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Dans la nuit du 29 avril 1991, le cyclone tropical Gorky frappe la région de Chittagong, dans le sud-est du Bangladesh. Avec des vents d’environ 250 km/h, il crée une onde de tempête de six mètres qui inonde loin à l’intérieur des terres. 30 ans plus tard, le Bangladesh est-il toujours meurtri par ce passage destructeur?

Un pays dévasté, des pans de côtes engloutis, des villages emportés : c’est ce tout qu’il reste du Bangladesh au début mai 1991. Les 29 et 30 avril, le pays a fait face à Gorky, le second cyclone le plus meurtrier de son histoire. 21 ans plus tôt, en 1970, le pays des fleuves fous subit la puissance du cyclon de Bhola, les plus plus importantes catastrophes naturelles des temps modernes. Un drame qui pousse le gouvernement à construire plus de 200 abris para-cycloniques. Ces abris sont un élément essentiel lors de la tempête Gorky et permettent de protéger près de 350.000 personnes.

Selon les chiffres officiels, trois millions de personnes sont évacuées. Mais comme souvent lors de ce genre de catastrophes, la communication est à déplorer. Des communiqués d’alertes sont lancés à plusieurs reprises mais sont soit faux soit imprécis soit à côté de la zone à risque. D’autres habitants doutent quant à eux des avertissements fournis par les stations météo locales, de fait peu fiables. En raison de ces graves problèmes d’information, de communication et de confiance, près de dix millions de personnes sont touchées par la catastrophe. Pour un bilan connu de 140.000 morts et disparus.

Un pays au bord de la dérive

Les dégâts totaux sont estimés entre 3 et 4,3 milliards de dollars américains, ce qui correspond à environ un tiers du PIB du Bangladesh. Le cyclone détruit également près de 74.000 acres de terres et en endommage 300.000 supplémentaires. La disette s’installe sur la région dévastée. À cela s’ajoute les maux communs à ce type de catastrophe tels que la dysenterie et le paludisme.

L’épreuve est également redoutable pour le nouveau gouvernement de Khaleda Zia, qui vient de prendre ses fonctions le 19 mars à la suite de la chute du régime militaire. L’assistance étrangère, pourtant essentielle, devient sujet à débat pour l’opposition qui accuse le gouvernement en place de détournement et de corruption. L’arrivée le 10 mai de quinze navires américains est vitale.

Au retour de la Guerre du Golfe, ils changent leur trajectoire pour répondre à l’appel d’aide du Bangladesh. Cette mission, appelée Sea Angel, devient l’un des plus grands efforts d’aide suite à un désastre naturel. Elle conjugue au total deux hélicoptères du Japon, quatre du Royaume-Uni, les quinze navires américains et l’assistance de la Chine, de l’Inde et du Pakistan.

Un programme au service des citoyens

Dans la gestion en amont du cyclone, le Bangladesh fait face à un problème inattendu. La catastrophe est annoncée en avance mais de nombreux Bangladais décident délibérément de rester sur place. Dans ces zones agricoles souvent pauvres, il faut choisir entre fuir et se mettre à l’abri ou rester au péril de sa vie mais protéger son bétail et ses biens.

Afin d’assurer la sécurité de la population, le Bangladesh, aidé par l’Union Européenne, la Norvège et diverses organisations, a depuis mis en place un programme global de gestion des catastrophes (CDMP II). Il assure des préventions de plusieurs niveaux et accorde l’accès à l’information par le biais de radio locales et des téléphones portables. Le but étant de donner le maximum d’informations fiables sur la tempête en approche pour aider les locaux à prendre la bonne décision.

Les stations de radio locales sont également poussées à créer des clubs d’écoute afin de sensibiliser le plus large public possible. Une formation pratique et théorique permet aussi de réaliser des émissions de qualité sur la réduction des risques liés aux catastrophes et l’adaptation au changement climatique. Selon un ancien responsable du programme, Puji Pujiono, l’intérêt véritable de ces stations de radio tient au fait qu’elles permettent de replacer dans un contexte local le processus de gestion de ces catastrophes. « On ne peut parler d’intervention efficace que quand une communauté s’est réellement approprié un outil de préparation aux catastrophes en fonction de ses besoins. C’est justement ce que les radios locales permettent de faire. »

30 ans après le cyclone, les mesures en cas de catastrophe de ce genre ont bien évolué au Bangladesh. Les programmes sont de plus en plus nombreux et assurent une protection et à échelle locale. En 2013, lorsque le cyclone Mahasen a pris naissance dans le golf du Bengale, le gouvernement a par exemple su alerter les comités locaux de gestion qui ont transmis le message aux radio locales. Une communication qui a permis d’évacuer 1,15 million de personnes en très peu de temps et de sauver des milliers de vies. Même si les traces physiques de Gorky ont disparu avec le temps, le fantôme du cyclone plane toujours au-dessus du Bangladesh qui met tout en oeuvre pour ne plus vivre pareille catastrophe.

One Reply to “Il y a 30 ans | Le cyclone Gorky frappe le Bangladesh”

  1. Heureusement, ils ont pu tirer des leçons des erreurs afin d’éviter des les répéter. Certains devraient prendre exemple.

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