importance prise par ces questions.

Jeune, femme et auto-éditée dans un monde de l’écrit relativement peu ouvert (« je ne sais pas si le fait d’être une femme rend la chose plus difficile ou non, parce que le monde du livre est un monde un peu fermé sur lui-même »), il faut dire que Myl n’a pas choisi la facilité. Mais pour l’instant, c’est plutôt son choix de ne pas rejoindre une maison d’édition (« il existe beaucoup d’a priori sur les auteurs auto-édités, souvent tous faux ») qui l’a le plus handicapée : « Je pense que c’est le fait d’être auto-édité qui me freine le plus, plus que d’être une femme. » Un frein qui ne l’a malgré tout pas empêché de se lancer pleinement dans sa passion.

Si vous souhaitez vous procurer le premier tome de Biliose : Petit Caillou, vous pouvez le commander ici :  https://www.publier-un-livre.com/fr/le-livre-en-papier/1864-biliose-petit-caillou-tome-i-le-jeu-d-osselets?fbclid=IwAR0TUgODgUsShyBaZkmweqTqoj88f63vjGumkFcFAZUe8FGSFh9O-a2hG9Q.

ALVARRO & Mina

2 Replies to “Interview | Myl Yazghi, la Liégeoise qui écrit en belge”

  1. Un jeune talent qui sait ce qu’elle veut et qui s’en donne les moyens. Ça fait plaisir

  2. Voire grandire la femme écrivain me comble de plaisir d’autant plus lorsque cette femme est la fille de sang d’un frère pas de sang mais de vécu. Bravo ma belle.

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