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ERPW (En Route Pour Wembley) est une chronique en 24 épisodes dédiée à la préface de l’Euro 2020. Chaque épisode s’intéresse à une nation spécifique au travers d’un prisme varié. Du récit culturel au joueur « coup de coeur », de l’historique footballistique au parcours de qualifications, des atouts aux faiblesses : venez découvrir ce qui se cache derrière chacune des sélections présentes cet été. Aujourd’hui, les Tartans Écossais.

La plume créatrice d’Arthur Conan Doyle, les poèmes lallans de Robert Burns, la pénicilline apaisante d’Alexander Fleming : de par son histoire révolutionnaire, l’Écosse a de quoi être fière de ses grands noms. Pourtant, les Scots n’ont pas vraiment une bonne opinion d’eux-mêmes. Est-ce le climat pluvieux qui frappe les récifs escarpés, la nostalgie d’une longue lutte contre l’oppresseur anglais ou le tempérament naturel d’une nation mélancolique? La réponse se trouve sans doute au croisement. En football aussi, tout a longtemps été gris. Malgré le triomphe du meneur Sir Alex Ferguson, les Tartans n’ont pas réussi à lui emboîter le pas du succès. Mais les temps changent. Après avoir entretenu le pessimisme national, le football écossais est aujourd’hui un phare dans la brume. Au pays du mystère, du Loch Ness et de la magie, l’espoir de gloire n’est pas mort. Et ce n’est peut-être que le début d’une histoire fantastique.

Souvent présente, jamais gagnante

La solidarité sera une valeur essentielle pour l’armée du Tartan © eurosport

Tout comme l’Angleterre, l’Écosse est souvent présentée comme une nation historique du football. Le premier match international officiel a d’ailleurs vu les deux pays s’affronter en 1872. À la fin du 19ème siècle, le football écossais est alors considéré comme novateur et particulièrement léché. C’est d’ailleurs en Écosse que la passe devient une véritable “tactique” de jeu à une époque où ce geste est encore vu comme “faible” et peu viril. Ce football champagne a d’ailleurs permis au Celtic de Glasgow de remporter la coupe d’Europe des clubs champions (l’ancienne Ligue des Champions) en 1967. 

Ces dernières décennies, l’Écosse a plutôt développé un football de contact, de passion et de combat. En onze participations à des compétitions internationales, l’équipe évoluant en marine et jaune n’a jamais réussi à sortir des poules. Régulièrement présente au niveau mondial, sa dernière qualification majeure remontait cependant à 1998. L’Écosse a rompu une malédiction et retrouve donc un championnat d’Europe pour la première fois depuis 1996.

Pour se qualifier, les Écossais ont dû batailler car ils ont terminé troisième de leur groupe derrière la Russie et la Belgique. Le barrage gagné face à la solide Serbie (la moitié de la population écossaise a regardé le match en direct) a sans doute fait du bien aux troupes de Steve Clarke. Depuis la prise de fonction de ce dernier en mai 2019, l’équipe affiche une très bonne dynamique avec un bilan de 9 victoires, 1 nul et 4 défaites.

Des problèmes offensifs conséquents

L’Écosse compte dans ses rangs quelques novices : Gilmour, Patterson et Turnbull © Scotland national teams
  • Principal point fort : Dans les cages écossaises, la Tartan Army peut compter sur l’expérimenté David Marshall, le véritable héros de la qualification contre la Serbie. Le portier de Derby County est aussi une valeur sûre de l’arrière garde écossaise même s’il n’est pas un très grand gardien et qu’il commence à se faire vieillissant. 
  • Au back gauche, Steve Clarke, le coach écossais va devoir expérimenter puisqu’il dispose de Tierney et Robertson pour le même poste  (Kieran Tierney devrait prendre une place plus axiale et laisser le couloir à Andrew Robertson). 
  • Le sélectionneur écossais a fait un autre ajustement tactique en replaçant le milieu mancunien, Scott McTominay, vers la défense centrale pour pallier au manque de qualité dans ce secteur. Une stratégie payante puisque McTominay se montre assez solide dans la charnière centrale. En replaçant de la sorte ses meilleurs pions vers des bases plus reculées, l’Écosse veut clairement faire de la défense sa principale force. L’idée de l’entraîneur est de constituer une base solide à laquelle pourront s’ajouter des joueurs moins talentueux.
  • Au milieu, Stuart Armstrong peut évoluer dans l’axe, sur le flanc droit ou derrière les deux attaquants. Une polyvalence cruciale dans une équipe qui manque de talent. De son côté, John McGinn est le troisième plus grand talent derrière les deux back gauches et se transcende toujours sous le maillot national (heureusement, car il a fait une mauvaise saison en club).
  • Principal point faible : le secteur offensif est très peu fourni. Le principal artilleur est la tour Lyndon Dykes qui peut compter sur le remuant Ryan Christie à ses côtés. Ces deux joueurs sont les deux seuls atouts de l’attaque écossaise. C’est bien pauvre pour un grand tournoi.
  • L’Écosse doit aussi faire appel à des novices. Gilmour et Patterson, 19 ans, et Turnbull, 21 ans, qui a reçu le titre de meilleur jeune joueur écossais de l’année, ont été retenus dans la sélection par Steve Clarke. Le bémol est qu’ils n’ont aucune expérience des grands tournois.
  • Il faut aussi noter le retour de blessure de James Forrest, l’ailier du Celtic qui pourrait ramener un peu de folie aux avant-postes. Cependant, il devra retrouver du rythme car, il a peu joué cette saison. La forme de Forrest sera donc une vraie inconnue.
  • C’est aussi le premier tournoi majeur de la Tartan Army depuis 25 ans. Un quart de siècle de doutes, d’incertitudes et de faiblesses d’une sélection écossaise toujours un peu juste pour se rendre dans les grandes compétitions.

Sortir du Groupe D, qui comprend également l’Angleterre et la Croatie, ne sera pas une tâche facile, mais les Écossais y entrent avec conviction et sans rien à perdre. L’équipe devra être solidaire pour espérer quelque chose dans ce groupe assez ouvert. L’armée du Tartan pourra en tout cas compter sur son gardien, David Marshall pour assurer l’arrière-garde.

Pronostic de la rédaction : cette équipe d'Écosse n'est pas la plus qualitative des 24 nations présentes à l'Euro. Mais parfois, il suffit d'un rien pour voir grand. La qualification est déjà une prouesse pour une équipe qui ne semble pas être armée pour aller bien loin dans ce tournoi. Á moins que les tartans écossais ne soient tous alignés. 

ALVARRO, Tchoupi & Estelle Hittelet

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