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Colonie britannique de canne à sucre, Antigua-et-Barbuda adhère à l’Organisation des États de la Caraïbe Orientale (OECO) le 18 juin 1981. Le 1er novembre 1981, les îles jumelles obtiennent leur indépendance après près de 500 sous le joug étranger. 40 ans plus tard, comment s’est passée le passage à l’autonomie?

Les îles d’Antigua et de Barbuda sont découvertes en 1493 par Christophe Colomb lors de son deuxième voyage vers le Nouveau Monde. Mais les colons ne s’y installent cependant pas. Il n’y a pas d’eau douce sur place et les locaux sont particulièrement hostiles. Ce sont les Français qui s’y établissent en premier mais il faut attendre l’arrivée des Britanniques pour que la colonisation européenne ne s’implante réellement. En 1623 à Antigua, en 1661 à Barbuda. L’histoire des deux îles vient de (re)commencer.

La colonisation britannique

En 1674, Sir Christopher Codrington, soldat et colonisateur britannique, fonde la première grande plantation de sucre sur l’île d’Antigua. Onze ans plus tard, il loue avec sa famille toute l’île de Barbuda à la Couronne britannique pour la modique somme d’« un gros cochon par an si demande est faite ». Ils y établissent, avec succès, des plantations de canne à sucre cultivées par des esclaves d’Afrique de l’ouest. Ces derniers développent petit-à-petit leur propre langue : le créole antiguais, qui est encore parlé aujourd’hui.

En 1834, le Royaume-Uni bannit l’esclavage de ses colonies. Les anciens esclaves, du fait de manque de moyens, restent pourtant dépendant économiquement de leurs anciens maîtres, ce qui maintient une grande partie de la population des îles dans la misère. Dans les années 1930, la majorité des ouvriers agricoles travaillant dans l’industrie sucrière d’Antigua gagnaient ainsi moins que leurs prédécesseurs au moment de l’abolition de l’esclavage.

Ce n’est qu’en 1939 que se crée un syndicat pour les travailleurs : l’ATLU. En réponse, les propriétaires britanniques, qui possèdent plus des trois quarts de toutes les terres de l’îles, décident de regrouper leurs exploitations en une seule société. Cela ne fonctionne pas et Vere Bird, président du syndicat, entre à la fin de la Seconde guerre mondiale au « panthéon des syndicalistes ». Des grèves s’organisent et une campagne est menée pour réformer la législation coloniale. En 1951, le Royaume-Uni concède aux anciens esclavages la possibilité d’élire leurs représentants au suffrage universel. Grâce à cette marge de manoeuvre, l’ATLU réussit à occuper jusqu’à huit sièges sur treize au Parlement.

L’autonomie politique

En 1959, les Britanniques accordent une autonomie élargie à la colonie après l’émancipation des candidats issus de l’ancien esclavage. Les réformes constitutionnelles permettent alors de transférer une part substantielle de l’autorité du gouverneur général à un chef de gouvernement issu du groupe majoritaire à la représentation coloniale. L’année suivante, l’ATLU remporte les dix sièges du Parlement et Vere Bird est nommé chef du gouvernement. Mais de premiers écarts font surface : pendant la campagne électorale, tous les autres candidats ont renoncé à se présenter face aux menaces, aux intimidations et aux violences des militants de l’ATLU.

En 1967, la Grande-Bretagne accorde à Antigua-et-Barbuda le statut d’État associé avec l’entière souveraineté sur les affaires intérieures et Vere Bird devient Premier ministre. Le système législatif est réorganisé avec la création d’une Chambre composée des représentants élus et d’un Sénat composé de membres désignés par le gouvernement. Une grande partie des descendants de colons décident alors de quitter le pays mais ils détiennent encore les exploitations. Le gouvernement Bird adopte alors une loi l’autorisant à emprunter à la Grande-Bretagne l’argent nécessaire au rachat de ces terres. À la fin de l’année, Vere Bird contrôlait le gouvernement, le syndicat ATLU et l’industrie sucrière. Une mainmise qui va vite poser problème.

La dynastie Bird

Représentation de Sir Vere Cornwall Bird Sr dans la ville de St. John’s

Le 1er novembre 1981, Antigua-et-Barbuda devient indépendante, entre au Commonwealth et son homme fort Vere Bird est élevé au rang de « père de la nation ». Lors des élections de 1994, le pouvoir passe de Vere Bird à son fils Lester. Un successeur qui s’était engagé durant la campagne électorale à privatiser la chaîne nationale ABS Television & Radio. La promesse ne fut jamais tenue et le parti, avec le soutien de la famille Bird, garda sous contrôle la télévision nationale, le câble et toutes les radios AM et FM. Soit tous les médias capables de toucher massivement la population. Selon la famille Bird, le rôle des médias est d’ailleurs « de diffuser le maximum d’informations positives sur le gouvernement et le maximum d’informations négatives sur l’opposition. »

Depuis les années ’70, l’administration Bird est, de père en fils, mêlée à une série de scandales (trafic d’armes et de cocaïne, détournement de fonds publics, fraudes électorales,…) qui donnent une idée très précise du niveau de corruption atteint en plusieurs décennies passés au pouvoir. Tant la Constitution de 1981 que les décisions de différentes instances judiciaires furent systématiquement bafouées. Les conclusions des commissions d’enquête furent systématiquement ignorées ou privées de leur substance. Évidemment, aucun membre du gouvernement ou de la famille Bird ne fut jamais inquiété pour aucune de ces malversations. En mars 2004, les élections ont placé au pouvoir Baldwin Spencer, le chef du United Progressive Party. C’est la fin de la dynastie Bird au pouvoir.

Avec le changement de régime, l’espoir était de mise pour la population d’Antigua-et-Barbuda. Mais la corruption sous la dynastie Bird était une composante principale du pouvoir et l’ensemble du système s’y est ancré. Difficile donc de faire changer des fonctionnements devenus des habitudes et des façons de faire. Malgré une agriculture entièrement destinée au marché intérieur, le pays a massivement développé ses activités de tourisme qui représentent plus de la moitié du PIB. Mais la série de catastrophes naturelles qui a frappé le territoire au tournant des années 2000 a mis le secteur touristique en danger. Antigua-et-Barbuda a donc décidé de s’adapter et fait aujourd’hui partie de la liste officielle des paradis fiscaux. Un nouveau principe aux limites de la légalité où la corruption règne en maître. Comme une mauvaise habitude au pays.

One Reply to “40 ans après l’indépendance, la corruption a-t-elle enfin quitté Antigua-et-Barbuda?”

  1. C’est toujours compliqué lorsque le pouvoir est dans les mains d’une seule personne qui au départ, apportait beaucoup au pays mais qui par la suite devient presque un despote (déjà vu dans d’autres contrées)

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