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ERPW (En Route Pour Wembley) est une chronique en 24 épisodes dédiée à la préface de l’Euro 2020. Chaque épisode s’intéresse à une nation spécifique au travers d’un prisme varié. Du récit culturel au joueur « coup de coeur », de l’historique footballistique au parcours de qualifications, des atouts aux faiblesses : venez découvrir ce qui se cache derrière chacune des sélections présentes cet été. Aujourd’hui, la Reprenzentace tchèque.

À l’est ou à l’ouest, riche ou pauvre, dépassée ou innovante : la République tchèque aime jouer de ses contrastes. En Tchéquie, il règne depuis longtemps un goût prononcé pour la réflexion, le changement et la différence. Il faut dire que c’est à Prague que naissent Franz Kafka et son univers cauchemardesque. Une vision d’un monde absurde qui inspirera le dramaturge Václav Havel, premier président après le « divorce de velours ». C’est également dans la capitale que l’écrivain Josef Čapek invente le mot « robot » que l’artiste contemporain David Černý créera plus tard. Des châteaux de Bohème au cubisme praguois, des parcs naturels aux mines d’argent de Kutná Hora, du gothique de Český Krumlov aux grottes de Punkva : le nombril de l’Europe aime le beau, l’étrange, le bizarre. Son football lui ressemble et, de Tomáš Rosický à Pavel Nedvěd, la Národní tým a longtemps allié le génie et la classe. Un alliage que l’on pourrait enfin retrouver cet été.

L’Euro, le péché mignon de la République tchèque

La République tchèque devra être solidaire pour se sortir du groupe D © Milan Kammermayer /AFP

La sélection tchèque débute son histoire footballistique à la suite de l’éclatement de la Tchécoslovaquie en 1993, à l’instar de son homologue slovaque. C’est donc le 23 février 1994 que la nation indépendante de République tchèque dispute son premier match officiel face à la Turquie (victoire 4 buts à 1). À peine deux ans plus tard, la Tchéquie se qualifie pour sa première grande compétition internationale, l’Euro 1996, en terminant à la première place de sa poule de qualification. Les Tchèques y signent un exploit retentissant en atteignant la finale, qu’elle perd malheureusement face à l’Allemagne (2-1). Cette année 1996 marque le début d’une décennie dorée pour cette jeune nation, notamment ponctuée par une demi-finale à l’Euro 2004. Elle atteindra même la deuxième place au classement FIFA en 1999-2000 ! En 2006, elle se qualifie pour la première coupe du monde de son histoire mais est éliminée dès le premier tour.

Depuis 2007, Národní tým, son surnom, alterne entre les qualifications et les échecs dans les phases éliminatoires pour les compétitions internationales. Elle a, depuis 2006, toujours été éliminée en phase de qualifications pour les différentes coupes du monde mais elle s’est qualifiée sept fois pour l’Euro en autant de phases qualificatives depuis la création de son État.

Pour cet Euro, la République tchèque a terminé deuxième de son groupe de qualification derrière l’Angleterre. L’équipe a aussi tenu la dragée haute aux Diables pour la deuxième journée des éliminatoires de la prochaine coupe du monde (1-1). Notons également que la Tchécoslovaquie a remporté l’Euro en 1976, grâce au penalty d’Antonín Panenka, qui a donné son nom à cette manière particulière de tirer les penaltys.

Un milieu de feu, une défense lente

Vladimir Darida sera le capitaine de la sélection © euro2020
  • Principal point fort : Le gros atout de la République Tchèque est la paire Tomas Soucek – Alex Kral du milieu de terrain (le premier est un meneur de jeu reculé et la révélation de Premier League. Le second est le futur grand talent du Spartak Moscou).  Joueurs majeurs de la sélection, Vladimir Darida le capitaine, Patrik Schick, sans oublier le talentueux Jakub Jankto qui a laissé entrevoir de belles choses cette saison en Serie A avec la Sampdoria, seront à surveiller de près.
  • Même si l’effectif tchèque ne déborde pas de talent, la Narodni tym peut compter sur un gardien de qualité en la personne de Vaclik (gardien réserviste de Séville). La présence du jeune prodige du Sparta Prague, Adam Hložek laisse présager de belles choses pour l’avant-garde tchèque.
  • Les attaquants de pointe semblent en forme et se sont distingués cette saison. Michael Krmencik, prêté par Bruges a joué toute la seconde partie de saison avec le PAOK et Tomas Pekhart avec ses 22 buts en 25 matchs pour le Legia Varsovie a été un des grands artisans du titre du club.
  • Les Tchèques possèdent d’incroyables facultés mentales. L’équipe de Jaroslav Šilhavý a entamé les éliminatoires de manière poussive en se faisant gifler 5-0 par les Three Lions. Avec un tel scénario, le finaliste de l’Euro 96 avait déjà grillé un joker pour se qualifier. Mais cet ultime échec a surtout permis de montrer la grande force mentale de l’équipe. Intraitable à domicile, la République tchèque s’est même payée le scalp des Anglais en octobre dernier. Une performance qui a apporté de la confiance au groupe et lui a permis de se qualifier pour cet Euro.
  • Principal point faible : la charnière défensive composée de Ondrej Celustka et Tomas Kalas est extrêmement lente. Elle n’offre pas toutes les garanties défensives dont la Narodni tym aurait besoin. Lors des éliminatoires les hommes de Šilhavý n’ont réalisé que deux clean sheets en huit matchs. Ces problèmes défensifs pourraient bien provoquer des dommages collatéraux notamment face à l’attaque de feu de l’Angleterre ou face à la Croatie…
  • L’effectif manque aussi d’ailiers à cause des blessures notamment celle de Provod ainsi que d’un vrai n°10 car Darida est davantage un milieu reculé. Il reste aussi un gros point d’interrogation sur la forme de l’attaquant Patrick Schick qui a loupé une grande partie de la saison à Leverkusen et de nombreux rassemblements de la sélection. 
  • La République tchèque est dans un groupe relevé avec la Croatie, l’Angleterre et l’Ecosse. Les Tchèques ont d’ailleurs joué contre ces deux dernières équipes lors des éliminatoires pour l’Euro (une victoire et une défaite face aux anglais) ou en Ligue des Nations B où l’équipe a perdu deux fois. Il sera important d’inverser la tendance pour espérer sortir de ce groupe assez relevé.
  • L’équipe est basée sur les fondations du Slavia Prague donc c’est du solide. Mais le style de jeu est cependant loin de celui à haute intensité et flamboyant du Slavia. L’équipe va moins vite, les transitions entre les différentes lignes sont moins rapides et laissent moins d’espaces. Un style de jeu qui peut poser problème dans des matchs fermés contre des équipes qui jouent en bloc bas.

La République tchèque compte un futur très grand joueur dans ses ranges avec Tomas Soucek. Il forme une paire solide avec Alex Kral dans le milieu du jeu. Cependant, l’équipe manque de liant entre les différentes lignes. Le duo médian excelle mais les autres joueurs ne suivent pas toujours. Ce qui explique le parcours en dent de scie de l’équipe, capable de battre l’Angleterre et de s’incliner face à l’Écosse. Il faudra être plus régulier dans ce tournoi pour espérer bien y figurer.

Pronostic de la rédaction : les Tchèques devront certainement réaliser plus d'un exploit pour sortir de ce groupe très relevé. Il est vrai qu'ils ont battus l'Angleterre lors des éliminatoires mais ici, ils joueront en terrain anglais devant en public qui compte bien se faire entendre. Le défi est donc de taille pour la République tchèque. 

ALVARRO, Tchoupi & Estelle Hittelet

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