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ERPW (En Route Pour Wembley) est une chronique en 24 épisodes dédiée à la préface de l’Euro 2020. Chaque épisode s’intéresse à une nation spécifique au travers d’un prisme varié. Du récit culturel au joueur « coup de coeur », de l’historique footballistique au parcours de qualifications, des atouts aux faiblesses : venez découvrir ce qui se cache derrière chacune des sélections présentes cet été. Aujourd’hui, les Magyars magiques hongrois.

Depuis toujours, la Hongrie est une terre de contradiction. Le pays est au centre de l’Europe mais son peuple et sa langue sont les seuls à n’avoir connu aucun croisement avec ses voisins. Son Premier ministre est europhobe mais sa capitale Budapest est un haut-lieu du tourisme européen. Son goulasch national est un ragoût paysan mais son exportation culinaire la plus célèbre est le fameux Tokaj adoré des Rois de France. Multiple championne du monde de mathématiques et détentrice d’une histoire scientifique brillante, la Hongrie est avant tout un pays d’inventeurs. Vitamine C, allumettes, hélicoptère, télévision couleur, centrale téléphonique : tout nous vient des Magyars. De la science au football il n’y a qu’un pas que cette culture créatrice a aisément franchi. À l’image du Onze d’Or de Ferenc Puskás (notamment) à qui le football moderne doit beaucoup. Cet été, les Hongrois vont-ils à nouveau révolutionner le monde du ballon rond?

L’âge d’or puis le trou d’air

Dans les années ’50, le onze d’or hongrois a révolutionné le monde du ballon rond, posant les bases du football moderne

La Hongrie a connu plusieurs périodes fastes au cours de son histoire avant une chute brutale. La première lui a permis d’atteindre la finale de la coupe du monde en 1938. La deuxième va transformer définitivement le football. La Hongrie aligne la meilleure équipe des années 1950 (avec le Real Madrid) grâce à un quatuor offensif fantastique (Bozsik, Kocsis, Hidegkuti, Puskás) en 4-2-4 qui invente le football total. Entre 1950 et 1956, le Onze d’Or n’enregistre qu’une seule défaite, la finale de la coupe du monde en 1954 contre l’Allemagne de l’Ouest. Elle décroche également l’or olympique en 1952 (ainsi qu’en 1964 et 1968). Par la suite, la sélection atteint deux demi-finales en 1964 (troisième) et 1972 (quatrième) à l’Euro avant de connaître un énorme trou d’air jusqu’en 2016. Il aura donc fallu attendre trente ans avant qu’elle ne se qualifie de nouveau pour une phase finale.

Pour rejoindre cet Euro, la Hongrie a dû passer par un chemin alternatif. Elle a terminé quatrième de son groupe de qualification derrière la Croatie, le Pays de Galles et la Slovaquie et n’a pas obtenu sa place. Mais elle a remporté son groupe de Ligue des Nations composé de la Russie, de la Turquie et de la Serbie et s’est offert les barrages. Elle y sort facilement la Bulgarie puis retourne l’Islande dans les cinq dernières minutes grâce à un but fantastique de la pépite Dominik Szoboszlai dans les arrêts de jeu.

Un effectif solidaire privé de son diamant

L’absence de Dominik Szoboszlai est une vraie tuile pour la Hongrie © MLSZ
  • Principal point fort : l’entraîneur Marco Rossi est parvenu à transformer une équipe en perdition en un groupe soudé et solidaire. Avant sa pige en sélection, il a remporté le championnat hongrois avec Ferencvaros et connaît très bien une partie des joueurs. Fidèles au catenaccio de leur entraîneur italien, les Magyars s’attellent d’abord à bien défendre avant de tenter de passer par les ailes. La force de cette équipe, c’est vraiment son collectif. Il n’y a pas de grosses individualités (la pépite Dominik Szoboszlai étant blessé) mais la sélection peut compter sur des gars qui ont faim de foot et de victoire. La sélection n’a plus perdu depuis septembre 2020.
  • Malgré une assise défensive retrouvée, la Hongrie ne néglige plus son attaque et s’est trouvée un duo complémentaire. Les presque homonymes Adam Szalai, vétéran et capitaine de 34 ans, et Roland Sallai, jeune attaquant prometteur de Fribourg, ont créé des automatismes sur le terrain et forment une doublette prête à faire des étincelles.
  • Derrière, le portier Péter Gulácsi, qui ne réalise pas sa meilleure saison et s’est troué contre l’Islande lors des barrages, et le défenseur central Willi Orban, bien revenu après une grave blessure, se connaissent parfaitement puisqu’ils jouent tous les deux à Leipzig. Ils concentrent une grande part de la stabilité défensive. Au milieu, Adam Nagy est un bon joueur de ballon et le remuant Loic Nego est un ailier intéressant quand il est dans son match.
  • Au milieu, Adam Nagy est un bon joueur de ballon mais l’équipe manque d’un vrai n°6 et d’impact physique dans l’axe du jeu. De plus, le remuant Loic Nego pourrait faire la différence en montant au jeu. 
  • Principal point faible : artisan principal de la qualification hongroise, la pépite Dominik Szobolszlai a dû déclarer forfait pour la compétition en raison d’une blessure aux adducteurs qu’il traîne depuis plus de 6 mois. Transféré à Leipzig au mercato d’hiver, il n’a plus disputé une seule rencontre depuis le 20 décembre et n’a donc toujours pas revêtu le maillot de sa nouvelle équipe. Sans son meneur de jeu, la Hongrie se retrouve fortement appauvrie.
  • Les qualités techniques de l’équipe sont très limitées et il manque d’impact physique et d’un vrai n°6 capable de contrôler le jeu ou de casser les attaques adverses. Les Magyars ne peuvent pas non plus se reposer une expérience des grands rendez-vous puisque très peu d’entre eux jouent ne serait-ce que dans un grand championnat. La majeure partie de l’équipe est composée de joueurs locaux et, même s’il peut y avoir quelques surprises, une bonne partie du onze de départ (et surtout le banc) manque cruellement de qualité.

Après près de 30 ans de vache (très) maigre, les Hongrois ont repris goût aux compétitions majeures puisqu’ils disputent leur deuxième Euro consécutif. Et si ils étaient parvenus à sortir des poules en France, de nombreux obstacles se dressent cette fois devant eux. Car en plus d’un groupe sans doute insurmontable, la sélection hongroise a perdu son arme principale. Mais si les Magyars confirment leur regain de forme, le futur pourrait s’annoncer radieux pour une équipe encore jeune et enfin prometteuse.

Pronostic de la rédaction : On ne va surprendre personne en annonçant ici que nous ne voyons évidemment pas la Hongrie sortir des poules. Outre le pire tirage possible, les Magyars sont amoindris et tombent sur trois sélections qui ont des choses à prouver. L'objectif de cet été sera de prendre des points, et de se préparer au mieux pour briller lors de la prochaine compétition majeure.

ALVARRO, Tchoupi & Estelle Hittelet

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