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ERPW (En Route Pour Wembley) est une chronique en 24 épisodes dédiée à la préface de l’Euro 2020. Chaque épisode s’intéresse à une nation spécifique au travers d’un prisme varié. Du récit culturel au joueur « coup de coeur », de l’historique footballistique au parcours de qualifications, des atouts aux faiblesses : venez découvrir ce qui se cache derrière chacune des sélections présentes cet été. Aujourd’hui, les Aigles Blancs Polonais.

Le fait que le plus grand musée de Varsovie soit dédié à Nicolas Copernic peut passer pour un cliché. Pourtant, il n’y a rien de plus symbolique. En initiant le géocentrisme, l’astronome a offert au monde un nouveau centre, le sien. Une position que la Pologne connaît par coeur. Tout autant que la guerre. Centre de l’Europe entouré de voisins hostiles, le pays disparaît en 1795, englouti par les Empires qui l’encerclent. Prusse, Autriche-Hongrie, Allemagne nazie, URSS, la Terre des Champs doit attendre deux siècles pour retrouver sa pleine indépendance en 1990. Entre temps, les héros polonais ont tous du s’exiler, à l’image d’Adam Mickiewicz, de Marie Curie ou de Frédéric Chopin. Mais l’histoire récente est plus heureuse et la Pologne est aujourd’hui la 5ème puissance économique de l’Union européenne. Au centre de l’Europe, la crainte est devenue confiance. Au centre de l’Euro, les pleurs deviendront-ils des larmes de joie?

Pologne, collectionneuse de dernières places

La Pologne devra être solidaire pour se sortir du groupe E © Kai Pfaffenbach – Reuters

La Pologne a connu son âge d’or durant presque une décennie, en terminant troisième à la coupe du monde 1974 et 1982 et en décrochant l’or aux Jeux olympiques de 1972. Par la suite, les Aigles Blancs n’ont plus participé à une compétition internationale pendant seize ans. La sélection a dû patienter jusqu’en 2002 pour atteindre de nouveau une phase finale, à la coupe du monde, tournoi qu’elle a également disputé en 2006. Elle se qualifie pour son premier Euro en 2008, une compétition qu’elle coorganise quatre ans plus tard. Les Blancs et Rouges ont toutefois terminé à la dernière place de leur groupe lors de ces deux tournois, ainsi qu’à la coupe du monde 2018. Ces désillusions ont à peine été compensées par un quart à l’Euro 2016.

Pour se qualifier pour cet Euro, la Pologne a terminé première de son groupe avec huit victoires en dix matchs, 18 buts marqués et seulement cinq encaissés. Jerzy Brzęczek, l’ancien international qui a mené l’équipe à la phase finale, a toutefois été remplacé sur le banc par Paulo Sousa, qui a participé aux phases finales de 1996 et 2000 avec le Portugal. Ce changement de sélectionneur amène de l’incertitude dans une équipe qui compte toutefois dans ses rangs un certain Robert Lewandowski, qui affiche des statistiques affolantes de 66 buts marqués en sélection et 50 roses toutes compétitions confondues cette saison avec le Bayern !

Lewandowski, la tête létale d’un Aigle qui bat de l’aile

Mis à part Piotr Zieliński, Robert Lewandowski risque de se sentir seule dans cette sélection © PZPN
  • Principal point fort : la présence de Robert Lewandowski au sein de la Pologne permet à l’équipe d’avoir une arme absolue aux avants-postes. D’autant plus qu’il pourrait être associé à Arkadiusz Milik, arrivé comme sauveur au sein de l’Olympique de Marseille.
  • Dans le milieu de terrain, Gregor Krychowiak revient bien au Lokomotiv Moscou en jouant un cran plus haut mais il ne faut pas que le tempo du match augmente trop ou sinon il est moins fort. Dur sur l’homme et faisant parler sa puissance athlétique, Krychowiak apportera de la solidité au milieu du jeu. Le jeune Mateusz Klich a été très bon avec Leeds mais il a avoué lui-même être cramé physiquement (Marcelo Bielsa l’a reposé lors des derniers matchs de la saison après plus de 90 rencontres consécutives en deux ans). Enfin, Karol Linetty et Jakub Moder pourraient prendre une place dans le milieu. 
  • L’équipe compte aussi deux gardiens de haut-vol (Wojciech Szczęsny et Łukasz Fabiański). Ces deux portiers vont être importants pour apporter de la sérénité à l’arrière garde polonaise. Mais la concurrence qu’ils maintiennent n’est pas toujours un gage de bonne entente.
  • Principal point faible : le remplacement de Jerzy Brzęczek, qui avait qualifié le pays pour l’Euro, à quelques semaines de l’Euro va forcément créer une situation d’incertitudes au sein du groupe. L’ex-international portugais Paulo Sousa est un bon entraîneur mais il s’agit de sa première pige comme sélectionneur et il n’a eu quelques semaines pour travailler avec son groupe. Sera-ce assez pour réussir à faire passer son message? Pas sûr.
  • La Pologne à une colonne vertébrale à qui il manque plusieurs vertèbres. L’équipe compte quelques joueurs de haut-vol au poste de gardien et en attaque mais entre ces deux lignes, le vide est grand. Piotr Zieliński est un superbe lien mais il reste seul (et il n’est pas encore assez décisif). En défense, Jan Bednarek est plutôt un bon défenseur et Michał Helik (très bon physiquement et fort de la tête devant et derrière) est prometteur mais il a des difficultés à couvrir dans son dos et il n’est pas très mobile. La tour, Kamil Glik connaît une saison compliquée avec Benevento, rien n’est donc sûr quant à sa forme.
  • Sur les côtés, Maciej Rybus (31 ans), ancien joueur de l’Olympique Lyonnais, et Bartosz Bereszynski ne souffrent d’aucune réelle concurrence à leur poste mais ne sont pas pour autant une assurance tous risques. Derrière eux, Przemysław Frankowski et Tymoteusz Puchacz sont jugés trop tendres pour espérer prendre une place dans le onze de base pour cet Euro. Un problème pour alimenter correctement Lewandowski et Milik. En réalité, la bonne campagne ou non de la Pologne dépendra de la forme de Lewandowski, auteur d’une saison remarquable avec des statistiques affolantes. Mais aussi de la capacité de l’attaquant à réussir à transcender une animation offensive complètement différente de celle du Bayern.

L’histoire footballistique moderne de la Pologne est un éternel recommencement. Les Aigles blancs se qualifient toujours plutôt facilement lors des éliminatoires puis déçoivent toujours lors des compétitions majeures. Cet été, il faudra casser les codes et les habitudes. Ou les Polonais diront qu’ils connaissaient la rengaine bien à l’avance.

Pronostic de la rédaction : Qu'on se le dise, on aimerait tous que la Pologne fasse un gros tournoi pour que Robert Lewandowski puisse prendre le Ballon d'Or qu'on lui a retiré la saison passée. Mais l'objectivité nous oblige à revoir notre enthousiasme à la baisse. Avec un effectif en reconstruction et un sélectionneur fraîchement débarqué, les Aigles blancs risquent bien de confirmer leurs mauvaise habitude en grand tournoi.

ALVARRO, Tchoupi & Estelle Hittelet

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