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ERPW (En Route Pour Wembley) est une chronique en 24 épisodes dédiée à la préface de l’Euro 2020. Chaque épisode s’intéresse à une nation spécifique au travers d’un prisme varié. Du récit culturel au joueur « coup de coeur », de l’historique footballistique au parcours de qualifications, des atouts aux faiblesses : venez découvrir ce qui se cache derrière chacune des sélections présentes cet été. Aujourd’hui, la Roja.

Des étendues désertiques d’Andalousie aux pluies diluviennes d’Asturies en passant par les plages sablées de Catalogne, le panorama espagnol est celui de la variété, de la nuance et de la différence. Car loin des clichés habituels, l’Ibère est une terre de la diversité. Derrière les tapas se cache un goût prononcé pour les saveurs et le mélange. Derrière le flamenco se cache la passion du rythme et de la liberté. Derrière le vernis festif se cache un appétit pour l’invention et la recherche de nouvelles formes. Le cubisme de Pablo Picasso, l’absurde de Luis Buñuel, la géométrie de Luis Aragonés, le quadrillage tactique de Pep Guardiola : l’histoire récente espagnole aime démontrer que les frontières de l’art, de la politique et du football sont minces et perméables. Mais ces dernières années, l’Espagne semble avoir perdu les fondements qui ont fait sa grandeur. Les grandes heures sont passées mais le cycle pourrait commencer à nouveau. Sera-ce dès cet été?

Une suprématie internationale à retrouver

La jeune génération espagnole va devoir faire aussi bien que ses grands frères © rmcsport

L’Espagne est entrée dans le gotha européen et mondial en réalisant un doublé en 2008 et 2012 à l’Euro, entrecoupé par un titre planétaire à la coupe du monde 2010. Elle est devenue ainsi la première équipe de l’histoire à gagner trois trophées internationaux d’affilée. Le sacre européen de 2012 a également fait de la Roja la deuxième équipe de l’histoire à remporter trois Euros, après l’Allemagne, la première à conserver un titre européen et à enregistrer le plus grand écart de buts dans une finale européenne ou mondiale (4-0 face à l’Italie). Ces quatre années de domination mondiale ont brutalement pris fin en 2014 lors de la coupe du monde au Brésil avec une sortie dès la phase de groupes suivie d’une double désillusion en huitièmes de finale à l’Euro 2016 et à la coupe du monde 2018.

La Selección n’a pas concédé le moindre but lors des deux phases à élimination directe de ses sacres de 2008 et 2012. Depuis lors, la défense a changé mais l’Espagne reste solide puisqu’elle n’a pris que cinq buts durant les éliminatoires pour cet Euro et en a marqué 31 (notamment sept contre Malte) dans un groupe plutôt relevé avec la Norvège, la Suède et la Roumanie, pour un total de huit victoires en dix matchs. Notons enfin qu’en Ligue des nations, l’équipe a réussi à enfiler six goals à l’Allemagne.

Une équipe en reconstruction

L’absence de Sergio Ramos va enlever pas mal d’expérience au noyau de la Roja © sefutbol
  • Principal point fort : la présence de Sergio Busquets dans un entrevue très interchangeable. Jordi Alba est titulaire à gauche et est habitué aux grands rendez-vous. Il apportera l’expérience qui manque un peu au groupe. Koke a aussi fait une grosse saison avec l’Atltético Madrid, il a été l’un des grands artisans du titre des Colchoneros. Il apportera un peu de sérénité dans une équipe qui en aura bien besoin.
  • En défense, Luis Enrique a surpris tout le monde en ne recrutant pas Sergio Ramos. Néanmoins, l’axe central pourra compter sur la récente naturalisation d’Aymeric Laporte qui sera sans doute associé au jeune talent Eric Garcia. Il y aura moins d’expérience derrière. Mais ça reste deux défenseurs très talentueux.
  • Devant, Dani Olmo sera l’homme du côté gauche, il a joué les 10 derniers matchs de l’équipe dont 7 comme titulaire. C’est presque la même chose pour Ferran Torres de l’autre côté (5 buts surs 4 derniers matchs). Ces deux ailiers remuants pourraient apporter un peu de profondeur à l’équipe.
  • Principal point faible : L’Espagne est une équipe en phase de reconstruction, de nombreux cadors sont blessés ou non-appelés par Enrique. Le sélectionneur a la fâcheuse tendance de revenir au cliché footballistique espagnol avec de longues possessions stériles (79% contre la Géorgie, 80% contre la Grèce et 81% contre le Kosovo). À part le jeune Ferran Torres et Dani Olmo, le dernier tiers du terrain est peu percutant, il y a très peu de changements de rythme. La plus grosse interrogation reste de savoir si l’équipe sera prête physiquement au vu des longues saisons de Liga qu’ils ont connu et du Covid. 
  • Derrière, les interrogations demeurent. Au goal, l’Espagne compte sur Unai Simón qui a pris la place de l’expérimenté David De Gea sur les derniers matchs. Mais le portier de Bilbao n’a pas fait preuve d’une grande sérénité cette saison. Beaucoup de questions se posent également au back droit (Carvajal et Sergi Roberto sont blessés, Jesus Navas n’est plus appelé). Dès lors, la place pourrait revenir à Diego Llorente mais il est loin d’être le point fort de l’équipe. 
  • L’entrejeu est assez interchangeable et la solution miracle n’a pas encore été trouvée. Rodri est rentré dans les plans de Pep Guardiola. Thiago n’est pas l’auteur d’une grosse saison. Pedri n’a que 17 ans et ne pourra pas porter le milieu de la Roja seul. Fabian Ruiz n’est pas le nom le plus ronflant. Cela sera un véritable casse-tête pour trouver la bonne combinaison. Seules certitudes, les présences de Koke et Sergio Busquets. Devant, Morata occupera seul la pointe de l’attaque. Il n’est pas l’auteur d’une très grosse saison, ce qui risque de poser des problèmes d’efficacité. D’autant plus que pour marquer, il faudra qu’il soit servi correctement.

La Roja est parsemée d’incertitudes. Il est fini le temps des Iniesta, Xavi, Sergio Ramos…. L’équipe fait peau neuve et s’appuye sur des jeunes. Ce qui implique une Espagne en phase de reconstruction qui devra profiter de l’expérience de ses anciens pour briller.

Pronostic de la rédaction : malgré une jeunesse de qualité et un sélectionneur très bon tacticien, la Roja version 2021 n'est pas encore la machine à gagner espérée et le moteur est encore ronflant. Cela passera sans doute face aux équipes plus modestes mais la mécanique pourrait caler face à de réels cadors. Une bonne mise en jambe pour la Coupe du Monde 2022?

ALVARRO, Tchoupi & Estelle Hittelet

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