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Après avoir longtemps parlé d’écologie sans proposer grand chose, l’Union européenne vient d’annoncer la création d’un parc éolien marin pour 2050. L’objectif : verdir l’économie et l’énergie européenne pour accélérer la transition écologique et le rejet des énergies fossiles. Mais le vent est-il la solution pour renouveler le Vieux Continent?

En 2015, les Accords de Paris de la COP21 « obligent » les pays signataires à se doter d’une stratégie écologique de pointe. L’Union européenne décide alors de prendre le relais pour mettre une place une politique commune qui forcerait chaque membre à agir ne serait-ce qu’un minimum. Problème : le passé industriel communiste de l’Europe de l’Est empêche la moitié des membres de se calquer sur une stratégie commune « dans chaque pays », leur économie dépendant encore trop fortement des énergies fossiles. Après cinq ans de statu quo, la Commission européenne est enfin parvenue à mettre un plan sur pied : le déploiement d’un vaste réseau d’éoliennes maritimes. Objectif : remplacer la production de 300 centrales nucléaires d’ici à 2050 via les installations en mer du Nord, mer baltique, en Méditerranée et dans l’Atlantique.

Les énergies renouvelables en mer

La mer est source potentielle de nombreuses énergies renouvelables. Si les biocarburants à base d’algues et les installations photovoltaïques flottantes ne sont qu’au premier stade de leur développement, les dispositifs liés à l’énergie océanique et les éoliennes sont en plein essor. L’énergie ainsi produite par un nouveau gigantesque parc éolien permettrait d’alimenter le réseau énergétique européen et de réduire la dépendance de l’Europe aux énergies fossiles. Étant donné le grand nombre et la diversité des bassins maritimes de l’Union européenne, les éoliennes et les autres technologies possèdent un fort potentiel de développement, et ce sur toutes les côtes européennes.

De plus, l’activité industrielle derrière la mise en place et l’entretien des structures seraient répartis sur l’ensemble du territoire. Cela permettrait non seulement de soutenir l’économie des régions ou des pays enclavés mais aussi de répartir les coûts et taux de production sur l’ensemble des pays membres. Il n’y aurait donc pas un seul gros payeur mais plusieurs moyens payeurs. Il n’y aurait pas non plus un seul gros pollueur puisque la pollution inhérente à la mise en place du réseau serait échelonnée parmi tous les pays.

Actuellement, le secteur européen de l’éolien en mer compte près de 62.000 employés et 2.500 pour l’énergie océanique. Selon la Commission européenne, la réalisation de ces nouveaux parcs éoliens permettrait de générer près de 318.000 emplois. Les installations visent à fournir une électricité verte pour 145 millions d’Européens. L’expertise régionale en la matière (42% de l’éolien mondial est européen) rend crédible un projet visant à atteindre 40% de renouvelable dans le mix énergétique du continent. Mais le projet est-il aussi beau qu’il n’y paraît?

Des objectifs ambitieux

Passer de 23 gigawatts d’énergie éolienne à 300, tel est l’objectif pour le moins ambitieux de l’Europe. Cela représente l’équivalent de cinq fois le parc français éolien actuel et demande aux pays européens de mettre à disposition 3% de leur espace maritime. 789 milliards d’euros devront également être déboursés par l’Europe : sans cet investissement le marché actuel et les progrès technologiques ne permettront d’atteindre que 90 gigawatts d’ici 2050. La stratégie prévoit également un renforcement de la coopération transfrontalière sous la forme de sites hybrides (symbole d’un « réseau énergétique offshore parfaitement harmonisé ») associés à de plus petits parcs nationaux.

Autre défi : le stockage dans les ports des pales d’éoliennes dépassant désormais les 100 mètres de long. L’ensemble des ports concernés devra faire l’objet de chantiers de sorte à renforcer les quais. Les réseaux terrestres de production devront également être revu. Selon la Commission qui justifie ses nécessités, le développement du réseau a des délais plus longs (généralement 10 ans ou plus) que la production d’électricité offshore elle-même. Ce qui souligne la nécessité d’un « investissement prospectif » dans le réseau.

Par ce projet, l’Europe souhaite également conserver le leadership européen sur la scène internationale. À l’heure actuelle, 42% de la capacité éolienne mondiale est en effet installée en Europe mais l’Inde et la Chine sont également rentrées dans la course. La concurrence avec le Royaume-Uni croît également tandis que l’administration américaine de Joe Biden devrait relancer des mesures politiques en faveur des parcs éoliens marins dans le pays. Si l’Union se tourne ainsi vers le vent, c’est autant par souci écologique que par souci de marché à ne pas perdre.

Une énergie verte couleur douteuse

Produire de l’énergie à partir du vent. Sur le papier, une économie tout ce qu’il y a de plus verte. Mais pour la stocker, il faut recourir aux énergies fossiles ou encore aux turbines à gaz. Selon l’Académie des Sciences, il est techniquement faisable aujourd’hui de stocker l’énergie du vent grâce à l’hydrogène mais le coût du stockage peut aller jusqu’à faire tripler le coût de la production éolienne. Le rendement de conversion de l’électricité éolienne en hydrogène puis de reconversion de l’hydrogène en électricité est en effet relativement médiocre (il ne dépasse pas 25%).

Vient également le problème du démantèlement. Les pâles des éoliennes ne sont pas réellement recyclables du fait du fort taux de CO2 dégagé lors de l’opération, et la législation actuelle n’impose pas le décaissement des blocs de béton qui servent de socles aux installations. Au total, le démantèlement d’une éolienne de 2 mégawatts est de l’ordre de 50.000 euros, avec 10.000 euros par mégawatt supplémentaire. Les éoliennes qui ne sont plus en services restent donc dans l’environnement, du moins en partie.

De plus, si l’éolien est un pilier de la transition énergétique, l’augmentation du réseau est un vecteur important d’impacts potentiels pour la biodiversité. Les oiseaux et les chauves-souris sont les plus touchés par l’installation des parcs éoliens, terrestres comme marins. Une récente étude estime qu’ils seraient responsables du décès d’au moins un million d’oiseaux chaque année rien qu’aux États-Unis. L’installation en mer pose néanmoins moins de problème car, à l’inverse de l’écosystème terrestre, les parcs éoliens maritimes peuvent, une fois l’installation terminée, devenir des refuges de biodiversité sous-marine. En empêchant, par exemple, le passage de bateaux dans la zone.

L’éolien en mer fait, à n’en pas douter, partie intégrante de la transition écologique actuelle. Toutefois, des progrès technologiques sont encore nécessaires pour assurer une réelle énergie verte. Outre les problèmes énergétiques extérieures à leur utilisation propre, elles recouvrent un impact certain sur leur écosystème. Pour diminuer ses difficultés, les associations de protection de la nature notamment préconisent de peindre les pâles en noir pour qu’elles soient plus visibles pour les oiseaux.

Après plusieurs années à critiquer sans réellement apporter de solution, l’Union européenne s’est enfin décidée à mettre le pied à l’étrier. Consciente qu’il fallait un moyen coercitif pour faire bouger l’ensemble des pays membres, elle s’est décidée à imposer une politique commune. Évidemment, l’avenir du Vieux Continent ne passera pas par la seule énergie éolienne. Mais il était temps qu’une première pierre soit posée à l’édifice. Les contreparties liées à l’éolien existent encore mais l’intérêt mondial pour le secteur et la concurrence de plus en plus forte entre les différents États devraient aider à oeuvrer pour des solutions. Et qui sait, de nouvelles avancées technologiques verront peut-être le jour.

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