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Ce samedi 17 avril, la royauté britannique célèbre les funérailles du prince Philip, mari d’Elizabeth II. L’occasion de se demander ce qui arrivera quand la Reine s’en ira à son tour. Entre protocole strict et conséquences politiques, le décès de cette icône planétaire ne laissera quoi qu’il en soit personne indifférent. Explications.

Sur le trône depuis 1952, la reine Elizabeth II est le monarque ayant régné le plus longtemps sur le Royaume-Uni et le Commonwealth mais également la cheffe d’État la plus âgée au monde (94 ans), hommes et femmes réunis. Malgré son grand âge, elle est particulièrement impliquée et présente dans la vie des Britanniques. Sa mort aura un impact mémorable sur sa population puisqu’une grande majorité de celle-ci n’a jamais vécu sans elle. Un événement d’une telle ampleur ne peut évidement pas être laissé au hasard, surtout en Grande-Bretagne. Voici à quoi ressemble le protocole prévu et répété depuis plusieurs décennies.

Une première annonce secrète

Le protocole est connu sous le nom de code « London’s Bridge is down » © Nyoooz TV

Le premier qui apprendra la mort de la Reine sera son secrétaire privé Sir Christopher Geidt. Ensuite seulement, ce sera au tour de la famille royale. Le Premier ministre sera lui mis au courant via le code « London’s Bridge is down » et il faudra neuf jours avant que le monde entier n’apprenne son décès. Si Elizabeth II décède à l’étranger, son corps sera rapatrié le plus vite et secrètement possible.

Les médias ne seront pas les premiers à annoncer le décès, et la BBC n’aura, pour la première fois, pas la primeur sur ses concurrents. Seul un panneau renseignant The Queen is dead sera installé devant le palais de Buckingham. En fait, les touristes londoniens seront sans doute au courant avant le peuple britannique. Une fois le panneau placé, le protocole à proprement parler sera lancé.

Les gouvernements des 53 pays (Grande-Bretagne et Commonwealth) dont Elizabeth II est reine seront mis au courant en priorité. Ce sera ensuite au tour des chaînes de télévision et tous les présentateurs tv du Commonwealth devront s’habiller de noir. Le même accoutrement sera imposé aux membres de la famille royale, aux hommes politiques britanniques et au site internet royal qui prendre une teinte noire.

Un bon nombre de changements prévus

La monnaie britannique sera amenée à changer

Le jour de l’annonce officielle du décès sera un jour férié et de black-out. Le même dispositif que celui des hommages aux attentats sera mis en place : les lumières des bâtiments et monuments importants seront éteintes. Dans le même ordre d’idée, les contenus comiques et joyeux seront interdits sur les chaînes de télévision et de radio qui diffuseront, sans interruption, des documentaires sur la vie et le règne de la Reine. Cette mesure ne prendra fin qu’une fois les obsèques terminées.

Dans les neuf jours qui suivent l’annonce officielle, l’entièreté de la monnaie en circulation sera renouvelée. Au Royaume-Uni et dans tout le Commonwealth, le visage de la Reine disparaîtra au profit du nouveau monarque. Il faudra cependant quelques années pour que plus aucune monnaie à l’effigie de la Reine ne circule. Les policiers auront besoin d’un nouvel insigne sur leur casque puisque l’actuel comporte les initiales de la Reine et son numéro de régence. Un grand nombre d’insignes militaires devra également être mis à jour pour la même raison.

Entre temps, Charles aura peut-être pris un nouveau nom pour son règne (par exemple, George VI s’appelait en réalité Albert) et l’hymne national sera (re)devenu le God Save the King tel qu’il l’était avant le règne d’Elizabeth II (les paroles seront également modifiées). Il se pourrait aussi que ce soit William qui devienne roi si Charles se sent trop vieux et lui cède le trône, ou qu’il est déjà mort.

Un Royaume-Uni complètement à l’arrêt

Tous les drapeaux seront mis en berne en Grande-Bretagne, même sur les plages

Du fait de son importance, la Reine aura droit à un deuil national de 12 jours à partir de l’annonce officielle de son décès et tous les drapeaux seront en berne, même ceux sur les plages (hormis les drapeaux rouges de danger maritime). Le jour de ses funérailles sera férié pour tout le monde, aucun secteur ne sera ouvert. Si un événement est prévu sur le sol britannique, aussi important qu’il soit au plan international (même une Coupe du Monde), il sera annulé.

L’enterrement deviendrait le plus suivi depuis un siècle, ce qui explique que la cérémonie est répétée chaque année, en présence de la Reine de temps à autre. Oui, Elizabeth II a donc, en quelque sorte, déjà assisté plusieurs fois à son propre enterrement. La moitié des dirigeants mondiaux seront invités aux funérailles qui seront placées sous très haute surveillance, avec la présence active du MI6. Elles coûteront plus de 25 millions d’euros et seront retransmises en direct par 93 chaînes de télévision dans le monde.

Une fois que le calme sera revenu, le nouveau souverain recevra la fameuse boîte rouge de la Reine contenant des documents politiques, des compte-rendus du Cabinet, des télégrammes et certains documents top-secret. Il devra les lire très scrupuleusement puis les enfermer à nouveau. Ensuite, son règne pourra officiellement débuter.

De possibles conséquences importantes

En plus du Royaume-Uni, Elizabeth II règne (même parfois officieusement) sur les 53 pays du Commonwealth © Pool/Reuters

Un élément important qu’il faudra observer, c’est le risque élevé de dépression massive. À la mort de la reine Victoria, la Grande-Bretagne a connu une vague dépressive assez sévère avant de s’en sortir moralement grâce à l’ère ultra-prospère que le royaume a connu. Cette fois, ce ne sera pas le cas. D’autant plus qu’Elizabeth II est encore plus appréciée que son ancêtre. Elle a survécu à 12 présidents américains et trois des quatre derniers Premier ministre britanniques sont nés après son accession au trône. De plus, elle représente pour sa population l’ordre et la stabilité politique depuis toujours.

Aujourd’hui, le Commonwealth regroupe 53 pays dont 16 où la Reine est toujours le chef officiel de l’État comme l’Australie, le Canada, la Jamaïque ou la Nouvelle-Zélande. Cette association est un vestige de l’Empire britannique qui survit encore en tant qu’organisation commerciale et politique sans pouvoir formel. Elle porte cependant toujours le poids du symbolisme. Car beaucoup de ces pays faisaient partie de l’Empire britannique contre leur volonté et ont presque tous déclaré leur indépendance depuis. Sans la personnalité de la Reine, certains pourraient mettre fin une fois pour toutes avec leurs liens avec la Grande-Bretagne.

Elizabeth II en deuil, métaphore de ce qui atteint la Grande-Bretagne © Abaca

Si certains alimentent la légende d’une Elizabeth II immortelle, la mort de la Reine ne cesse en réalité de se rapprocher. Et même si elle est inévitable, son annonce résonnera comme un choc certain à l’échelle du monde actuel. Une grande partie du globe l’a toujours connue au pouvoir et elle représente, de par sa longévité, le symbole de la stabilité et du lien entre deux époques. C’est pour tout ce qu’elle représente qu’un protocole aussi strict que le London’s Bridge is down a été mis sur pied et répété depuis plusieurs décennies. Parce que sa mort sonnera pour beaucoup comme la fin d’un monde définitivement derrière nous. Mais aussi parce que la disparition de ce rayon de soleil moral et de ce symbole de l’unité britannique pourrait avoir de sérieuses conséquences : la fin du Commonwealth et l’indépendance de l’Écosse entre autres.

3 Replies to “Que se passerait-il si la reine Elizabeth II mourrait (à son tour)?”

  1. Et si le code « London’s Bridge is down » prévoyait l’accession au trône de Harry ? Il est peut-être temps de bousculer l’establishment britannique so old fashioned 🙂

    1. Malheureusement, il a encore Charles et William devant lui. D’autant plus que son retrait de la famille royale pour aller vivre avec Meghan le prive normalement de la couronne.

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